JEANNE MÈRE COURAGE
Jdt 13, 17-20 ; Mt 16, 24-27
Ste Jeanne d'Arc - (30 mai 2000)
Mardi de la sixième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ette sainte Jeanne d'Arc n'est pas une sainte facile à manier, d'abord parce que je pense qu'elle a un caractère extrêmement coloré, pour ne pas dire féroce, une ténacité hors mesure, elle est très française du moins de ce point de vue-là, elle a ce côté gaulois que nous aimons finalement et qu'inconsciemment nous vénérons à travers elle comme si Dieu bénissait les gauloiseries. Je crois que parmi les partisans acharnés de sainte Jeanne d'Arc, il y a des gens qui aiment croire que nous trouvons en sainte Jeanne d'Arc cette espèce d'arrogance qui nous est un peu propre, et qui n'est pas nécessairement notre meilleur côté à nous français !
Une sainte difficile à manier, de fait, ce serait un peu délicat aussi de la tirer du côté du patriotisme, alors que nous sommes non seulement en train de fêter l'Europe, d'essayer de la construire, mais imaginez aussi que nous sommes une planète, nous sommes un monde et que si les communications actuellement élargissent nos horizons, notre quartier, en nous faisant entrer dans ce monde, dans son histoire, grâce aux conditions de communications qui nous sont données maintenant, et aussi dans les connaissances que nous avons de l'histoire de ce monde qui nous rend un peu plus contemporains les uns des autres spatialement et temporellement. Il serait donc un peu vain d'exciter certains qui voudraient défendre quelque chose qui serait menacé, mais qui ne semble pas venir de cette sainte.
Ce qui est très intéressant dans l'histoire de Jeanne, ce n'est pas tellement ses voix, événement qui est devenu célèbre, et ce n'est pas tellement à envier, j'imagine quelqu'un d'entre vous qui viendrait vois le curé de la paroisse ou un frère en lui disant qu'il a entendu des voix, je ne suis pas certain que cette personne aurait un rendez-vous tout de suite, ou du moins si, mais avec un autre frère qui s'occuperait de ces questions-là mais côté psychologique. Donc, je ne vous encourage pas à écouter les voix. La seule chose incroyable dans cette histoire, c'est ce que c'est devenu, puisqu'on a essayé de lui faire un procès de sorcellerie. En résumé, Jeanne entend des voix, qui d'ailleurs ne lui disent pas tout de suite de sauver la France, mais bien d'être une bonne chrétienne, de témoigner de cette bonne chrétienté dont elle vit. "Va fille de Dieu" c'est la première parole que sainte Catherine et sainte Marguerite lui ont transmise.
Il y a en elle une manière particulière, qui a beaucoup irrité ses contemporains, c'est qu'on y entendait la présence et la force de Dieu. Ce n'est pas tellement un procès politique qui lui est fait, une sorte de trahison qu'on lui reprocherait, mais quand elle est vendue aux anglais (à nos frères les anglais, à l'époque on ne pensait pas comme cela), c'est parce qu'ils veulent la discréditer aux yeux de l'Église, ils veulent que quelque chose soit confondu en elle et ils sont à l'avance étonnés. Ce n'est pas tellement le patriotisme qu'on trouve chez Jeanne d'Arc qui en fait une sainte, mais c'est l'incroyable force qu'il a fallu à cette femme à cette époque-là, un simple bergère, finalement de jouer dans la cour des grands, et des très grands. Ce n'est pas tellement le message qui fait partie de l'Histoire de France, ce qu'elle a fait, en tant que chef d'armée, remarquez qu'on n'est pas mieux placés à cet égard, il y a toujours eu des femmes pour prendre la tête des armées (c'est une mauvaise plaisanterie), mais ce qui est étonnant, c'est que les hommes qui l'entouraient, et le dauphin lui-même puisqu'il va la mettre à l'épreuve, sont étonnés de l'affranchissement dont cette femme fait preuve par rapport aux considérations habituelles et de son état social, et de son état de femme, elle est tout à fait affranchie des conditions qu'on impose habituellement à une bergère de son espèce, elle franchit toutes les barrières. Quelque chose d'invincible et de vulnérable, de visible en même temps, paradoxalement pour une seule personne.
Donc ce que nous fêtons comme sainteté chez Jeanne, c'est ce qui se sentait, se laissait apparaître comme visible, cette fragilité qu'elle reconnaissait en elle, d'une angoisse faite non pas d'incertitude par rapport à la mission qui était la sienne, mais en même temps d'une force qui traversait toutes les barrières sociales, toutes les convenances de l'époque. C'est donc intéressant qu'on l'ait renvoyé non plus sur un procès de politique mais sur un procès de sorcellerie, disant que c'était trop surnaturel pour être vrai, et l'on a voulu lui faire dire, lui faire cracher qu'elle était sorcière et donc animée par le mal.
Il y a deux histoires, il y a l'Histoire de France, et puis l'histoire de la sainteté d'une femme qui, animée par une foi très peu commune qui lui permet tout en étant cette fille fragile qu'elle est, peut-être un peu hallucinée, de témoigner malgré elle, à son insu, du mélange qu'il y a à être une femme avec les vulnérabilités de son époque, et en même temps faire état d'une force étonnante.
Quand vous lisez les propos tenus pendant son procès, on est toujours troublé par ce mélange de vulnérabilité et de force, et les propos qui émanent dans ses réponses, face aux inquisiteurs, aux questionneurs, témoignent d'une expérience de la présence de Dieu spirituellement en elle absolument étonnante. Ses propos ne sont pas ceux d'une guerrière, mais vraiment d'une sainte. C'est dans cette optique que nous la fêtons, dans son témoignage très particulier donné par sa vie, d'une présence active de Dieu.
Je terminerai en citant Claudel, qui a écrit un très beau texte sur la communion des saints, que j'avais lu lors de mon ordination diaconale, et que j'aime me rappeler souvent. Il dit que la communion des saints c'est comme une mise à disposition un certain nombre de vertus déjà exercées par ceux qui nous ont précédés. Il y a la joie de saint François, la persévérance de sainte Thérèse d'Avila, et puis il cite le courage de sainte Jeanne d'Arc. Et je crois que sa sainteté témoigne du courage que Dieu a mis en elle.
AMEN