AUJOURD'HUI LE SALUT VIENT CHEZ TOI
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1987)
Samedi de la deuxième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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i nous lisons cet évangile de la conversion de Zachée en ce jour de la fête de notre communauté paroissiale, de notre Église locale, c'est certainement parce qu'il est dit dans ce texte : "Il faut que Je vienne aujourd'hui habiter dans ta maison !" "Aujourd'hui cette maison a reçu le salut!", mais plus profondément c'est parce que notre Église, notre communauté chrétienne, cette maison que nous constituons pour Dieu, est une maison de pécheurs. Comme Zachée, nous sommes "ceux qui étaient perdus" et que le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver. L'Église est sainte, mais l'Église est faite de pécheurs. Nous sommes, tous, des perdus qui sont sauvés.
Et ceci n'est pas seulement une considération accidentelle, c'est dans sa plus grande profondeur, le mystère même de ce qu'est l'Église. L'Église c'est le lieu du salut des pécheurs. L'Église c'est la manière dont Dieu s'y prend pour sauver ceux qui sont perdus. Si nous sommes perdus, c'est parce que notre cœur est vide, c'est parce que le péché a stérilisé et tué notre cœur, notre être profond. Nous sommes pécheurs parce qu'il n'y a pas en nous la vie, parce qu'il n'y a pas en nous l'amour qui fait vivre. Et Dieu nous sauve en nous apprenant l'amour, Dieu nous sauve en nous faisant vivre de son amour, en nous communiquant, par les sacrements, cet amour, pour qu'il se répande, de cœur en cœur, pour qu'il se répande de membre en membre, constituant avec nous tous un unique corps par l'union de nos cœurs, par le fait que cet amour qui vient de Dieu et qui nous prend au plus profond de nous-même, nous lie les uns aux autres et nous permet ainsi d'être sauvés.
Nous ne pouvons être sauvés que parce que nous redevenons capables d'aimer. Le salut c'est l'éveil de ce cœur assoupi, endormi, enténébré, le salut c'est le surgissement de ce cœur qui était gisant, qui était au bord de la mort, qui était quasiment enseveli, le salut c'est la remise en marche de ce cœur qui était cassé, brisé, inutilisable. Et Dieu nous met en communion les uns avec les autres parce que nous sommes en communion avec Lui, pour que l'amour qui est dans son cœur reprenne vie dans nos cœurs, et pour que nous apprenions à nouveau à nous aimer les uns les autres, comme Il nous aime. Et c'est cela le mystère de l'Église.
Le mystère de l'Église c'est cette charité qui vient du cœur de Dieu et qui se répand dans nos cœurs pour leur redonner la vie qu'ils avaient perdue. Non pas une charité théorique, mais une charité immédiatement vécue, car l'Église c'est cette communion réelle, concrète, présente, actuelle, permanente que nous exerçons les uns avec les autres. Dieu nous sauve en nous faisant frères les uns des autres, en nous mettant en communion les uns avec les autres, d'une communion qui n'est pas seulement humaine, qui n'est pas seulement de sympathie ou de proximité, mais une communion qui est divine, qui vient de son cœur, qui est l'amour véritable que nous devenons capables d'exercer à notre tour, comme Dieu l'exerce à notre égard.
Si nous nous regardons avec les yeux de notre chair, si nous nous regardons avec le jugement de notre esprit humain, nous voyons à quel point nous sommes pauvres et perdus, et nous ne sommes qu'une juxtaposition d'êtres tous limités, tous égoïstes, tous enfermés sur eux-mêmes, comme un ramassis de gens qui n'ont pas de raison d'être ensemble Mais si nous nous regardons avec le cœur de Dieu, alors nous nous découvrons frères, nous nous découvrons dépendants les uns des autres, en communion les uns avec les autres comme les membres d'un même corps. Si nous nous regardons avec le cœur de Dieu, alors nous nous découvrons sauvés, nous nous découvrons Église. L'Église, c'est nous-mêmes vus par le cœur de Dieu, l'Église c'est tout ce que nous sommes, toute la réalité humaine, y compris notre pauvreté et notre péché, mais transfigurée par ce regard amoureux de Dieu qui, nous aimant chacun et tous ensemble, veut que nous expérimentions cet amour en nous aimant les uns les autres comme Il nous aime, en laissant cet amour qui vient de son cœur et qui se précipite dans notre cœur, s'épanouir à partir de notre propre cœur en amour fraternel. L'amour fraternel c'est le rejaillissement, à partir de notre cœur, de l'amour que Dieu a pour nous. C'est le même amour qui rayonne de notre propre cœur. Nous nous aimons parce que nous sommes aimés, nous nous aimons les uns les autres parce que Dieu est l'origine, la source de notre amour. La capacité que nous avons de nous aimer vient de ce que nous sommes d'abord aimés par Dieu. Et c'est à partir du cœur de Dieu que nous devenons cette Église, c'est-à-dire cette communion fraternelle si intense, si profonde, si vraie, si réelle, parce que précisément elle est animée par l'amour qui vient de Dieu.
Alors nous sommes tous comme Zachée, nous sommes tous pécheurs et pauvres et perdus, mais nous sommes aimés, et alors nous sommes sauvés, et alors nous devenons capables d'amour, et alors nous devenons une communion, une communauté, et alors nous devenons l'Église, et alors c'est déjà le Royaume qui commence sur la terre. Rendons grâce à Dieu de former par son amour cette communauté ecclésiale qui est la nôtre.
AMEN