COMMENT VOIR LE PERE ?

Jc 1, 1-12 ; Jn 14, 7-14
St Philippe et St Jacques - (4 mai 1994)
Mercredi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

P

hilippe, qui M'a vu a vu le Père" dit Jésus à son apôtre et, comme en écho, dans son épître, saint Jacques nous parle du "Père des lumières de qui descend tout don parfait."

Ainsi la complémentarité de ce dialogue de Jésus avec Philippe et de cette lettre de saint Jacques nous introduit au cœur du mystère trinitaire que ses apôtres ont répandu jusqu'aux extrémités du monde.

"Qui M'a vu a vu le Père !" Jésus, le Fils est donc le Révélateur du Père, le visage du Père. Éter­nellement, et dès maintenant, contempler Jésus, c'est voir le Père. Dès maintenant, à travers l'évangile et pour toujours, quand les yeux de notre chair transfigu­rée contempleront le corps ressuscité du Christ, le visage ressuscité du Christ, c'est le visage du Père qui nous est révélé. Le Christ, le Fils n'a pas d'autre pro­pos, Il n'a pas d'autre but, Il n'a pas d'autre sens que d'être le chemin vers le Père, la manifestation du Père, notre introducteur auprès du Père, mieux encore d'être Celui en qui nous rencontrons le Père, Celui sur le visage de qui se dessinent pour nous les traits du Père.

Le Père, Lui, est le Père des lumières. Il est la Source de toutes les lumières. Il est non seulement la lumière par excellence, mais Il est Celui de qui jaillit toute lumière. Et d'abord la lumière parfaite qui est le Fils "lumière née de la lumière", puis de toutes ces innombrables lumières que sont les créatures, que nous sommes nous-mêmes. Il est le Père de toutes les lumières et nous sommes lumières, nous aussi, dans le Christ participant à la lumière du Père qui est la Source, qui est le jaillissement, qui est l'origine, point de départ et le point d'arrivée, Celui de qui tout dé­coule et Celui en qui tout s'achève, le Père qui est le jaillissement de l'amour infini dont nous sommes nés et l'océan d'amour dans lequel s'achèvera, pour nous, le sens de notre vie et notre bonheur éternel.

Le visage du Fils, le Père source de toute lu­mière, le don parfait qui est l'Esprit. Car cet amour qui a poussé le Père à nous façonner, cet amour qui a poussé le Père à engendrer le Fils, cet amour nous est donné, c'est l'Esprit c'est le Don, le don parfait. L'Es­prit, l'Esprit d'amour envahit notre être et comme le dit Irénée, c'est "enlacés à l'Esprit de Dieu que nous nous élançons" de toute la force de cet amour vers le Père.

Nous devrions vivre dans la nostalgie de ce visage, ce visage du Christ qui est le visage nous ré­vélant le Père, dans la nostalgie de cette source dont nous avons jailli, de cette source qui nous abreuve, de cette source qui nous appelle. Nous devrions vivre dans la plénitude de ce don, ce don parfait qui nous est fait. Nous sommes souvent trop légers, trop indif­férents Nous manquons souvent de poids. Notre vie n'a pas la densité qui devrait être la sienne. Densité de cet élan vers le Père, source de toutes les lumières, intensité du désir de voir le visage de Jésus et de dé­chiffrer en lui les traits du Père, intimité de ce Don qui nous est fait et qui devrait nous remplir jusqu'au tréfonds de nous-mêmes. Oui, il y a une dimension de notre vie que nous n'habitons pas de façon suffisante, dans laquelle nous n'établissons pas notre demeure. Pourtant, Jésus nous le dit : "Demeurez en Moi comme Je demeure en vous, comme Je demeure dans le Père !" Demeurer c'est-à-dire nous établir, nous enraciner, poser nos fondations, intensifier notre re­gard et notre présence, être vraiment présent à ce Christ qui nous révèle le visage du Père, à ce don de l'Esprit qui nous habite et qui nous remplit, à cette marche vers la source de toutes les lumières. Nous devrions demander aux apôtres qui, depuis les origi­nes de l'Église, ne cessent de faire retentir leur voix jusqu'aux extrémités du monde pour réveiller tous ces cœurs endormis que nous sommes, nous devrions demander aux apôtres Philippe et Jacques de nous conduire vers l'intériorité de notre vraie vie, là où le Christ nous manifeste déjà son visage en attendant qu'il éclate pleinement à nos yeux, là où le Père nous fait "lumière de sa lumière", là où Il répand en nous le don parfait de son Esprit.

Que cette fête soit pour nous l'occasion de ce pèlerinage intérieur afin que nous ne nous laissions pas égarer à la surface de nous-mêmes, à la surface des événements ou à la surface de l'histoire, mais que nous allions au cœur de toute chose, car c'est là qu'est le cœur de Dieu.

 

 

AMEN