LE CAS DE SAINT MATTHIAS
Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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I |
l y a un cas Matthias. En effet parmi les apôtres, la situation de l'apôtre Matthias est assez particulière. D'abord, il y a uniquement deux petits versets pour dire qu'il y avait le choix entre deux hommes. Le premier est celui dont on sait un peu plus : Barsabas, surnommé le juste, alors que de Matthias, on dit simplement son prénom. Matthias n'est même pas dans l'évangile, aucune liste des évangélistes, et pour cause, ne le donne comme apôtre. En revanche, par défaut, on sait ce qu'il fait ou ce qu'il doit accomplir. Il doit remplacer Judas, et vous avez entendu le discours de Pierre, il est plus long sur Judas, qu'il ne l'est sur Matthias. Il ne développe aucune des qualités que doit avoir Matthias si ce n'est que c'est un homme qui doit être depuis le baptême de Jésus jusqu'à sa résurrection, pour en être témoin. C'est la seule chose qui est dite. En revanche, de Judas, on rappelle sa trahison, on rappelle qu'il avait reçu une part de l'Esprit Saint dans la mission à accomplir, qu'il n'a pas rempli cette mission, on raconte sa mort, on cite deux versets de psaumes pour dire que sa charge doit être prise par un autre. Donc, Matthias va être l'homme clé qui va remplacer Judas, succession difficile. Mais tout cela nous donne à méditer sur ce qu'est l'Église et comment dès le début elle se comprend. En effet, si on interroge les chrétiens, quand on leur demande ce qui se trouve au début des Actes des Apôtres, on pense tout de suite à la Pentecôte, don de l'Esprit Saint, témoignage, parler en langues, l'Église naît et se construit à la Pentecôte.
Pourtant, cette élection de Matthias se passe avant le don explicite de l'Esprit Saint, et cela est d'autant plus important de constater qu'il faut que l'Église soit constituée comme Eglise pour qu'ensuite il puisse y avoir cette mission spéciale de l'Esprit Saint qui va lui demander le témoignage et l'y conduire. L'Esprit Saint ce n'est jamais la charrue avant les bœufs, mais c'est d'abord l'Église, d'abord les apôtres, le collège des douze, il faut qu'il y ait une réalité humaine et ecclésiale pour qu'ensuite cette Eglise puisse accomplir sa mission. Ce qui signifie que lorsqu'il s'agit de reconstituer le groupe des douze, finalement Pierre comprend, et il le dit au nom de tous, aux 120 chrétiens qui sont là, que le Seigneur Jésus a voulu douze apôtres. Il est certainement important entre l'Ascension et la Pentecôte que ce qu'a désiré et voulu le Seigneur demeure, et qu'à partir de là, la volonté du Seigneur étant accomplir, l'Église pourra rentrer dans la mission de l'Esprit Saint.
Ainsi, ce douze bien sûr se rapproche et est à mettre en lien avec les douze tribus d'Israël, donc s'inscrit dans une histoire du salut, où le chiffre douze devient symbolique de cette plénitude représentant le peuple d'Israël, enfin des douze apôtres qui sont la figure du nouveau peuple de Dieu qu'est l'Église. C'est de l'ordre de l'intégrité de la nature de l'Église, de son fonctionnement symbolique ce qui ne signifie pas que ce soit irréel, au contraire, cela nous renvoie directement à la volonté de Dieu, au désir de Dieu, et ensuite, de sa capacité à être communion à travers ce symbolisme. En célébrant ainsi l'élection de Matthias, je crois qu'on va très loin dans notre compréhension de ce qu'est l'Église.
Aujourd'hui quand on a besoin de choisir un successeur des apôtres, on dit que ce sont les évêques, on se rend compte combien on tombe facilement dans ce qui est de l'ordre administratif. Vous l'avez remarqué, nous avons fonctionné de cette manière-là, dans les deux "vacances" du siège épiscopal à la limite, on pourrait presque se demander à quoi sert un évêque, parce qu'on arrive à tout faire sans lui, à part sa fonction de "reproduction" en ordonnant des prêtres pour continuer l'Église et qu'il est le seul à pouvoir le faire, on peut s'entendre avec un autre évêque et le faire venir, mais on tombe dans le purement administratif. C'est une très mauvaise compréhension de l'Église. L'élection de Matthias, ce n'est pas pour faire de la hiérarchie, du pouvoir ou de l'administratif, mais c'est pour manifester la nature communionelle de l'Église, le fait que c'est le Seigneur qui l'a voulu ainsi, et du coup elle peut être fidèle à sa mission. C'est donc très différent.
Cela nous rappelle aussi à la même nature de ce qu'est le chrétien, parce que vous le savez, selon la célèbre phrase de Tertullien : "on ne peut pas être chrétien tout seul". On rentre dans une communion, qui va être sans cesse manifestée par les signes et par les symboles : l'Eucharistie est signe de ce qu'est l'Église, mais la structure de l'Église elle-même, fondée sur les apôtres fonctionne pareil, elle nous renvoie à ce don de Dieu et à notre propre mission.
AMEN