CURIOSITÉ ET DISTANCIATION

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2010)
Lundi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Jean de Malte : Croix de consécration

 

F

rères et sœurs, a écouter avec vous cet extrait de l'évangile selon saint Luc avec le fameux personnage de Zachée, en fait, l'évangile type pour l'anniversaire de la Dédicace de notre église, je suis toujours surpris par l'étonnante modernité de ce passage.

Le moteur chez Zachée, c'est la curiosité et le moteur chez les modernes c'est aussi la curiosité. Je suis toujours étonné, surtout quand je suis chantre par conséquent, je vois les gens rentrer dans l'église, je suis toujours étonné que leur personnalité du vingt-et-unième siècle ressemble à celle de Zachée. Il y a une certaine distanciation et une curiosité chez Zachée et chez nos modernes qui est plutôt axée sur l'identité et le "comment". Quand les gens rentrent dans l'église, pour beaucoup, il y a l'office, (ce n'est pas une attaque personnelle), ils sont plus intéressés par le comment l'édifice a-t-il été élaboré et construit plutôt que de savoir pourquoi il y a là des gens en chair et en os qui chantent. Alors, peut-être est-ce pour ne pas nous fixer avec un air … mais je pense aussi qu'il s'agit d'une distanciation.

Ce qui est commun chez Zachée et nos modernes c'est de croire que la curiosité qui n'est pas un vilain défaut mais qui est une chose très saine, c'est de croire que la curiosité pour qu'elle soit bonne doit être nécessairement accompagné par une distanciation. C'est cette espèce d'objectivité scientifique qui fait dire : je suis capable de connaître la vérité, s'il y a une certaine distance entre l'objet et moi, pas d'affect, rien du tout. A tel point que ce soit dans les sciences dures, ou encore pire, dans les sciences humaines, on est persuadé qu'on est capable d'être objectif dans la recherche si justement on n'a rien à voir avec l'objet étudié. Comme l'avait dit un professeur de sciences-po à une élève qui était arménienne : "il n'est pas question que vous fassiez votre mémoire sur l'Arménie, vous êtes arménienne, vous n'êtes pas capable d'être objective sur la question".

Zachée, dans son arbre, est l'image de cette curiosité qui n'est pas malsaine mais qui pense qu'il faut quand même qu'il y ait une distance entre lui et cet homme qui est déjà connu parce qu'il a guéri cet aveugle, et je peux vous assurer que le téléphone qu'il soit arabe ou sémite, a vite fonctionné et toute la ville est déjà au courant de ce qui s'est passé à l'extérieur de la ville.

Je crois que pour nous, Église et communauté, il est bon de partir de cette curiosité pour l'annoncer à nos semblables. Mais là où il y a la différence, c'est que la religion, l'Église, ou la foi ne sont pas des éléments basés simplement sur la curiosité et sur la capacité à connaître l'identité de l'Église : qu'est-ce que l'Église ? qu'est-ce que Dieu (en admettant que Dieu existe !). Nous, nous disons que la meilleure curiosité c'est le "vivre avec". C'est cela le jeu dans l'évangile que nous avons entendu. Autrement dit, Jésus part de cette curiosité qui est bonne dans le cœur de Zachée, il lui fait faire deux pas, Jésus va vers Zachée et Zachée descend de son arbre. C'est dans cette rencontre que la communion entre Zachée et Dieu peut commencer à exister. On pourrait parler de commensalité, c'est dans un premier temps que si la curiosité est une bonne chose, cette empathie qui me donner de désirer d'aller vers l'autre, et on ne va pas s'arrêter là. Il faut que cette curiosité, quelle qu'elle soit aboutisse à une commensalité, à ce désir de vivre ensemble.

C'est cela l'Église, c'est cela ce bâtiment. Comment ce bâtiment a-t-il été construit ? Je ne suis pas Andréas Hartmann, même si j'ai fait quelques études en archéologie, lui il serait tout à fait capable comme archéologue médiéval de vous expliquer tout ce qui touche à la taille des pierres. Mais il y a une autre question, et c'est le "pourquoi " ? Je finirai là-dessus, même si cette église est paroissiale depuis 1802, nous sommes dans une église qui a été construite par les Chevaliers de Malte. Qu'est-ce que ces Chevaliers de Malte ? C'est un ordre dont le moteur était bien sûr la foi, mais c'était aussi l'empathie vis-à-vis des plus pauvres. Ces gens venaient prier dans cette église afin de confier à Dieu ceux qui étaient peut-être rejetés de l'Église parce qu'ils étaient pauvres, ou lépreux, ou etc …

Que cette célébration d'aujourd'hui, que cette fête de notre paroisse, plus exactement la Dédicace de notre église, nous rappelle le sens même de ce que nous célébrons, c'est-à-dire que l'Église, c'est un vivre ensemble, c'est ce long compagnonnage. Jésus à la fin dit : "Aujourd'hui cette maison a reçu le salut parce que celui-là aussi est un fils d'Abraham". Or, qu'est-ce que c'est qu'Abraham ? c'est cet homme qui était aussi ému par la curiosité de l'homme du désert et qui en voyant passer des hommes leur a donné l'hospitalité, bien sûr parce qu'ils étaient fatigués, mais parce qu'Abraham était aussi curieux de ces hommes. En leur donnant l'hospitalité, Abraham a accueilli Dieu.

Que notre communauté paroissiale soit aussi à l'image des fils d'Abraham, savoir être curieux vis-à-vis du monde afin d'inviter le monde à descendre de son arbre pour venir partager la table du Seigneur.

 

 

AMEN