UN JUGEMENT QUI OUVRE UN AVENIR
Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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n ce jour où nous célébrons Saint Matthias, j'aurais voulu attirer votre attention sur ce textes des Actes des Apôtres que nous avons entendu en première lecture et sur le fait que, contrairement à ce que nous pourrions penser, paradoxalement, quand il s'agit de réguler une instance ou une société, nous nous attendons à ce qu'une règle, un commandement, une loi soit donnée. Judas est absent, nous allons le remplacer et pour réaliser ce projet, nous allons utiliser une loi qui nous est donnée ou que Dieu a édicté, ou que les hommes ont édicté.
En fait, les apôtres vont remplacer Judas non pas à partir d'une loi, mais à partir de quelque chose de complètement différent. Il faudrait faire un petit détour par l'Ancien Testament dont il est question dans l'évangile, quand Jésus dit aux douze apôtres qu'ils jugeront les douze tribus d'Israël assis sur leur trône. Je crois que nous pensons que le juge est aussi celui qui édicte et qui dit la loi. Or, le juge dans la Bible est aux antipodes de cela. Le juge biblique n'a pas pour but de dire la loi, mais bien de sauver le corps, il a pour but de sauver l'homme d'Israël. Quand saint Pierre parle, il parle comme juge, mais non pas pour juger ce malheureux Judas qui s'est suicidé, mais il va parler comme un juge d'Israël. Tout le discours de Pierre repose sur deux éléments qui sont fondamentaux pour l'Église et pour notre vie personnelle. Il s'agit de l'articulation de ce qu'on pourrait appeler la révision de vie et la Parole de Dieu. Matthias n'est pas choisi à partir d'une loi, il est choisi à partir d'une révision de vie articulée à la Parole de Dieu, c'est-à-dire : je lis la Parole de Dieu comme une vie, une lecture vivante qui m'est donnée et à partir de là, je suis capable de donner un sens à ma vie ou à la communauté ecclésiale dans laquelle je m'inscris. C'est ainsi que saint Pierre relis l'histoire de Judas à travers le texte de la Sagesse. Il utilise des mots, une histoire pour raconter la vie de quelqu'un d'autre. C'est cela en fait, un juge, c'est celui qui est capable de vivifier ma vie qui semble morne et morte, souffrante, abîmée, insensée, qui est capable de lui insuffler de la vie à travers une autre histoire qui est celle d'hommes et de femmes de la Bible.
Frères et sœurs, je crois que ce qui est remarquable avec Matthias, ce n'est pas tellement le fait qu'on ne cache pas grand-chose sur lui, mais c'est que Matthias est à ce moment précis, incorporé comme apôtre, et comme juge. C'est-à-dire que Matthias va être appelé à parler comme saint Pierre l'a fait. Tous les apôtres, Matthias y compris vont être appelés à exercer cette fonction de juge envers tous les hommes et les femmes qu'ils vont rencontrer, c'est-à-dire leur signifier à chacun comment Dieu vient dans leur vie insuffler un souffle et donner sens à leur vie. C'est cela le jugement d'Israël. Ce n'est pas de condamner les gens à mort, en leur disant : c'est cela le respect de la Loi, retournez d'où vous venez !
Ce n'est qu'une progression, parce que Matthias est encore un de ceux qui a vu Jésus vivant, dans ce choix, se prépare et s'annonce comme d'une manière fugitive, l'expérience de saint Paul qui n'a pas vu le Christ dans sa chair, mais à qui le Christ ressuscité est venu se révéler, et à partir de cette ouverture, saint Pierre, Matthias, saint Paul et nous, sommes appelés à devenir des juges. Nous sommes appelés à nous mettre à l'école des apôtres dans une lecture ecclésiale de la Bible, dans une lecture communautaire de cette vie, pour que nous puissions nous aussi, comme saint Pierre, comme Matthias, comme les autres apôtres, comme saint Paul, venir juger nos frères et nos sœurs dans ce sens biblique, c'est-à-dire, une ouverture.
Pour terminer, j'aimerais vous livrer ce petit mot : quand nous entendons cette phrase où Jésus dit que les apôtres vont venir siéger sur les douze trônes, nous pensons à cela comme à une fin, la fin des temps. Or, ce qui est remarquable, c'et que le jugement n'a pas pour but d'arriver à la fin des temps, mais il a pour but d'ouvrir un avenir. C'est ce jugement que font les apôtres, et c'est ce même jugement que nous avons à pratiquer les uns envers les autres. Un jugement non pas pour la fin des temps, mais un jugement qui ouvre véritablement un avenir, l'avenir eschatologique, c'est-à-dire que nous aussi, un jour, nous aurons à nous asseoir auprès du Christ, auprès de Dieu, avec les apôtres, auprès de nos frères et sœurs.
AMEN