SAINTE MAIS PAS HÉROÏNE
Jdt 13, 17-20 ; Mt 16, 24-27
Ste Jeanne d'Arc - (30 mai 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e martyre de Jeanne devrait nous amener à un constat d'humilité sur notre pauvre histoire. En effet, cette France de l'époque de Jeanne d'Arc, qui n'était pas encore la France, était bien une pauvre France. Son institution royale était terriblement chancelante, ce roi qui se terrait et qui se cachait dans les régions de Loire, parce qu'en réalité il avait peur vraiment d'affronter les ennemis. Et puis ce doute profond de la famille royale gagnait aussi les militaires. Et le tableau militaire de la France de ce temps n'est pas très reluisant. Que tous ces grands généraux et ces grands capitaines n'aient pas été capables de conduire une armée et qu'il leur ait fallu une petite fille de dix-neuf ans pour leur donner l'exemple, ce n'est quand même pas très exaltant comme passé d'histoire. De même ce clergé de l'Inquisition tout prêt à être corrompu et à être acheté pour tel ou tel combat ou telle ou telle prétention politique.
Et c'est cela la grâce de Jeanne d'Arc. Au milieu de ce doute profond d'une dynastie d'une royauté qui ne savait plus véritablement faire face à l'ennemi pour défendre un peuple, face à la couardise des militaires, face à la corruption des clercs, alors qu'elle avait toutes raisons pour désespérer, elle n'avait aucun moyen, elle a réussi à faire face à ces trois réalités. Et tout cela par un chemin d'enfant, par une grâce due non pas à une sorte d'habileté, de calcul tactique ou de mass média pour convaincre les gens, mais dans la simplicité de son cœur. Elle a réussi à laisser la grâce tracer son véritable chemin. Et c'est au milieu de tout cela, dans la méfiance du roi, même s'il est allé se faire sacrer à Reims, dans le fait que la soldatesque de l'époque ne l'a pas immédiatement considérée comme une héroïne et surtout dans le fait que les clercs l'ont fait brûler vive en mélangeant considérablement les problèmes politiques avec les problèmes religieux au milieu de tout cela elle n'a pas perdu confiance dans l'amour de son Seigneur. Et c'est pour cela que nous la fêtons aujourd'hui.
C'est pour cela que son histoire et son existence ressemblent un peu à notre existence aujourd'hui. Nous vivons dans un monde où, à tout moment, nous nous disons que nous sommes ballottés d'un côté et de l'autre, que ce que nous pouvions considérer comme des appuis de la part des institutions, à certains moments, se dérobe sous nos pas. Et cependant la grâce de Dieu fait son chemin dans notre cœur et nous permet de traverser ces déluges et ces tempêtes.
Que la simplicité et l'esprit d'enfance qui remplissaient le cœur de Jeanne nous garde et nous aide à toujours regarder là où elle voyait, c'est-à-dire dans l'amour de son Dieu.
AMEN