EN MARCHE VERS LA SAINTETÉ

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1994)
Mardi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

E

n cette fête de la Dédicace où nous célébrons la fête non seulement de cet édifice mais de l'Église que nous sommes, nous les chrétiens, cette Église qui n'est pas seulement la hiérarchie des évêques, du Pape, voire même des prêtres, mais qui est le peuple de Dieu, tous les baptisés que nous sommes, la poignée de baptisés rassemblés aujour­d'hui et tous ceux qui ne sont pas là mais au nom de qui nous nous trouvons dans cette église. En cette fête, la liturgie nous propose l'évangile de Zachée et ceci au premier abord, peut nous sembler surprenant. Certes je sais bien qu'il y a dans cette page de Luc ce verset : "Aujourd'hui le salut est venu pour cette mai­son !" mais croire que ce passage a été choisi uni­quement à cause de ce mot serait voir les choses par le petit côté de la lorgnette. Il y a bien davantage.

Si pour célébrer l'Église, il nous est proposé un évangile où un pécheur, un publicain, une sorte de bandit se convertit parce que le Seigneur vient vivre chez lui, c'est bien parce que l'Église, cette Église que nous sommes, cette communion que nous constituons n'est pas d'abord une Église de saints mais d'abord une Église de pécheurs et précisément de pécheurs en marche vers la sainteté. Si nous sommes ici, ce n'est pas au titre d'un privilège, ce n'est pas au titre d'une grandeur qui nous appartiendrait en propre, ce n'est pas au titre de nos mérites, si nous sommes ici, c'est uniquement au titre de la miséricorde de Dieu. Nous sommes là parce que nous sommes pécheurs, parce que nous sommes pauvres, parce que nous sommes loin de Dieu. Et de ceux qui étaient loin Jésus par son amour, par son sang répandu, a voulu faire un peuple qui soit proche de Lui. Nous nous sommes rassem­blés, nous nous sommes approchés parce que nous étions loin et que Jésus est venu pour appeler "non pas les bien portants mais les malades, pour sauver ceux qui étaient perdus".

L'Église c'est d'abord "ceux qui étaient per­dus" . Il faut que nous ayons conscience que nous sommes des êtres perdus afin de pouvoir être sauvés. "Je suis venu chercher ceux qui étaient perdus" - "Ré­jouissons-nous et célébrons une fête, parce que mon fils que voici était perdu et il est retrouvé !" - "Voici que Je fais toutes choses nouvelles". Le mystère de l'Église c'est cette nouveauté, ce renouvellement qui en chacun de nous et dans notre communion, dans notre communauté, ce renouvellement de pauvres, de pécheurs, de publicains, d'hommes et de femmes qui étaient loin, qui étaient perdus et qui sont retrouvés, et qui sont rendus proches et qui sont sauvés. C'est cela la fête que nous célébrons, c'est cela l'univers nou­veau. L'Église ce n'est pas un groupe de personnes qui seraient meilleures que les autres, l'Église, elle a pour vocation d'être l'humanité tout entière. Et si nous ne sommes ici qu'une poignée, c'est au nom de tous nos frères et de toutes nos sœurs qui n'ont pas pu venir ou qui ne savent même pas qu'ils pourraient venir, de tous ceux qui nous entourent et qui ignorent peut-être même le Nom de Dieu, mais qui, pourtant, sont ap­pelés à être sauvés, sont appelés à être proches, sont appelés à faire partie de l'Église. L'Église a vocation d'être le rassemblement de l'humanité, de cette huma­nité de pécheurs, de cette humanité de pauvres, de cette humanité misérable qui nous entoure et dont nous sommes. C'est cela l'Église et c'est la merveille de l'amour de Dieu, c'est cela cette fête que nous célébrons. C'est que, de pauvres, de malades, Jésus, par son sang, fait des êtres vivants, des êtres debout, des êtres de louange, des êtres capables de chanter la gloire de Dieu car on ne chante pas la gloire de Dieu à partir de ses propres mérites, à partir de ses propres forces, à partir de sa propre excellence, on chante la gloire de Dieu du fond de son abîme, parce que la gloire de Dieu c'est de nous mettre debout, nous qui étions à terre.

Zachée c'est le prototype du chrétien comme le bon larron, comme la femme adultère, comme la pécheresse qui était venue pleurer sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien. Voici les prototypes de l'Église, voici nos frères et nos sœurs aînés, voici ceux qui nous montrent le chemin, voici ceux qui nous attendent dans le Royaume, voici ceux qui sont déjà assis au banquet avec l'Agneau immolé et qui prépa­rent auprès d'eux une place pour ces autres pécheurs que nous sommes et qui sont attendus pour cette fête éternelle.

Alors que notre joie soit la vraie joie, non pas une joie de satisfaction parce que nous serions des privilégiés, mais la vraie joie des pauvres qui sont sauvés et qui découvrent, au fond d'eux-mêmes, cet amour triomphant qui fait l'Église, à partir du sang du Christ.

 

 

AMEN