EN ÉGLISE, EN MARCHE VERS UN AU-DELÀ …
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2008)
Samedi de la sixième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, vous pouvez reporter le problème dans tous les sens, mais depuis que l'homme est homme, il n'a que deux modes de vie : ou bien il est nomade, ou bien il est sédentaire. Aujourd'hui on dit : SDF ou résidentiel. Bien entendu il y a toujours eu des ethnologues pour inventer la catégorie des semi-nomades, ou de nomades en voie de sédentarisation, mais il faut bien avouer que normalement, c'est ou l'un ou l'autre ! Même si certaines tribus à certaines époques dans l'histoire de l'humanité ont été un peu hésitantes entre les deux formes de vie, aujourd'hui encore, on peut de façon absolument claire voir si quelqu'un vit avec une maison, avec toutes les responsabilités qui sont liées à cette maison, une certaine stabilité, une certaine permanence, des structures que ce soit en terre ou en briques, peu importe, et puis, tout ce qui va avec. Tandis que les nomades ou ceux qui sont sans domicile fixe sont obligés de s'arranger d'une tout autre manière qui généralement d'ailleurs, dans le monde contemporain n'est pas la plus facile.
Quand on réfléchit sur ce double statut de l'homme, car tout le problème c'est qu'ayant des pieds il est mobile, mais ayant un corps, il a besoin de se reposer et de se stabiliser, c'est un peu la base humaine qui permet de comprendre mieux la fête d'aujourd'hui. En réalité, pour les chrétiens, c'est la synthèse des deux : nous sommes nécessairement à la fois nomades, et résidentiels.
C'était déjà un tout petit peu le cas dans l'histoire du peuple d'Israël puisqu'avant l'installation dans la terre de Palestine, les Hébreux ont mené une vie nomade dans le désert, et ensuite, quand ils étaient installés pour les purifier et les transformer et les convertir, Dieu a dû leur redemander d'entrer dans la condition d'exilés, puis de gens dispersés où là, ils menaient la vie sédentaire mais avec ce reste de nomadisme qu'étaient les pèlerinages.
Nous, comme chrétiens, nous avons une vision qui rassemble ces deux dimensions de l'homme et être chrétien, c'est à la fois être SDF et avoir un nouveau domicile. SDF, cela se comprend assez bien, c'est le fait que nous ne sommes pas parvenus au but et lorsque nous réfléchissons sur notre condition de chrétien, nous sommes obligés de revenir à cette phrase de l'apôtre qui dit qu'ici-bas nous sommes dans la condition de voyageur, nous ne sommes pas arrivés, nous sommes en tension vers une réalité que nous n'avons pas encore atteinte. Par conséquent, lorsqu'on célèbre la dédicace d'une église, il ne faut pas se faire d'illusions, avant de célébrer le lieu, nous célébrons d'abord une certaine condition des hommes en tant qu'ils n'ont pas de lieu définitif ici-bas sur la terre.
C'est pour cela que du point de vue architectural, et cette église est un bel exemple, les églises ont été construites surtout en Occident, comme des vaisseaux renversés qui s'avancent, avec les voûtes qui sont comme la carène, qui sont orientées vers le soleil levant, et toute l'assemblée est tournée vers le soleil levant, car nous célébrons en marche. Il ne faut pas oublier que c'est seulement au seizième siècle qu'on a mis des choses dans les églises à cause de la longueur des sermons. Dans les cathédrales gothiques, il n'y a jamais de mobilier de chaises. Les seuls qui avaient droit à des chaises, c'étaient les chanoines parce qu'ils récitaient l'office, que c'était un peu long pour leurs vieux os, et ils s'asseyaient très souvent pendant l'office ou s'appuyaient sur les stalles sur ce qu'on appelle les miséricordes. Mais la première condition, la première image que doit nous donner une église, c'est cette image du bateau en mouvement qui s'avance, l'église est toujours orientée vers le soleil levant qui est le Christ ressuscité et pour lequel nous sommes voués à le chercher et à vivre pour lui, rechercher les choses d'en-haut.
La première dimension de l'église c'est vraiment cette dynamique qui consiste à s'arracher à la vie actuelle et accepter une certaine condition de nomade, de sans domicile fixe pour pouvoir effectivement trouver la véritable liberté dans quelque chose de supérieur qui est l'absolu de l'amour de Dieu.
Mais en même temps, l'église, et c'est vers le troisième siècle que l'Église a réfléchi, sur le problème des lieux de réunions dans lesquels il y ait une sorte d'enracinement. L'Église n'est pas un peuple de déracinés, même si elle est sans cesse en tension vers le but à atteindre, il n'empêche que dès maintenant elle sait qu'il y a un lieu dans lequel elle peut se retrouver, non pas pour s'y installer et ne plus bouger, mais pour être visitée par Dieu. C'est pour cela que les églises sont devenues le lieu privilégié de l'eucharistie comme manifestation de la présence de Dieu au cœur même de son peuple.
Quand on célèbre la dédicace d'une église, bien sûr on célèbre les murs de pierres, bien sûr on célèbre la sédentarisation terrestre du peuple de Dieu qui a trouvé un point de chute, mais en même temps, ce point de chute n'est pas comme les autres. Ce n'est pas un foyer fermé dans lequel la vie familiale ou la vie du peuple est comme bloquée sur elle-même, mais c'est un lieu ouvert à la présence de Dieu.
Frères et sœurs, en célébrant aujourd'hui la dédicace de cette église qui a maintenant sept cent cinquante-sept ans, que nous sachions retrouver toute l'intelligence spirituelle des constructeurs, la même intelligence spirituelle et mystique de tous ceux qui y ont vécu et qui y ont prié, et que nous sachions nous-mêmes vivre dans notre propre vie personnelle, cette double dimension, à la fois le mouvement permanent, la recherche permanente de quelque chose qui nous dépasse et qui est au-delà de nous-mêmes, et en même temps, le fait de savoir que le don du salut et de la présence de Dieu se fait un lieu privilégié qui a été planté au cœur de la cité, pour qu'au cœur de la cité, ces églises soient dressées comme des signes de la présence et de la convivialité de l'homme avec Dieu.
AMEN