BIENHEUREUSE TOI QUI A CRU !

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Proclamée bienheureuse dans toutes les langues

L

 

e Très-Haut te couvrira de son ombre et l'Esprit Saint viendra en toi."Ces paroles de l'ange à la vierge Marie qui préludent à la conception, en son sein, du Fils de Dieu, font entrer la vierge Marie dans l'Alliance nouvelle. Dès ce moment de l'Annonciation, en Marie, c'est le Royaume nouveau qui commence. Et quand Marie, portant en elle le fruit précieux, le Fils de Dieu devenu homme, prenant chair dans son sein, quand Marie, portant le Fils de Dieu, se rend auprès de sa cousine Elisabeth, c'est, en quelque sorte, la nouvelle Alliance, c'est le Royaume nouveau qui rend visite, qui vient saluer et rencontrer l'Alliance ancienne. Car Elisabeth et l'enfant qu'elle porte elle-même en son sein, Jean-Baptiste, sont l'ultime fleur de cet Ancien Testament. En elle, en Jean-Baptiste, c'est toute l'attente d'Israël toute l'attente d'Abraham, des patriarches et des prophètes, c'est ce désir de la venue de Dieu qui se concentre, qui va trouver son accomplissement. En Elisabeth, c'est l'Ancien Testament qui reçoit la visite de Celui qui lui avait été promis et qui vient accomplir cette promesse et la transfigurer infiniment au-delà de ce que Abraham, les patriarches et les prophètes avaient pu désirer ou imaginer.

Et si, plus tard, beaucoup des juifs refuseront de reconnaître en Jésus le Messie qui leur avait été promis, si Jésus pourra dire à Jérusalem : "Tu as refusé de reconnaître le temps où tu étais visitée", il reste vrai, d'abord, qu'en Elisabeth et en Jean-Baptiste, cet ancien Israël, cette ancienne Alliance, ont été visités, ont reconnu la visite, ont salué la venue du Seigneur, Elisabeth s'écrie : "Bienheureuse toi qui as cru !" en l'accomplissement des paroles qui ont été dites. Marie a cru en l'accomplissement de la parole de l'ange et, à travers Elisabeth, l'ancien Testament croit, adhère à l'accomplissement de cette parole qui lui avait été adressée. Et c'est toute la parole de Dieu à cette humanité dans l'attente, c'est toute la parole de Dieu à ce peuple qu'Il s'était choisi pour porter à son incandescence suprême ce désir et cette attente, c'est tout ce désir infini qui trouve son accomplissement. Oui, le désir de l'humanité, l'attente de l'humanité, concentrée en Elisabeth et en Jean-Baptiste, voit Dieu venir à sa rencontre, Dieu venir combler son attente et son désir. En effet, dès que Jésus, encore dans le sein de Marie, s'approche de l'ancien Israël, dès qu'Il s'approche de l'attente des patriarches et des prophètes, l'Esprit Saint vient combler le cœur d'Elisabeth et faire danser de joie l'enfant qu'elle porte dans son sein. La visite de Dieu est visite de joie parce qu'elle est la visite de l'Esprit Saint. C'est déjà le commencement de ce qui s'accomplira le jour de la Pentecôte.

Oui, nous avons là, en Jean-Baptiste et en Elisabeth, les prémices, la toute première annonce de cette Pentecôte où le même Esprit Saint sera largement répandu sur tous les hommes, aussi bien les païens que les fils d'Israël, afin que tous entrent dans ce Royaume. Mais quand Jean-Baptiste est purifié par l'Esprit Saint, quand Jean-Baptiste exulte de joie, quand Jean-Baptiste danse dans le sein de sa mère, quand il tressaille d'allégresse, c'est déjà son entrée dans ce Royaume nouveau, c'est l'accomplissement de tout ce que Dieu avait promis.

Nous faisons partie de cette Alliance Nouvelle. Nous nous situons bien des siècles après la Pentecôte, nous sommes déjà sur l'autre versant de l'histoire et pourtant il y a en nous toute une portion qui n'est pas évangélisée, qui n'est pas encore entrée dans la joie du Royaume. Il faut que cette partie de nous-mêmes qui n'est pas pleinement transfigurée par la joie, s'ouvre sans cesse à la visite de Dieu, accueille la venue de Dieu. Car Dieu qui est venu visiter Elisabeth alors qu'il était encore petit enfant dans le sein de Marie, Dieu ne cesse de venir à nous humblement, d'une manière à peine perceptible.

Dieu vient sans cesse nous visiter pour nous apporter la joie, pour que tout ce qui est encore en nous de l'ancienne Alliance, tout ce qui en nous est encore païen, tout ce qui en nous n'a pas encore ouvert les yeux sur la vérité de Dieu, que tout cela soit imprégné par cette venue, soit transfiguré par cette joie qui vient. Il faut que nous soyons, chacun, dans l'attitude d'Elisabeth, cette attitude de louange et de bénédiction : "Bienheureuse celle qui a cru ! Bienheureux ceux qui voient ! Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu !" Dieu nous engendre chaque jour. Que sa visite soit la bénédiction de nos lèvres, le commencement de notre salut.

 

AMEN