JUBILATION
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Visitation
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ar l'expérience qu'elle a faite de la présence de son Dieu en son sein, expérience profonde de la grâce habitant en elle, en plénitude, cette sorte de présence-absence qui fait que Dieu réside en chacun de nous et qu'en même temps Il n'est pas immédiatement sensible, par cette expérience, par cette grâce reçue, Marie sait qu'elle est au centre de l'histoire du salut. Elle, cette petite jeune fille de quinze ans, mariée depuis peu à Joseph, un bel homme et non pas un vieillard barbu comme on a coutume de le représenter.
Claudel, pour faire taire ces imbécillités qui ont traversé l'Église, disait : "Il y en a marre de voir Joseph comme un concierge à moitié ramolli dont la calvitie attend davantage le bonnet grec que l'auréole !" J'ai donc plaisir à penser que nous avons devant nous un couple jeune et vigoureux.
Et chose curieuse, de ce foyer à peine réuni, si tendrement réuni dans la chasteté qui était la leur, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne s'aimaient pas, Marie prend vite sa valise et s'en va. J'imagine Joseph un peu dépité de voir sa bien-aimée partir si rapidement, mais en même temps confiant Marie à une caravane car il fallait bien trois jours de voyage et les femmes ne voyageaient pas seules. Sans doute avait-il loué un âne pour lui faciliter le trajet. Je pense que Joseph a aussi fait alors l'expérience qu'elle devait quitter ce foyer afin que le Royaume de Dieu qui avait commencé à prendre racine au milieu de leur couple, dans le sein de Marie, soit proclamé publiquement à la face du monde. Et pour cela il fallait commencer par celui qui le proclamerait à haute voix, Jean-Baptiste le précurseur.
La Visitation que nous fêtons en ce jour est justement la proclamation publique de l'Incarnation de Dieu. Pour cela il faut qu'il y ait en Marie à la fois la conviction incroyable qu'elle est, elle, cette femme, le centre de l'histoire du salut, l'héritière des promesses faites à David. Et c'est pour cela qu'il y tant d'accents si puissants et si violents dans le Magnificat contre les puissants, contre les forts, faisant l'éloge de tous ceux qui sont humbles et pauvres devant le Seigneur, elle cette petite femme de quinze ans, proclamant à la fois la puissance du Royaume et sa tendresse.
Jamais plus beau portrait d'une femme n'a été tracé, quand elle dit qu'en elle brille la gloire du Seigneur, mais qu'en même temps elle n'est pour rien dans cette gloire, car cette gloire rejaillit sur Celui qui “a jeté les yeux sur son humble servante". Nous avons là un mouvement étonnant d'une femme qui se sent forte comme de l'intérieur, par la présence de cet homme-Dieu qui est en elle, et qui en même temps retrouve toute l'humilité qui est la sienne, et qui veut proclamer au monde entier cette vérité incroyable que l'histoire du salut s'accomplit, qu'aujourd'hui Dieu est présent parmi les hommes, car Dieu a pris chair en son sein.
Ainsi la Visitation c'est une joie. C'est une joie immense. C'est comme une nouvelle qui parcourt d'oreille en oreille le monde entier, commençant par l'oreille même de Jean-Baptiste qui, dans le sein d'Elisabeth, tressaille d'allégresse à l'approche de Jésus dans le sein de Marie. Puis Elisabeth elle même, transportée par cette même allégresse, et comme par une contagion chacun se trouve touché par la nouvelle de l'Incarnation de Dieu. Fête de joie, fête qui est l'annonce d'un salut réel, définitif qui s'accomplit et depuis tant d'années attendu par Israël. La dernière affirmation de Marie est que cette longue attente inscrite dans le cœur d'Israël déborde Israël. Et ce n'est plus seulement Israël qui sera appelé à témoigner du Messie, mais à travers Israël, le monde entier et tous les hommes.
Ainsi nous avons nous aussi, à notre tour, été touchés par cette nouvelle. Nous avons été saisis par cette joie. Et c'est dans cette joie que nous demandons au Seigneur de venir encore habiter en nous, comme Il est venu de façon si forte et définitive habiter en Marie. Goûtons, tous ensemble, à cette joie de Marie Mère de Dieu, la nouvelle Arche d'Alliance, devant qui, comme David, nous allons de nouveau, dans notre cœur, danser de joie.
AMEN