ALLÉGRESSE ET JOIE

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 19901)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e mystère de la Visitation se déroule dans une ambiance de hâte et d'allégresse. "En ces jours-là, Marie se rendit en hâte vers les montagnes de Judée". Dès que le Christ est présent en Marie, voici qu'il y a comme une urgence en elle et elle s'élance vers sa cousine, elle s'élance vers l'enfant que cette cousine attend pour que, déjà, le Messie, le Fils de Dieu qu'elle porte en son sein, puisse inaugu­rer son œuvre de salut. Et cette hâte de Marie, qui n'est pas sans évoquer la hâte des bergers dans la nuit de Noël, cette hâte va se communiquer d'abord à Jean-Baptiste lui-même. Il va tressaillir d'allégresse dans le sein de sa mère. Puis, Elisabeth remplie de l'Esprit, va s'écrier : "Bénie es-tu entre toutes les femmes !" Et Marie dira : "Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur !" Ambiance de hâte, ambiance d'allégresse et de joie.

C'est ce que la lecture de Sophonie voulait si­gnifier : "Pousse des cris de joie, fille de Sion, car le Seigneur est au milieu de toi. Il est comme un héros Sauveur, comme un guerrier vainqueur. Il exulte pour toi de joie, Il danse pour toi, avec des cris de joie. C'est le Seigneur qui, en toi, vient se réjouir " C'est la danse de Dieu qui entraîne Jean-Baptiste à danser à son tour dans le sein de sa mère. Et Marie et Elisabeth participent à cette exultation en se répondant l'une à l'autre : "Bénie sois-tu !" "Mon âme exalte le Sei­gneur!"

La venue de Dieu est en nous source d'allé­gresse, source de joie, source de hâte à partager cette allégresse et cette joie. Ce mystère de la Visitation qui étend sa signification à toutes les générations, qui est le mystère de notre vie aujourd'hui, car nous sommes "visités" par le Christ, nous sommes comme Elisabeth remplis de l'Esprit Saint, ce mystère de la Visitation qui se réalise dans notre propre vie en ce jour, ce mystère doit nous faire exulter et danser de joie. Nous ne pouvons pas être simplement recueillis. Moins encore, nous ne pouvons pas être attristés par notre péché ou par les malheurs qui écrasent le monde, qui écrasent peut-être notre vie ou celle de nos frères. Nous ne pouvons pas céder à cette tristesse car quel­les que soient les circonstances, Dieu est au milieu de nous, Dieu est en nous, Dieu vient nous visiter, Dieu vient partager notre vie, notre existence et Il nous demande de partager les uns avec les autres cette pré­sence de Dieu et la joie qui en découle, et l'exultation qui nous habite. Notre foi doit être communicative comme celle de Marie venant éveiller Jean-Baptiste dans le sein de sa mère. Notre foi doit être rayon­nante, doit être contagieuse. Notre foi doit être vivi­fiante. Notre foi doit être réjouissante, source de joie pour nous d'abord, pour ceux qui nous entourent en­suite. Source de cette joie qui peut demeurer même dans les épreuves, même dans les difficultés car il est possible que nous souffrions et qu'en même temps nous sachions que le Seigneur est en nous et que cette présence du Seigneur soit pour nous une joie plus radicale et plus profonde que notre souffrance et notre épreuve. Il est possible qu'à certains moments nous soyons dans la déréliction ou que nous soyons peut-être même révoltés par les peines qu'encourent nos frères et qu'en même temps la présence du Seigneur en nous et dans le monde établisse la confiance et la paix radicale dans notre cœur La paix de Dieu, la joie de Dieu ne sont pas une paix, une joie superficielle qui devrait épouser les moindres méandres de l'anec­dote dans laquelle nous vivons. Il est possible que cette joie radicale, foncière, fondamentale, irrigue notre cœur même aux moments où la surface de notre vie est bouleversée et déchirée.

Par l'intercession de la vierge Marie, par l'in­tercession de Jean-Baptiste le Précurseur, par l'inter­cession de tous les frères qui nous entourent et que nous sommes les uns pour les autres, demandons que le Seigneur nous apprenne sa joie, cette joie qui est celle de sa présence en nous et qui n'a pas d'autre rai­son. Or cette raison est suffisante car elle peut remplir toute notre existence, nous combler comme Elisabeth a été comblée, remplie par l'Esprit Saint. Que ce soit le fruit de cette fête, une fête de la joie de Dieu.

 

 

AMEN