MAISON DU PEUPLE DE DIEU

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1993)
Lundi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

E

n cette fête de la Dédicace de notre église, je voudrais attirer votre attention sur le texte de la Préface qui va ouvrir tout à l'heure notre prière eucharistique. Il s'agit du moment solennel dans lequel l'assemblée chrétienne rend grâces à Dieu pour tous ses bienfaits depuis la création jusqu'à l'ac­complissement du salut qu'Il ne cesse d'accorder à son peuple. La Préface est sans cesse modulée en fonction du contexte de fête, de temps liturgique dans lequel se déroule et se célèbre l'eucharistie. Voici le texte d'au­jourd'hui pour la dédicace d'une église.

"Dans cette maison que Tu nous as donnée, où Tu accueilles le peuple qui marche vers Toi." Voilà la première détermination de l'église. C'est le lieu où Dieu accueille le peuple qui marche vers Lui. L'Église se définit d'abord par l'assemblée de tous les croyants. Elle ne se définit pas par le service de ceux qui sont appelés par un ministère à vivre pour ces croyants, mais elle se définit d'abord par des croyants. L'église, le lieu dans lequel nous nous trouvons, est d'abord la "maison du peuple de Dieu". Elle est mai­son de Dieu qui accueille son peuple, donc le lieu de la rencontre, le lieu de la communion de Dieu et de l'homme.

Mais cette église, nous en parlons comme d'une maison, une maison de pierres. Et "dans cette maison, Dieu qui accueille son peuple, nous offre un signe merveilleux de son Alliance." Ainsi donc, d'une certaine manière, l'Église est considérée comme un signe de l'Alliance c'est-à-dire comme un sacrement. Et quand nous célébrons la dédicace d'une église, nous célébrons d'une certaine manière un sacrement. Ce sacrement, comme tout sacrement, est une réalité qui est visiblement signe d'une autre réalité invisible et mystérieuse qui est de l'ordre de l'agir de Dieu. Et quel est le sacrement de cette maison de pierre ? De quoi est-elle le signe ?

"Ici, Tu construis pour Ta gloire le Temple vivant que nous sommes. Ici tu édifies Ton Église universelle, pour que se constitue le corps du Christ. Et cette œuvre s'achèvera en vision de bonheur, dans la Jérusalem céleste." Voilà le sacrement que nous célébrons aujourd'hui. L'église de pierres, l'église dans laquelle nous nous trouvons, est le sacrement de la construction du Temple, le sacrement de l'édification de l'Église corps du Christ, elle est le sacrement de ce rassemblement de la vision de bonheur dans la Jéru­salem céleste. C'est précisément ceci qui me paraît suggestif et intéressant.

Depuis toujours les hommes ont habité des maisons parce que nous avons besoin de nous mettre à l'abri de la pluie et des coups de soleil. Depuis tou­jours les hommes ont intégré dans leur comportement, les animaux le font aussi quand ils se construisent des nids ou des terriers, cette dimension de l'habitation. Un homme a "une demeure". On a même posé la question au Seigneur : "Rabbi, où demeures-Tu ?" Or le fait d'avoir une demeure suppose que nous sommes situés dans l'espace et dans le monde. La première demeure de l'homme c'est le monde. Or précisément, le fait que l'homme demeure dans un monde, le fait que l'homme habite dans un espace déterminé, "dans sa maison", Dieu a voulu que ce geste d'habiter, de demeurer, puisse, dans certains cas, devenir le signe même, le sacrement du mystère global de son salut. Il a fallu que ce geste, apparemment banal, auquel nous ne pensons plus que sous le mode de nos tractations avec les agents immobiliers, devienne cependant, aujourd'hui pour nous encore, le geste d'habiter le monde pour nous préparer à habiter le Royaume. Voilà pourquoi nous célébrons la dédicace.

Cette maison de pierres dans laquelle nous nous retrouvons tous les jours, c'est le signe, le sa­crement d'une autre demeure, la demeure du Royaume, la Jérusalem céleste, La demeure invisible que nous formons déjà en étant l'Église du Christ vi­vant dans sa communion, dans sa charité signifie aussi le corps du Christ comme lieu de notre habita­tion définitive par la grâce baptismale. C'est donc cela la raison pour laquelle nous célébrons la dédicace. Cela veut donc dire que le monde, les réalités aussi matérielles du monde que sont les pierres, les voûtes, les toitures, les clochers, tout ce matériel symbolique apparemment très matériel, la vision qu'en a l'Église n'est pas du tout une vision de sacristie. C'est au contraire une vision cosmique. Parce que l'homme habite dans un cosmos, parce qu'il habite avec des objets, parce qu'il fabrique des maisons, parce qu'il fabrique des demeures, et particulièrement quand il construit cette demeure dans laquelle des hommes se rassemblent pour louer et rendre grâces à Dieu, à tra­vers tout cela il réalise le signe visible de sa destinée : habiter un jour le cœur de Dieu.

 

 

AMEN