SERVITEUR ET TÉMOIN
Ac 1, 15-26 ; Lc 22, 24-30
St Matthias - (14 mai 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE

Cernay-l'église : autel des apôtres
Saint Matthias
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uand on parle de saint Mathias, on a toujours un peu l'impression qu'il a été un peu moins apôtre que les autres, parce que choisi beaucoup plus tard, un peu comme s'il avait perdu du temps. Or, en fait, les apôtres ne vivront leur véritable apostolat qu'au lendemain de la résurrection. Et l'évangile d'aujourd'hui nous montre bien, qu'avant la mort du Christ, ils sont encore loin de ce que le Seigneur attend d'eux. C'est pendant la Cène, pendant le dernier repas, pendant la Pâque, qu'ils sont en train de se disputer. Le texte vient de nous dire : "une contestation s'éleva" et certaines traductions disent même : "ils discutaient vivement pour savoir qui serait le plus grand." Ils sont en train de construire leur mission de manière très humaine. Ils ont encore dans l'idée cette vue du Messie telle que les contemporains de Jésus l'avaient, un Messie très temporel qui viendrait surtout donner à Israël sa souveraineté. Ils sont en train de construire la façon sont ils pourront servir dans ce nouveau ministère. Ils sont en train de créer, de façon très humaine, leur mission. Ils sont en train de parler hiérarchie. Et le Seigneur veut justement leur faire comprendre qu'à l'opposé de ce qu'ils pensent, le véritable apôtre est celui qui est avant tout serviteur et témoin.
Serviteurs de cette bonne nouvelle qu'ils doivent annoncer et dont ils n'auront conscience que dans quelque temps. Serviteurs, dans la mesure où ils ne porteront pas la bonne nouvelle du salut de haut, du haut de leur supériorité, un peu comme des gens qui écraseraient de leur voix, ceux qui sont en train de la découvrir, non pas comme des gens qui la donneraient avec paternalisme, mais comme des gens qui viendraient au service des autres. Le Seigneur nous rappelle que nous n'avons pas à imposer à ceux vers qui nous allons, notre foi, nos dogmes, notre morale, tout ce que nous vivons, sans tenir compte de leur personnalité.
Le Seigneur ne nous demande pas d'ailleurs non plus, de nous mettre au niveau des autres, car on n'est jamais au même niveau lorsqu'il s'agit d'une question de foi, tant les cheminements sont différents. Le Seigneur nous demande de prendre l'attitude du serviteur, de nous mettre à genoux devant ceux vers qui nous allons, comme Jésus au cours de ce même repas, se mettra à genoux, aux pieds de ses apôtres, pour les servir. C'est dans la mesure où on respecte les gens, où l'on part de ce qu'ils sont, du point où ils en sont et qu'on leur présente le message du Christ avec patience et pédagogie, que nous pouvons vraiment les servir. Le Seigneur est parti de la femme adultère, il est parti de la samaritaine, il est parti de Simon le pharisien, il est parti de Zachée le publicain et à chacun, avec lenteur et bonté, avec compréhension, sans l'écraser, sans le bousculer, avec le service de l'amour, il leur a donné sa bonne nouvelle.
Etre serviteur et témoin, parce que nous ne pouvons apporter que ce que nous vivons. On est témoin lorsqu'on est déjà en train de vivre la Bonne Nouvelle du Christ. Et Mathias fut choisi justement parce qu'il la vivait depuis le début du ministère de Jésus. Etre témoin, c'est justement, non pas seulement annoncer une science chrétienne, non pas seulement faire part de dogmes et de morale, mais montrer comment tout cela, dogme, morale, foi et enseignement, se coulent dans une vie qui est à la fois une joie et une espérance.
Dans cette eucharistie, demandons au Seigneur, qu'il arrache de notre vie toute idée de supériorité, qu'il enlève de l'Église toute idée de hiérarchie trop stricte, mais qu'il fasse de tous les chrétiens, à quelque niveau qu'ils soient, des serviteurs et des témoins de l'évangile.
AMEN