L'HUMOUR D'UN SAINT
Ph 4, 4-9 ; Lc 6, 43-45
St Philippe Neri - (26 mai 1979)
Homélie du Frère Serge JAUNET

L'amour de l'eucharistie
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ous connaissez l'adage : "Un saint triste est un triste saint." Et cela s'applique au mieux à saint Philippe Néri que nous fêtons aujourd'hui. En effet, il reste à jamais dans la mémoire de l'Église comme le saint de l'humour, de la drôlerie. Déjà sa date de naissance est bien facile à retenir pour nous, Français, puisque c'est en l'année 1515 qu'il vit le jour.
Florentin, il part dès sa jeunesse, sur les routes d'Italie en essayant de vivre l'érémitisme. Mais devant l'échec de cette vie solitaire, il arrive à Rome et ordonné prêtre, deux ministères vont spécialement marquer toute sa vie. D'abord l'accueil, l'accueil toutes portes ouvertes des jeunes laissés à eux-mêmes à Rome. Pour ces jeunes il va monter des "oratorio", des chorales, des théâtres. Plus tard il laissera d'ailleurs une fondation dans l'Église, une société de prêtres qui s'appelleront les prêtres de l'Oratoire, non pas dans le sens où nous entendons habituellement le mot oratoire, lieu de la prière, mais les prêtres de l'Oratorio, les prêtres du chant qui auront aux aussi pour mission d'accueillir les jeunes et de les intéresser à la vie par ce moyen si important du chant, du théâtre, de l'expression corporelle, comme on dit de nos jours.
Un autre ministère va être celui de l'écoute des confessions, du don du sacrement de réconciliation, de la pénitence dans les églises de Rome. Et puisque la vie de saint Philippe est remplie d'anecdotes, je voudrais simplement vous en citer deux qui se rattachent à l'un et à l'autre de ces ministères.
Pour ces jeunes, ce n'était pas rien d'organiser ces tournées théâtrales à travers la ville de Rome et il fallait les financer. Alors, Philippe Néri lui-même se faisait quêteur. Tout prêtre qu'il était il quêtait à la porte des églises comme les autres clochards de la ville. Et un jour où il se faisait un peu insistant, on lui envoya un soufflet, une gifle. Philippe dit alors : "Ceci est pour moi" et tendant son escarcelle il ajouta : "Maintenant, donne pour mes jeunes." Toutes les anecdotes de sa vie ont une forte saveur évangélique.
Un jour une brave romaine vint s'accuser de médire, de médire et de toujours médire. Philippe la pardonna et lui donna comme pénitence quelque chose que la brave femme ne comprit pas tout de suite. Elle devait repartir chez elle en semant tout au long de son chemin les plumes d'un poulet qu'elle aurait acheté au marché. Et dès qu'elle se remettrait à médire il faudrait aussitôt se confesser pour essayer de se corriger. Aussitôt la brave femme partit le long des rues en plumant le poulet, mais dès le soir, quelque peu scrupuleuse, elle revint se confesser car elle avait encore médit et beaucoup médit sur tant et tant de gens. Le saint lui pardonna, lui donna l'absolution et lui dit : "Comme pénitence, vous allez repartir dans les rues de Rome et vous allez retrouver toutes les plumes du poulet que vous avez semées tout à l'heure." La leçon était forte et la dame comprit : autant de paroles semées en l'air, autant de paroles qu'on ne peut rattraper.
Pourtant, il ne faudrait pas s'arrêter seulement à cet humour et à cette drôlerie. L'évangile nous dit qu'on reconnaît un arbre aux fruits qu'il donne. Philippe Néri était un homme d'une profondeur mystique véritable. Je voudrais, pour terminer, vous lire une prière qu'on garde de lui qui nous montre combien devant son Dieu, devant son Seigneur il se savait pauvre et que sa seule fidélité tenait à la grâce de Dieu. C'est lui-même qui chaque matin disait d'ailleurs : "Seigneur, méfie-toi de moi ! Aujourd'hui, je pourrais te trahir."
Cette prière est dans le même sens : "Seigneur, grande est la plaie de votre côté, mais si vous ne me prêtez main forte, je la ferai plus grande encore. Mon Jésus, je voudrais bien t'aimer. Mon Jésus, ne te fie pas à moi ! Mon Jésus, je te l'ai dit : si tu ne m'aides pas, je ne ferai jamais de bien. Je te l'ai dit : je ne te connais pas. Je Te cherche et je ne Te trouve pas. Viens à moi, mon Jésus. Si je Te connaissais, je me connaîtrais aussi moi-même. Je voudrais faire le bien, mon Jésus et je ne trouve pas le chemin. Fais-moi la grâce de ne pas T'aimer par crainte mais par amour".
AMEN