JÉSUS ET L'ÉGLISE C'EST TOUT UN

Jdt 13, 17-20 ; Mt 16, 24-27
Ste Jeanne d'Arc - (30 mai 1996)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

E

n cette fête de sainte Jeanne d'Arc, je vou­drais poser une question un peu saugrenue : A qui appartiennent les saints ? Vous alliez me dire, mais un homme, une femme n'appartiennent à personne. Ils ont leur conscience, ils sont infiniment libres. Oui, les personnages particuliers que sont les saints sont des hommes et des femmes publiques, des hommes et des femmes dont on a fait des images, des tas de représentations, ils doivent bien appartenir à quelqu'un ? Est-ce qu'ils appartiennent à leurs pa­rents? Alors moi, je vois, dans la forêt d'Assise une petite jeune fille qui a seize, dix-sept ans qui s'enfuit de chez ses parents pour suivre un fou qui s'appelle saint François d'Assise. C'est la petite Claire. Donc à priori les saints n'appartiennent pas à leurs parents d'ailleurs ils sont comme leur Sauveur : "Qui sont ma mère et mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent la parole et qui la mettent en pratique". Alors est-ce qu'ils appartiennent à une époque ? On doit se dire Jeanne d'Arc c'est le quinzième siècle c'est assez typé dans une époque. Non, justement parce qu'on la fête encore aujourd'hui. Donc on se dit encore aujourd'hui que Jeanne d'Arc est vivante et qu'elle intercède en­core pour nous. Donc, les saints n'appartiennent pas non plus à une époque. On pourrait se dire, ils appar­tiennent à un lieu précis, un pays, une nation qui en aurait fait un emblème et bien non. Parce que juste­ment les saints souvent on les canonise à Rome. Il y a des exemples contraires comme les saints que l'on a canonisés en Corée mais en principe on les canonise à Rome donc un lieu neutre pour que ce modèle soit donné dans l'univers tout entier. Alors ce n'est pas non plus une époque, ce n'est pas un pays, on pourrait se dire les saints sont réservés à un parti, à un prince mais non parce que souvent d'ailleurs on va fêter sa­medi prochain saint Justin, saint Justin est mort martyr. C'est l'empereur Marc Aurèle qui l'a envoyé au martyr. Donc quelques fois les nations, les princes ne reconnaissent pas les saints et l'on voit le cadre étroit d'une nation, d'un prince. Alors on est un peu embarrassé. A qui appartiennent-ils ? On va se dire s'ils n'appartiennent pas au monde c'est qu'ils appar­tiennent à des structures d'Église. C'est une autre fa­çon de les récupérer. Alors on dit peut-être qu'ils ap­partiennent à un Ordre. Voilà c'était une religieuse de tel Ordre et donc cette religieuse appartient à tel Or­dre. Mais on voit bien qu'il y a des saints qui dépas­sent le cadre étroit de leur Ordre. Je pense, par exem­ple, à sainte Thérèse de Lisieux qui dépasse le cadre étroit de son Carmel et qui a un rayonnement dans l'univers entier. Alors on pourrait se dire ce n'est pas une structure d'Église mais c'est l'Église. Et bien non les saints n'appartiennent même pas à l'Église puisque saint François d'Assise est vénéré par des protestants, des orthodoxes, même certains musulmans. A qui appartiennent les saints ? Ils appartiennent au Christ, ils ont emboîtés le pas du Christ. Ils appartiennent au Christ et à Dieu, dans le Christ ils appartiennent à Dieu. Comme d'ailleurs, puisque les saints ne sont que des imitations du Sauveur. Comme d'ailleurs le Christ lui-même : "Je suis dans mon Père et le Père est en moi". Et souvent, on a des tentations aussi de récupérer le Christ. On veut en faire sa propriété, le garder jalousement pour nous. On veut en faire dans certains pays, un Jésus guérillero, dans nos pays un Jésus New âge, un Christ cosmique. C'est notre tenta­tion en fait, on veut toujours parce qu'il y a des per­sonnages qui nous fascinent, on veut toujours les ra­mener à nous. Alors que le saint c'est quelqu'un d'in­finiment libre parce que infiniment attaché au Sau­veur. Le saint a cette espèce de liberté intérieure, extérieure, de souplesse qui lui permet de se promener ainsi à travers les siècles puisqu'on vénère encore Jeanne d'Arc aujourd'hui. Le saint ressemble vraiment à cette Jeanne d'Arc, cette petite jeune fille avec toute sa finesse qui n'était pas loin du don de sagesse, ses traits d'esprit. Par exemple quand on lui dit : "C'est Jésus ou l'Église ?" Et elle d'un trait répond : "Jésus et l'Église c'est tout un". Donc on est confondu par cette liberté intérieure qui permet cette grande souplesse, cette ouverture.

Alors nous aussi, Frères et sœurs, soyons à l'image de ces saints et de ces saintes qui ont fait l'Église. Soyons nous aussi infiniment libres pour éviter de nous laisser récupérer. Prions pour notre Église pour qu'elle ne soit pas non plus récupérée par certaines choses et que l'Église et nous-mêmes gar­dions cette espèce de liberté, cette espèce de disponi­bilité. Parce qu'on appartient en dernier ressort à qui ? On appartient au Seigneur et aussi à nos frères les plus pauvres. Eux, ils ont le droit de nous déranger. Et l'Église a toujours ce tropisme en faveur des plus pau­vres parce que les plus pauvres comme le Seigneur ont le droit aussi de récupérer l'Église.

 

 

AMEN