JÉSUS NOUS RÉVÈLE LE PÈRE
Jc 1, 1-12 ; Jn 14, 7-14
St Philippe et St Jacques - (4 mai 2012)
Vendredi de la quatrième semaine du temps pascal
Obsèques de Jeanne
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Philippe (Avioth)
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eanne, je suis sûr que c'est maintenant ce que vous vivez aujourd'hui, non seulement la joie de retrouver votre époux, de retrouver tous ceux que vous aimez, mais aussi très certainement de pouvoir bavarder avec les apôtres, ces compagnons de Jésus dont on peut croire qu'ils ont eu beaucoup plus de chance que nous puisqu'ils ont partagé la vie de Jésus quand il était sur terre. Par conséquent, pour eux, les choses étaient plus faciles à vivre, plus simples.
Dans la première lecture qui est tirée de l'épître de saint Jacques, vous aurez remarqué la grande souffrance de cet apôtre. Il est question d'épreuves, d'un voile à travers lequel on ne voit pas nécessairement le but, l'objet des épreuves, le sens de la vie. Mais tout de suite après, il est clair que pour cet apôtre, l'épreuve n'est jamais envoyée par Dieu. C'est important de le rappeler pour votre famille, pour Jeanne aussi, pour tout ce que sa génération a pu traverser, à travers la guerre, l'exil, et l'arrivée en France. Les épreuves même si très souvent notre premier instinct consiste à nous tourner vers Dieu pour lui dire : qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela ? le compagnon de Jésus, l'apôtre Jacques affirme que l'épreuve ne vient pas de Dieu. Il n'en sait pas tellement davantage, mais il est important de se le rappeler.
La deuxième chose nous est rappelée par Philippe. L'évangile se situe à un moment où Jésus parle avec ses disciples, juste avant d'être arrêté, avant de vivre sa Passion de mourir sur la croix et de nous donner sa vie par amour. Or, les apôtres qui ont pourtant vécu avec Jésus toutes ces années dont on pourrait penser qu'ils le connaissent parfaitement, n'ont toujours pas compris qui il était. Eux veulent aller directement à la source, ils veulent aller directement à Dieu, et ils disent à Jésus : "Montre-nous le Père ?" Ils ne comprennent pas et Jésus insiste : "Vous n'avez pas compris qu'en me voyant, vous voyez le Père". C'est une des lignes de forces les plus fondamentales de l'évangile et du christianisme. Dieu n'est pas ailleurs, Dieu n'est pas hors de portée, Dieu se laisse lire, contempler, manifester à travers le visage non seulement de son Fils, mais aussi à travers le visage de tous ceux qui se mettent à la suite de Jésus. Que ce soit sacramentellement à travers le don du baptême, mais que ce soit aussi à travers notre vie, notre comportement, à travers nos gestes.
Pour Jeanne, et Michel me disait hier en préparant cette célébration, qu'elle avait une centaine de petits neveux, arrière neveux et nièces, et elle aimait les regarder en photos. On retrouve à travers cet acte que nous aimons, de regarder les photos, nous retrouvons ce que Jésus indique et veut expliquer à Philippe. Il lui dit de ne pas brûler les étapes, de ne pas essayer de franchir trop vite la frontière parce qu'en faisant cela on tombe dans le pur dogmatisme et l'idéologie, mais de le regarder à travers le visage de ceux qui sont autour de lui. C'est ce que Jeanne a aimé faire pendant longtemps. Malheureusement, elle a été touchée par cette maladie terrible qui abîme la mémoire et qui fait que petit à petit la personne perd ses repères spatiaux temporels et la mémoire. Malgré cette souffrance qu'elle a enduré et aussi que sa famille a porté avec elle, parce que c'est aussi une épreuve pour la famille, cet acte qu'elle a aimé faire régulièrement de regarder toute cette descendance dispersée dans le monde entier, c'était le moyen pour elle de découvrir que la vie, que la fécondité, ce n'est pas simplement d'engendrer charnellement un enfant. Nous, nous croyons au Fils de Dieu incarné, et qui charnellement n'a pas donné la vie, mais qui à travers le don de sa vie, le témoignage de ce qu'il vivait avec son Père a su engendrer spirituellement des multitudes d'enfants, de femmes et d'hommes dont nous faisons partie.
Frères et sœurs, que ces deux colonnes de l'Église que sont Philippe et Jacques nous aident à redécouvrir à la lumière du Christ ressuscité tout ce que Jeanne a pu vivre, et l'importance fondamentale de cette vie, de ce corps, de ce visage que nous avons reçu à travers lesquels se lisent déjà par avance l'espérance en la vie éternelle, la manifestation de l'amour que Dieu nous donne et que nous avons à donner sans compter autour de nous.
AMEN