LES DEUX DÉSIRS
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2011)
Mardi de la deuxième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Jean de Malte : Une des douze croix de consécration
|
F |
rères et sœurs, vous me pardonnerez ce petit trait d’humour qui va peut-être sembler incongru par rapport à la fête d’aujourd’hui qui est la fête de la Dédicace de notre église. J’aurais voulu partir sur la manière dont notre société contemporaine consumériste a récupéré le mot « temple ». Vous savez que maintenant, on parle des temples de la consommation. En fait, pourquoi appelons-nous ces lieux « des temples de consommation »? Parce que dans ces temples, il y a la rencontre de deux désirs, le désir ce celui qui vient pour acheter tel ou tel produit, et le désir de celui qui vend , de vendre tel et tel produit. C’est ainsi qu’il y a rencontre entre celui qui vend et le consommateur. Vous aurez remarqué que souvent les commerçants, plutôt dans les grandes surfaces, ont toujours le don de nous perdre dans les rayons, avant d’arriver aux produits essentiels, le lait, le beurre, etc … on doit toujours passer devant des choses qui ne servent à rien. C’est une stratégie commerciale, vous entrez pour acheter quelque chose, et vous ressortez avec des tas de choses que vous ne vouliez pas acheter.
Même si cet exemple vous a semblé incongru, il y a quelque chose d’approchant avec ce que nous fêtons aujourd’hui et avec ce qu’est une église. En fait, on ne s’en rend pas toujours compte, pour nous l’église, c’est surtout un bâtiment qui a été construit à telle époque, d’un tel style, quelle a été son évolution dans le temps. Or, on l’oublie, mais une église, c’est avant tout le lieu de rencontre entre deux désirs : le désir que Dieu a pour l’homme, et le désir que les hommes ont pour Dieu. Or, notre principal problème, c’est d’abord de saisir qui est Dieu, et surtout de saisir ce que nous avons à faire dans ce monde, et de saisir ce que nous avons à être avec Dieu. Un petit peu comme le consommateur, nous arrivons avec une liste courte et précise, ce sont nos demandes, c’est ce que nous désirons, c’est là où cela fait mal. En entrant dans une église, pour peu que nous soyons capable d’ouvrir notre cœur, nous ressortirons avec des trésors que nous n’aurions jamais soupçonné l’existence. Nous venons avec nos propres préoccupations, et quand nous repartons, mais sous une condition précise qui est d’être attentifs et d’ouvrir notre cœur, nous repartons changés.
Autrement dit, l’église est le lieu par excellence de la transformation de l’homme, de l’humanité. Je trouve assez beau que dans les trois textes choisis pour cette fête, chacun d’entre nous peut y trouver quelque chose pour lui-même. D’abord avec Zachée, c’est peut-être pour ceux qui rentrent dans cette église par simple curiosité. Zachée voulait simplement par curiosité, voir ce Jésus dont tout le monde parlait. Il repart transformé et il accueille Jésus dans sa maison. Et puis, il a peut-être ceux qui sont plus chrétiens, plus attentifs à leur vie, qui veulent faire les choses bien comme il faut. C’est la lecture de saint Pierre. C’est-à-dire comment nous avons à nous laisser approcher de la Pierre Vivante pour que nous-mêmes nous devenions des pierres vivantes de cette église. Et puis, il y a aussi quelque chose pour nos frères et sœurs défunts, puisque la lecture de l’Apocalypse qui est proposée pour la Dédicace d’une église, est aussi très souvent proposée pour des obsèques, avec cette transformation totale de la Jérusalem terrestre en cette Jérusalem céleste, qui est à la fois la même et qui en même temps est différente. Cette lecture nous dit le processus de transformation par lequel passent nos défunts.
Frères et sœurs, que cette fête soit pour nous l’occasion de nous poser cette question toute simple : d’abord, qu’est-ce que l’église pour nous ? le bâtiment, mais aussi l’Église ? c’est-à-dire la communauté que nous formons, et est-ce que nous sommes capables de nous laisser transformer par ce lieu et par Celui qui l’habite : Jésus-Christ.
Je finirai pas une citation du Bienheureux Jean-Paul II qui a le don de résumer à la fois ce qu’est une famille et une paroisse. Il disait : la paroisse est une famille de familles. Ce que je viens de dire vaut aussi pour nos familles en tant que petites cellules ecclésiales. Est-ce que nos familles sont véritablement des lieux de rencontres, de désirs qui sont capables de s’accorder et de se rencontrer, pour être véritablement aussi un lieu de transformation.
AMEN