LA PRÉSENCE DU PÈRE
Jc 1, 1-12 ; Jn 14, 7-14
St Philippe et St Jacques - (4 mai 2004)
Mardi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ui me voit, voit le Père". On pourrait se demander pourquoi effectivement le fait de voir le Père est le désir ultime, en tout cas d'un juif, et à travers Philippe et Jacques, les apôtres qui étaient auprès de Jésus, qui à la fois dans cette humanité qui était la sienne montrait et cachait quelque chose de Dieu. Et l'on pourrait s'étonner de ce que cette phrase vient comme cela : "Montre-nous le Père, et cela nous suffit !".Est-ce qu'il s'agit simplement de voir enfin le commencement, la source, le début de ce monde, la raison. Ainsi, on dévoilerait d'un coup toutes les énigmes, tous les secrets seraient dévoilés, on saurait tout. Je pense que de voir le Père, ce n'est pas de l'ordre du comprendre et du savoir, comme si on ouvrait la boîte de Pandore et qu'enfin tout nous serait dévoilé. C'est quelque chose d'autre, sinon, ce serait une sorte de démarche de Prométhée qui serait de s'emparer de ce que Dieu aurait caché et qu'Il nous montrerait que si on est bien sage.
On oublie de dire que lorsqu'on accèdera à la vision du Père, nous deviendrons ce que nous devons être. Il ne s'agit pas d'une opération extérieure après laquelle on peut dire : j'ai vu ! Non, pas du tout. C'est au contraire une opération de communion et "d'être". En voyant le Père, non seulement, on dévoile ce qu'est Dieu, comme Dieu qui est caché dans l'humanité de Jésus, mais on accomplit pleinement ce que nous sommes. Lorsque nous verrons Dieu, nous serons plus que jamais nous-mêmes, comme jamais nous ne l'avons été et nous le resterons éternellement.
D'autre part, on pourrait ajouter que ce n'est pas une sorte de contemplation, tel un instant suspendu, immobile, dans notre histoire, et dans ma vie terrestre j'aperçois quelques morceaux épars du Père, et qu'un jour, je rassemblerai tout cela pour en voir enfin le visage, et comprendre ce qu'il est. Rencontrer le Père, c'est la totale réconciliation avec moi, avec Dieu, avec le monde et avec l'histoire, c'est cela voir le Père. C'est être au bout du bout de ce que je devais être et que j'ai commencé maladroitement à devenir à travers mes "oui", mes "non", mes péchés, les pardons reçus et donnés, etc … En cette vie voir le Père, ce n'est pas une sorte d'aboutissement, c'est l'explosion de mon devenir, comme si j'allais enfin prendre pleinement possession de ce que Dieu avait promis que je serais avec Lui.
C'est pourquoi il est question de contemplation et de gloire. Voir, c'est pouvoir peser à son juste poids la présence de Dieu, en ce qu'Il est, chez les autres, et en soi. Il y a une chose que nous ignorons, Dieu l'a fait pour que notre liberté n'en soit pas encombrée, c'est que nous ne pouvons pas mesurer combien Dieu est à l'intérieur de nous, pour nous. Nous y avons accès par la foi et la confiance, mais nous n'avons pas accès à ce poids divin en l'humanité. C'est cela la réponse de Jésus à Philippe : "Si tu pouvais mesurer le poids du Père dans ma chair d'homme, tu me vois, tu vois le Père".
C'est pour cette raison que la contemplation est le premier acte à poser pour commencer à pressentir ce qu'est le poids de Dieu et le poids du Père dans le Christ, le poids du Père dans l'homme. Ce n'est pas un arrêt sur image, comme souvent on peut le penser, il faut s'arrêter, suspendre nos émotions, s'immobiliser pour saisir. Au contraire, c'est très dynamique et percutant. Le regard vient se frotter à quelque chose qui est un pur mouvement. La contemplation est à la fois une sortie de soi, une appréhension, une saisie de cet immense poids que Dieu nous a caché, non pas parce qu'Il veut nous cacher des choses, mais pour nous permettre de rester des êtres libres et de décider si nous voulons être avec Lui. Je pense que les apôtres ont vécu quelque chose de ce type dans l'expérience religieuse qui a été la leur: une saisie progressive du poids du Père dans l'homme Jésus. Ils savaient, et c'est pour cela qu'ils ont été après jusqu'au bout dans le don de leur vie, que d'entrevoir le Père les saisissait à tel point qu'ils devenaient ces fils de Dieu, ces apôtres, ces témoins jusqu'au bout de l'ultime. Ainsi, chaque fois que nous nous mettons en présence du Père, dans une célébration, dans la prière personnelle, nous continuons d'activer cet épanouissement de nous-mêmes, ce devenir de nous-mêmes, même si rien ne se voit tout se fait à l'intérieur de nous.
Que les apôtres Philippe et Jacques nous aident à deviner cette lumière, ce poids d'être que Dieu met en nous et qui nous rapproche chaque jour davantage de Lui.
AMEN