NOUS SOMMES TOUS APPELÉS AU BONHEUR

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1991)
Vendredi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

P

our la dédicace de cette église nous lisons l'évangile de la rencontre de Jésus avec Za­chée. Nous pourrions penser que c'est unique­ment parce que Jésus dit : "Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison !" mais cela va beaucoup plus profond. Célébrer la dédicace d'une église, c'est célébrer la communauté chrétienne qui s'y rassemble, non pas parce que cette communauté recevrait indi­rectement quelque grâce du lieu lui-même, mais à l'inverse parce que ce lieu n'a de sens, n'a de signifi­cation qu'à cause de nous. C'est donc nous qui som­mes l'objet premier de la fête de ce jour. La dédicace de l'église c'est notre dédicace, c'est la dédicace de notre communauté.

Or notre communauté est une communauté de pécheurs. Nous sommes tous pécheurs et c'est comme tels que nous nous rassemblons autour du Christ. L'Église que nous sommes, car notre communauté si petite soit-elle, communauté humble et modeste, pa­roissiale, est la réalisation, l'actualisation en vérité de l'Église universelle. C'est toute l'Église qui est ras­semblée par nous et à travers nous. Non seulement nous sommes en lien avec le reste de l'Église, mais nous sommes en vérité le mystère de l'Église présent ici. C'est toute la théologie de l'Église locale qui fait partie intégrante de notre foi Quand dans le Credo nous disons : "Je crois à la communion des Saints" c'est cela que nous voulons dire. Nous voulons dire que la communion entre les croyants (car le mot saint est pris dans une acception ancienne qui désigne tous les croyants et pas seulement ceux qui ont été canoni­sés), nous voulons dire que nous sommes présence de la totalité des chrétiens, de la totalité des croyants. Par notre présence ici, l'Église de tous les lieux et de tous les temps est réellement présente. Et bien cette Église, comme chacun d'entre nous, est une Église de pé­cheurs.

Et c'est tout le mystère de l'Église qu'elle soit à la fois ce rassemblement de pécheurs et en même temps l'Epouse immaculée du Christ. L'Église c'est la "Bien-aimée de Dieu", l'Église c'est "le trône de la présence de Dieu", l'Église c'est la réalisation du des­sein de Dieu, l'Église, c'est-à-dire nous, c'est vraiment Dieu sur la terre. Or nous sommes des pécheurs, nous sommes des pauvres, nous sommes totalement indi­gnes de cette mission qui nous est donnée. C'est cela le mystère de l'Église, ce mélange de notre péché et de la mission extraordinaire que Dieu nous confie, et de la confiance extraordinaire que Dieu nous fait en nous confiant cette mission.

Saint Augustin dit de manière admirable que si nous regardons dans notre cœur, nous voyons que l'Église, c'est-à-dire nous, est bien indigne, est bien pauvre, est bien misérable. Mais si nous regardons dans le cœur de Dieu, l'Église est la bien-aimée de Dieu. Nous sommes l'Église dans le cœur de Dieu. L'Église que nous sommes dans le cœur de Dieu est immaculée, resplendissante. Dans le cœur de Dieu c'est-à-dire dans son dessein éternel et aussi dans l'ac­complissement de ce dessein. Car Dieu ne prend pas son parti de notre péché. Il vient pour nous transfor­mer en Lui, pour nous transformer par sa présence, par sa sainteté en sa sainteté. C'est tout le mystère de notre appel, de notre vocation, de notre présence ici aujourd'hui. C'est tout le mystère de la réalisation progressive de l'Église par nous et en nous. A partir de ce peuple de pécheurs, à partir de ce peuple de pauvres que nous sommes, Dieu nous l'a promis, Il est capable "d'essuyer toute larme de nos yeux". Il est capable d'essuyer les larmes de nos souffrances et de nos pauvretés mais aussi les larmes de nos péchés. Dieu nous rendra semblables à Lui. Nous sommes appelés à devenir membres du Christ, nous sommes déjà membres du Christ car ce à quoi nous sommes appelés, déjà se réalise en nous Et à l'instant présent, alors que nous sommes encore si pauvres et si pé­cheurs, nous sommes déjà le mystère de l'Église en train de se construire en nous par la grâce de l'Esprit Saint. Et ce mystère de l'Église c'est le mystère de l'amour infini de Dieu pour nous les hommes, de Dieu qui a voulu venir jusqu'à nous pour nous épouser dans toute la réalité de la signification de ce mot. Oui, Dieu a créé l'homme, Dieu nous a créés pour que nous soyons ses bien-aimés, pour que nous soyons dans un mystère de noces avec Lui, pour que nous participons à sa vie, à son bonheur, à son éternité, que nous parti­cipions à sa sainteté car en Dieu tout cela s'identifie. L'existence, la sainteté, le bonheur ne font qu'un en Dieu et c'est à cela qu'Il nous appelle, c'est cela qu'Il nous promet, c'est cela qu'Il réalise en nous, qu'Il le réalise dès maintenant. Et à travers nous Il veut que cela soit une illumination pour le monde, un appel à la joie, un appel à la sainteté pour tous ceux qui nous entourent.

Comment pourrions-nous manifester la sain­teté de Dieu ? Et pourtant c'est cela que Dieu nous demande, c'est cela que Dieu nous donne. A nous d'être fidèles. Courage ! Malgré tout nous sommes les bien-aimés de Dieu, nous sommes l'Épouse de Dieu, nous sommes Dieu sur la terre. N'ayons pas peur de cela car cela est confié à la puissance de Dieu qui nous soulève, qui nous emporte et réalise en nous ce qu'Il veut pour notre salut et le salut du monde.

 

 

AMEN