LA RELATION DU PÈRE ET DU FILS

Jc 1, 1-12 ; Jn 14, 7-14
St Philippe et St Jacques - (5 mai 2001)
Samedi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, dans l'évangile il est parlé à plusieurs reprises de l'apôtre Philippe et il nous apparaît essentiellement comme un homme de relation, quelqu'un qui introduit, et parti­culièrement qui introduit auprès de Jésus. Dès le dé­but de l'évangile quand Jésus appelle Philippe en lui disant : "Suis-moi", aussitôt, Philippe va trouver Na­tanaël et il lui dit comme nous le chantions tout à l'heure : "Celui dont ont parlé la Loi et les Prophètes, nous l'avons trouvé, c'est Jésus de Nazareth". Et Na­tanaël, ainsi introduit par Philippe rencontrera Jésus et il lui dira : "Tu es le Messie, le Roi d'Israël".

Quand au désert, les foules sont affamées et éloignées de tout endroit où elles puissent trouver de quoi manger, c'est Philippe qui va s'en rendre compte et avec André, il ira trouver Jésus pour lui demander de nourrir ces foules, et Jésus multipliera les pains.

Quand des grecs veulent voir Jésus peu avant la Passion, c'est encore Philippe à qui ils s'adressent qui va les introduire auprès de Jésus qui leur dira : "Quand le Fils de l'Homme sera élevé de terre, Il attirera tout à Lui".

Ainsi, Philippe nous apparaît comme quel­qu'un qui conduit à Jésus, qui introduit à Jésus. Et voilà que, comme nous l'entendions, il y a un instant dans l'évangile, au moment où Jésus va quitter ce monde pour retourner au Père, c'est sur la relation entre Jésus et son Père que Philippe pose une question :"Montre-nous le Père, introduis-nous auprès du Père, fais-nous voir le visage du Père ?" Et par cette question Philippe va amener Jésus à nous dire ce qui est peut-être le plus profond ou le plus essentiel dans sa vie, précisément, cette relation au Père qui fait de Lui le révélateur du Père, Celui qui nous introduit au Père et qui nous le fait connaître : "Qui m'a vu Phi­lippe, a vu le Père. Ne crois-tu pas que Je suis dans le Père et que le Père est en Moi ?" Dieu que personne n'a jamais vu et que tous les hommes désirent pouvoir découvrir reconnaître, étreindre, Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais le Fils nous le révèle, le Fils nous le fait connaître. Le Fils est le chemin qui conduit au Père : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie", a dit Jésus à Thomas. "Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Nul ne va au Père si ce n'est par moi". Jésus chemin qui nous introduit au Père, parce que Jésus est présence de Dieu accessible pour nous, tangible : "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont touché" de Dieu, avec nos yeux, avec nos mains, nous avons vu, nous avons entendu, nous avons touché Dieu en Jésus. Et en tou­chant Jésus, Il nous introduit au mystère plus secret, plus intime du Père, ce Père que personne n'a jamais vu mais qu'ainsi nous pouvons atteindre à travers Jé­sus. Jésus nous conduit à ce qui lui est le plus cher, le plus intime, le plus profond, son amour du Père. Nous découvrons le Père à travers l'amour de Jésus pour Lui. A travers cette intimité de Jésus avec son Père, nous sommes comme invités, initiés, au mystère le plus secret de Dieu, ce mystère de la Trinité qui est la circulation éternelle d'amour qui jaillit du cœur du Père, donne naissance au Fils, le constitue en tout semblable au Père, de comme le Fils dans un amour semblable se donner au Père et ensemble l'un et l'autre se donner à l'Esprit qui leur répondra à son tour. Ce mystère de communion, de circulation d'amour entre le cœur du Père, le cœur du Fils et celui de l'Esprit, ce mystère qui est au centre de tout l'univers, de toute chose, qui est l'ultime clé nous ouvrant à la réalité unique la plus profonde de toute chose, ce mystère qui va nous révéler à nous-mêmes le secret de notre pro­pre vie, une vie qui est faite pour aimer, comme le Père, le Fils et l'Esprit s'aiment, se donnent l'un à l'autre, se donnent à nous, nous permettent de nous donner les uns aux autres et d'entrer ainsi en commu­nication, en relation avec Dieu et les uns avec les au­tres pour que nous ne soyons pas des êtres solitaires, repliés sur leur propre identité ou leur propre perfec­tion, ou leur propre malheur, mais des êtres qui trou­vent constamment dans l'autre le secret de ce qu'ils sont eux-mêmes, des êtres qui sont faits pour s'ouvrir aux autres et en s'ouvrant devenir davantage plus pro­fondément eux-mêmes par cet enrichissement mutuel qu'est notre relation d'amour les uns avec les autres. Exactement comme le Père est Père en se donnant au Fils et que le Fils est Lui-même en se recevant du Père, de même nous ne devenons pleinement nous-mêmes qu'en nous donnant aux autres et en nous re­cevant des autres, parce que d'abord, nous nous rece­vons de Dieu et nous nous rendons à Lui. "Montre-nous le Père ? - Ne comprends-tu pas Philippe que le Père est en moi et moi dans le Père, et que le Père et moi-même nous sommes en vous". - "Si quelqu'un m'aime, nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure", par l'opération de l'Esprit Saint, nous viendrons faire notre demeure en son cœur. C'est cela la vérité la plus profonde de notre vie, c'est que nous fassions notre demeure les uns dans le cœur des autres parce que Dieu d'abord a commencé par faire sa de­meure en nous.

Alors écoutons saint Hilaire de Poitiers commenter ce mystère des mystères : "Ecoute, écoute le Père inengendré. Ecoute le Fils unique, écoute, Moi et le Père nous sommes un. Ecoute, qui me voit, voit le Père. Ecoute, le Père est en moi et Je suis dans le Père. Ecoute, Je suis sorti du Père et tout ce qu'a le Père, Il l'a donné au Fils, et le Fils a la vie en Lui comme le Père l'a en Lui-même. Ecoute le Fils, image, sagesse, puissance, gloire de Dieu. Ecoute la proclamation de l'Esprit. Plonge-toi dans ce mystère, enfonce-toi dans le secret de cette naissance ineffable entre le Dieu inengendré et le Dieu Fils unique. Pars, avance, persiste, même si je sais que je n'arriverai pas, je me réjouirai d'être en route car celui qui, avec amour, poursuit le mystère insondable, même s'il n'arrive jamais au bout, du moins grandit dans cette marche".

 

 

AMEN