MONTRE-NOUS LE PÈRE
Jc 1, 1-12 ; Jn 14, 7-14
St Philippe et St Jacques - (4 mai 1991)
Samedi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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eigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit !" Cette demande de Philippe est encore celle qu'aujourd'hui nous pourrions faire. Voir Dieu est un désir qui remonte à des temps très anciens. Tout le monde veut voir Dieu, cet être qui semble se cacher et se voiler. Les spirituels écrivent des livres : "Je veux voir Dieu !". D'autres écrivent : "J'ai trouvé Dieu !" Je pense qu'on le voit et qu'on le trouve en même temps et que, dans cette question de Philippe, nous trouvons cristallisée toute l'attente d'Israël, celle de tous ces apôtres, de tous ces gens qui, suivant Jésus, l'ayant connu, l'ayant suivi ne pouvaient réclamer du Christ qu'une seule chose : "Seigneur, montre-nous le Père !"
Le Père, Dieu tout-puissant, Dieu transcendant s'était fait voir déjà. Israël savait qu'en contemplant la création, en s'arrêtant le sabbat, il pouvait contempler les œuvres de ce Dieu créateur, de ce Dieu qui a rempli l'univers de sa force, de sa puissance et de sa vie. Israël a pu contempler Dieu dans les théophanies c'est-à-dire dans les manifestations de l'action de Dieu pour les hommes. Il a pu voir ce Dieu agir au cœur de l'histoire, au cœur du temps et de l'espace, au cœur de l'humanité profonde en agissant pour Israël, en le choisissant, en lui faisant passer la mer Rouge à pied sec, en le conduisant sur la terre promise. Toutes ces œuvres, toutes ces actions de Dieu c'était une manière de le voir. Moïse lui-même a contemplé sur la montagne la face de Dieu, et il demande : "Seigneur, fais-moi voir Ta gloire !" Et le Seigneur lui fait voir sa gloire. Il est pour tout le peuple d'Israël le témoin de cette volonté de Dieu de se faire voir, de se laisser découvrir. Mais Dieu se laisse découvrir petit à petit. Il se laisse comprendre, Il se laisse connaître mais à la mesure humaine. Il travaille le cœur et l'intelligence de l'homme pour que cet homme attende, au jour le jour, de voir la pleine révélation de Dieu.
Israël vivait donc dans cette attente, dans cette foi. Et c'est justement la foi de ces hommes qui nous permet à nous encore aujourd'hui de comprendre que lorsque le Fils de Dieu arrive, lorsque Jésus-Christ, cet homme, est là face aux disciples, ils voient ce que Dieu voulait leur faire voir. Ils voient le regard de Jésus, et dans le regard de Jésus, ils ne peuvent lire qu'une chose : la tendresse du Père. On ne peut pas dissocier le Père du Fils parce que le Fils ne se dissocie pas Lui-même du Père. Le Fils n'a pas fait comme Adam qui se détournait du regard de Dieu. Le Fils est resté face au Père Et c'est pourquoi Il peut dire: "Si vous ne croyez pas en Moi, croyez au moins aux œuvres car c'est le Père qui agit en Moi !" C'est parce qu'Il est resté sous le regard du Père que si les disciples pénètrent ce visage, rencontrent cette humanité, se mettent face à Jésus-Homme, ils voient, ils peuvent contempler la divinité du Père, ils peuvent rencontrer Celui que leur cœur a toujours cherché.
En fêtant saint Philippe et saint Jacques, nous fêtons cette rencontre de tous ces hommes avec le visage de Dieu. Et nous nous inscrivons dans cette même foi des apôtres. Quand ils écrivent : "Ce que nous avons vu, ce que nous avons touché, ce que nous avons contemplé du Verbe de vie", nous-mêmes nous pouvons le redire avec eux, Dieu se laisse encore voir. Il se laisse encore voir à travers les œuvres, à travers les signes et tous ensemble nous cherchons ce visage du Père. Le jour où nous le verrons, nous serons comblés de l'amour et de la tendresse de son regard ineffable et à travers tous les visages humains que nous regardons, à travers tous ces hommes qui défilent dans notre vie, sous nos yeux, dans notre monde, Dieu se dit. Il se dit dans notre humanité comme Il a commencé à se dire en son Fils Jésus-Christ. Mais il n'y a pas d'autre moyen de voir le visage de Dieu que de le contempler en s'arrêtant dans le face à face avec le Fils, en acceptant de voir dans l'humanité de Jésus la divinité, cette source qu'est le Père et qui a jailli dans le Fils et qui rejaillit sur nos êtres, par l'Église. En étant dans l'Église, en étant enfant de Dieu, en pénétrant dans cette matérialité, cette humanité des sacrements, nous entrons dans le Fils et nous pouvons en effet voir le Père car le Fils nous a fait connaître l'amour du Père, en se livrant pour nous, en nous donnant d'être régénérés par l'eau du baptême, de communier à son corps, d'être guéris de notre blessure spirituelle ou corporelle, en nous donnant de partager la plénitude et la joie de l'amour dans l'Esprit Saint, en nous donnant d'être unis à Lui. En tout cela nous contemplons l'amour du Père, cette source ineffable. "Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit !" Entrons dans cette attente. Et beaucoup de ceux que nous rencontrons nous demandent aussi : "Montrez-nous le Père et cela nous suffit !" Regardez, voyez, "viens et vois !" Il est là, Il est au milieu de vous, présent dans notre cœur. Et c'est vers Lui que nous allons, vers le Père, vers la vision éternelle. Il suffit de croire qu'Il est avec nous.
AMEN