MONTRE-NOUS LE PÈRE ?
Ac 5, 12-16 ; Jn 6, 1-15
St Philippe et St Jacques - (5 mai 1981)
Mardi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Arles : Jacques et Philippe
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eigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit !" - "Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais le Fils, Lui qui repose dans le sein du Père, nous L'a révélé !" - "Philippe, qui me voit, voit le Père !"
C'est bien la demande la plus profonde du cœur de l'homme qui a jailli de la bouche de Philippe, ce soir-là ! Voir Dieu ! Et la réponse du Christ nous entraîne dans une immense profondeur. Il y a, en effet, comme deux étapes dans cette révélation. Il a fallu, d'abord, que les apôtres voient Jésus, cet homme, et qu'ils discernent, en Lui, le Fils de Dieu. C'est ce que Thomas a exprimé, au moment de la Résurrection du Christ, quand, après avoir douté, après avoir refusé de croire sans avoir mis ses mains dans ses plaies, il s'est écrié, en voyant le Christ : "Mon Seigneur et mon Dieu". Jésus lui a dit : "Parce que tu m'as vu, tu crois, heureux ceux qui croiront sans avoir vu !"
Les apôtres sont d'abord ceux qui ont vu cet homme, Jésus, mais d'un regard qui ne s'est pas arrêté simplement, comme celui des contemporains du Christ, celui de cette foule anonyme ou encore de ces chefs des prêtres, ou de Pilate qui ont vu l'homme Jésus, et qui se sont arrêtés à cela, dont le regard n'est pas allé plus loin. Les apôtres sont ceux qui ont vu cet homme et qui ont discerné, sur son visage, les traits du Fils de Dieu. Saint Jean nous le dit : "Ce que nos yeux ont contemplé du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons". C'est le rôle propre des apôtres, d'être ceux qui ont vu et qui témoignent de ce qu'ils ont vu, et qui nous permettent, en quelque sorte, de voir, à travers leurs yeux, ce qu'eux-mêmes, par la grâce de Dieu, ont contemplé. Nous ne pourrons pas nous passer de ce témoignage des apôtres qui seul, nous permet de rejoindre le visage humain et divin du Christ que nous ne pouvons pas contempler de nos yeux, que nous ne pouvons pas étreindre de nos mains puisqu'après sa Résurrection, Il a quitté ce monde.
Le rôle des apôtres, c'est donc d'être ceux qui voient et qui nous permettent de voir, à travers leurs yeux. Mais il y a une deuxième étape dans la révélation. Ayant vu, à travers les traits humains du Christ, le visage de Fils de Dieu, il nous faut comprendre ce que Jésus révèle aujourd'hui : c'est que croire au fils de Dieu, c'est connaître le Père c'est entrer dans le mystère du Père. Car le Fils de Dieu est l'image parfaite du Père. Le Père est en Lui, comme Lui-même est dans le Père, dans cette communion absolue, parfaite, d'amour qui est le plus profond mystère de Dieu, le mystère de la Trinité. Entre le Père et le Fils, et l'Esprit, il y a cette parfaite communion d'amour qui fait que, partout où est le Fils est aussi présent le Père. Un peu comme nous rêvons nous-mêmes, à notre niveau humain, que partout où se trouve l'être aimé, nous voudrions être aussi, et que partout où nous sommes, soient aussi ceux que nous aimons, avec nous. Mais ce qui pour nous n'est qu'un désir, un rêve, ou en tout cas simplement un idéal vers lequel nous tendons, de toutes les forces que Dieu a mises dans notre cœur, cela, en Dieu, se réalise de façon parfaite. Partout où est le Fils, est le Père. Partout où est le Père, est le Fils. Et il n'a pas suffi aux apôtres de comprendre que cet homme était le Fils de Dieu. Jésus a voulu qu'ils comprennent aussi, qu'entre le Fils et le Père, l'ultime mystère est celui de cette communion d'amour qui les rend indiscernables parce qu'ils sont totalement l'un dans l'autre.
Etre chrétien, c'est aller jusque-là, même si ce mystère nous fait un peu peur, même s'il nous semble trop grand pour nous. Il n'y a pas de christianisme en dehors de cette adhésion totale au mystère de la Trinité. C'est pour cela que Jésus est venu sur la terre. Pour qu'il soit le chemin vers le Père. Il n'y a pas d'autre chemin vers le Père. "Nul ne va au Père que par moi" - "Je suis le chemin" - "Je suis la porte", dit Jésus. Et c'est pourquoi, et uniquement à cause de cela, que : "Je suis la Vérité et la Vie". Car il n'y a pas d'autre vie que celle qui est puisée à cette source, Jésus, image parfaite, présence du Père parmi nous.
Qu'au cours de cette eucharistie, en recevant le pain, nous y reconnaissons le corps, que dans le corps humain du Christ, nous reconnaissions le Fils de Dieu, que dans le Fils de Dieu, nous pressentions, nous atteignions, nous adorions "le Père des Lumières", comme dit saint Jacques.
AMEN