CONSERVER LA TUNIQUE SANS COUTURE

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT


L

es lectures vous l'ont fait pressentir, nous fêtons aujourd'hui Saint Matthias, le petit dernier, celui qui est arrivé pour compléter le collège. Il n'y est pas arrivé de sa propre autorité, il n'y est pas arrivé avec cette idée en tête, il y est arrivé parce qu'on l'a appelé, parce que Pierre s'est levé, parce qu'au milieu de l'assemblée des frères on a voulu reconstituer ce chiffre de douze, ce chiffre symbolique qui traverse toute la Bible, ce chiffre que Jésus reprend et choisit pour signifier le plus possible de ce rassemblement qu'Il souhaite de tous les peuples, de toutes les langues, de toutes les nations, en s'appuyant ainsi sur le chiffre des douze tribus d'Israël. Il faut relire aussi dans la communauté le départ de Judas, il faut en quelque sorte, digérer ce qui s'est passé, ce drame qui s'est passé. Il faut choisir un disciple, on va prier l'Esprit Saint, on va se mettre dans ce courant de l'Esprit, ce n'est pas du spiritisme, on n'a pas fait tourner les tables, on n'a pas demandé "aux esprits", mais on a demandé à l'Esprit qui est celui qui irrigue l'Église de l'intérieur, de venir décider. Comme il y en a deux, il faut tirer au sort. 

       Il y a un autre passage de l'Écriture où l'on tire au sort. Bien sûr, c'est un peu inspiré par l'exégèse allégorique : "Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements, et firent quatre parts, une part pour chaque soldat, et la tunique. Or, la tunique était sans couture, tissée d'une pièce. Ils se dirent donc entre eux : ne la déchirons pas, mais tirons au sort pour savoir qui l'aura. Afin que l'Écriture fut accomplie : ils ont partagé mes habits, ils ont tiré au sort mon vêtement". Et voilà que ce qui est annoncé en figure au moment de la crucifixion de Jésus, cette tunique sans couture qui est déjà une annonce de l'Église, il faut tirer au sort pour que cette tunique sans couture, qui est l'Église et qui et née du côté ouvert de Jésus, puisse à nouveau remplir au maximum son rôle de signification. 

       L'affaire de Matthias souligne très bien l'unité entre l'Église voulue par Jésus et cette Église qui par-delà le rideau de la mort et de la Résurrection de Jésus, va poursuivre cette œuvre qui est commencée. C'est souligné parce qu'il y a toujours les Douze, parce que Pierre se lève, parce qu'on rapporte l'histoire de Judas, de cet homme qui s'est découvert tout d'un coup, infiniment seul au monde, parce que l'amour de sa vie l'avait trahi, de cet homme qui n'a pas eu l'espace du repentir, qui n'a eu que le remords pour dernière tunique, pour dernier vêtement. Quand on a relu cette histoire, quand on a appliqué les mots qui sont peut-être les plus fréquents dans les Actes qui sont les mots des psaumes qui reviennent sans arrêt, quand on a appliqué ce cri des psaumes, ce cri d'imprécation du psaume 108, quand a pu dire que le traître n'a eu que ce qu'il méritait ou plutôt suggérer que quand un amour nous a tellement brûlé, quand un amour a été tellement fort pour nous, quand on l'a trahi, il ne reste plus rien, et qu'on a souligné à nouveau le poids de cet amour, de cet engagement de Dieu envers nous, et du sérieux de notre réponse que nous devons avoir. 

       A ce moment-là, il faut désigner des personnes, et l'on souligne encore le rapport qu'il y a entre le Jésus terrestre et Jésus qui est passé dans la gloire, alors on rapporte le baptême de Jean jusqu'à l'Ascension, on rapporte tous ces moments de la vie publique, on se souvent de Jésus qui a transgressé le sabbat, de Jésus qui a voulu instituer la Loi nouvelle sur la montagne, on se rappelle de Jésus qui a mangé et bu avec nous, on se rappelle d'un Jésus très humain. Et quand on a pu se dire que c'est vraiment dans ce creuset de ce Jésus très humain que l'on a accès à l'essentiel de la foi, la Résurrection, à ce moment-là, on va compter ceux qui étaient là et l'on tire au sort, parce qu'il faut que la tunique soit sans couture jusqu'au jour de la gloire, jusqu'au jour du rassemblement de tous les peuples. 

     AMEN