HUMOUR ET AMOUR
Ph 4, 4-9 ; Lc 6, 43-45
St Philippe Neri - (26 mai 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ous fêtons donc aujourd'hui saint Philippe Néri né en 1515 à Florence. A vingt-six ans, il va s'installer à Rome. Il est prêtre, il parcourt les rues de la ville entraînant toute une bande de jeunes autour de lui, visitant les prisons, les hôpitaux, fondant des oratoires, des lieux où les jeunes se rencontrent dans une ambiance sans doute un peu extraordinaire d'amitié, de franchise, de débat et d'humour.
Saint Philippe Néri est justement remarquable pour cet humour qu'il portait sur lui en permanence. Qu'aurait-il fait s'il était venu nous voir hier et aujourd'hui ? Il aurait probablement passé tout la nuit à l'église, et le lendemain, il aurait couru sur le cours Mirabeau, il serait rentré dans les cafés, il aurait été traîner du coté des lycées pour rencontrer des jeunes, et puis, il serait revenu pour la messe. Et là, je ne sais pas ce qu'il aurait inventé. Il aurait amené des petits chiens, il aurait eu des expressions bouffonnes. C'est impossible à imaginer et à inventer. C'est le propre de l'homme qui improvise, et saint Philippe Néri est profondément un improvisateur. Ce n'est pas un humour calibré, ce n'était pas prévu d'amener telle ou telle personne à la conversion en se faisant aimer par cet humour. Non, c'est une manière d'être, de se placer en différence, de refuser qu'on plaque sur lui une image, que l'on fasse de lui une sorte de saint avant l'heure. Il improvise sa vie grâce à cet humour, il met cette distance par rapport à lui-même et je crois que c'est en cela qu'il est extrêmement important de le fêter aujourd'hui. Trop sérieux, nous sommes souvent beaucoup trop sérieux, surtout avec les choses de Dieu. Dans sa prière, on le rapportait tout à l'heure, il aimait dire à Dieu : "Seigneur, méfie-toi de Philippe". Je trouve cela très beau, méfie-toi de Philippe parce que normalement le sentiment commun c'est de se méfier de Dieu, c'est d'avoir ce Dieu au-dessus de nous si terrible et si imposant, si redoutable et qu'il n'y a qu'une chose à faire, c'est de se méfier de Dieu, d'essayer d'appliquer certains principes de morale fondamentale pour ne pas trop le vexer, pour ne pas trop le chagriner. Eh non ! Il dit à Dieu : méfie-toi de Philippe. C'est comme si Dieu devait craindre Philippe, comme si le Créateur devait craindre sa créature.
Mais en disant "méfie-toi de Philippe,"il sait aussi profondément qu'il est cet homme peut-être capable du pire, qu'il est cet homme capable de s'enorgueillir, qu'il est cet homme capable de se glorifier, c'est-à-dire de ruiner sa petite maison. Cette petite maison, c'est cet homme qui est "raciné" profond, dans ces fondations qu'il puisait dans la prière et une prière extrêmement fervente. Donc, le torrent de l'orgueil ne peut pas balayer cette maison, puisqu'elle est fondée sur le roc du Christ.
Voilà une facette du portrait de cet homme qui a su tellement bien conjuguer humour et amour. Mon Dieu, je me méfierais vraiment beaucoup d'un saint qui n'aurait pas d'humour je le craindrais plutôt, parce que une sorte d'humour qui s'emporterait comme cela, risquerait à la fois d'oublier les autres, de s'oublier soi, peut-être même d'oublier Dieu. Tandis que quelqu'un qui garde cet humour, un humour qui est en relation, ne risque pas d'oublier qu'il est cette créature dans les mains de son Créateur et qui ne risque pas non plus d'oublier ses frères.
AMEN