MAISON DE DIEU ET SIGNE DE L'ÉGLISE

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1986)
Samedi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : Croix de la dédicace

 

A

ujourd'hui le salut est venu dans cette mai­son". Ce sont les paroles de Jésus à propos de la demeure de Zachée, de Zachée le pé­cheur, Zachée le publicain, c'est-à-dire Zachée l'homme malhonnête chez qui Jésus est venu habiter et Il a sanctifié cette demeure car Il vient "pour cher­cher et sauver ceux qui étaient perdus."

"Aujourd'hui le salut est venu dans cette mai­son", nous le disons aussi de cette demeure dans la­quelle nous sommes rassemblés, cette maison qui est une maison de pécheurs cette demeure de Saint Jean de Malte qui a été consacrée en 1251, cette maison qui est notre maison. Aujourd'hui le salut est venu pour elle.

Frères et sœurs, il faut aimer l'Église. Nous devons aimer d'abord cette maison, cette demeure de prière, cette demeure dont les murs, dont les pierres sont remplies de siècles et de siècles de prière, cette demeure qui est à la fois la maison de Dieu et qui est aussi notre maison, qui est la maison dans laquelle Dieu et nous, nous nous rencontrons, nous nous ren­controns chaque jour et plusieurs fois par jour, nous nous rencontrons à la suite de générations et de géné­rations d'hommes qui sont venus ici à la rencontre de Dieu. Il faut aimer cette maison, mais il faut l'aimer plus encore parce qu'elle est l'image de cette demeure de Dieu que nous sommes nous-mêmes. C'est nous qui sommes l'Église, c'est notre communauté qui est la maison où Dieu demeure, c'est notre communauté qui est ce rassemblement de pécheurs que Jésus est venu sauver. Nous sommes, communauté paroissiale de Saint Jean de Malte, nous sommes la maison de Dieu, nous sommes l'Église.

Et cette fête n'est pas seulement la fête de ce bâtiment, mais à travers ce bâtiment c'est la fête de la véritable demeure de Dieu que nous sommes. Saint Pierre nous le disait tout à l'heure : "Nous sommes comme des pierres vivantes avec lesquelles s'édifie cette maison spirituelle au-dessus de la pierre d'an­gle, de la pierre de fondation qui est le Christ Jésus". Il faut que nous aimions non seulement cette maison, mais que nous aimions notre communauté, que nous aimions nos frères, que nous nous aimions les uns les autres, pour constituer véritablement une communion, dans laquelle Jésus est présent, car là où nous sommes rassemblés dans l'amour en son nom, Il est là, Il est au milieu de nous. Par le fait de l'amour qui nous unit Jésus est présent, et notre communauté paroissiale, comme toute communauté d'Église, est présence de Dieu, est maison de Dieu.

Mais cette communauté locale, cette commu­nauté visible, tangible que nous constituons mainte­nant et plus encore que nous constituons chaque di­manche, ce n'est d'une certaine manière que l'appari­tion, la partie émergée de l'iceberg, c'est l'apparition de l'Église universelle. Car toutes les fois que nous nous réunissons, c'est toute l'Église qui est présente, et en nous c'est l'Église de tous les temps et de tous les lieux qui est là présente aujourd'hui et chaque jour. Et à travers notre communauté paroissiale, nous devons aimer l'Église, cette Église qui est le rassemblement de tous les chrétiens, cette Église universelle, cette Église qui est le corps du Christ, cette Église qui est l'Épouse du Christ, cette Église qui prolonge la pré­sence du Christ dans le monde, cette Église qui est le sacrement de Jésus au milieu du monde, car c'est en regardant son Église que les hommes du monde, que le monde doit découvrir le visage de Jésus. Nous de­vons aimer l'Église, l'Église que nous sommes, l'Église qui à travers nous se rend présente, car en nous, dans l'amour qui nous unit, dans la communion qui nous unit, c'est toute l'Église qui est présente. Le Pape, les évêques, nos frères d'Afrique, d'Asie et du monde entier, tous nos frères sont là, présents dans l'amour qui remplit notre cœur, et nous devons aimer cette Église universelle.

Mais l'Église qui est présente en nous, ce n'est pas seulement l'Église à travers toute la terre, c'est aussi l'Église à travers tous les temps. Et c'est cela que veut dire la liturgie quand elle parle de l'Église sous l'image de Jérusalem. Jérusalem c'est le centre de toute l'histoire du peuple de Dieu. En Jérusalem se résume toute l'attente, toute la recherche, toute la prière, tout l'amour de ces générations qui se sont succédé Jérusalem c'était le lieu où Dieu venait ren­contrer le peuple qu'Il s'était choisi, le peuple qui était le germe de l'Église, qui était le commencement et le fondement de l'Église. Et en nous ce sont aussi ces générations qui revivent. L'Église c'est la Jérusalem de David, la Jérusalem du temple de Salomon, c'est la Jérusalem de tout ce peuple qui a préparé la venue de l'Église, ce peuple qui est déjà le rassemblement de l'Église qui commence.

Et si en nous est présente l'Église universelle, l'Église de tout le passé, c'est aussi l'Église de l'avenir. Cette même image de Jérusalem est utilisée par Saint Jean dans l'Apocalypse pour parler du Royaume, de l'Église à venir, de l'Église éternelle, de l'Église de la béatitude, cette Église comme une Jérusalem nouvelle "qui descend d'auprès de Dieu rayonnante de splen­deur comme une épouse parée pour son époux." En nous, présents ici, c'est déjà la Jérusalem éternelle, c'est déjà le rassemblement de l'humanité tout entière, de ces hommes que nous connaissons ou que nous ne connaissons pas, de ces hommes qui connaissent déjà le Christ ou qui ne le connaissent pas, de tous ces hommes qui ont vocation d'être rassemblés en Jésus Christ, rassemblés dans l'Église, corps de Jésus Christ, pour se réjouir éternellement comme "en une assemblée de fête" de la gloire, de la présence et de l'amour de Dieu.

Ce matin, faisant un cours au séminaire sur l'eucharistie, j'étais amené à commenter une prière eucharistique extrêmement vénérable et belle, la prière ancienne de l'Église de Jérusalem, la prière de saint Jacques frère du Seigneur, évêque de Jérusalem qui nous parle de ce mystère de Jérusalem. Voici en souvenir, quelques phrases de cette prière.

"Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire de Te louer, de Te chanter dans des hymnes, de Te bénir, de T'adorer et de Te glorifier, de Te ren­dre grâces, Toi le Créateur de toute créature visible et invisible, Source de la vie et de l'immortalité, Dieu et Maître de toute chose. C'est Toi que chantent le soleil, la lune et tout le chœur des étoiles, la mer et tout ce qui s'y trouve, la Jérusalem céleste, l'assemblée de fête de tous les élus, l'Église des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux, le rassemblement de toutes les âmes des justes, des prophètes, des martyrs, des apôtres et des anges qui, d'une seule voix éclatante, chantent Te glorifiant, s'écriant et disant : Saint le Seigneur, le Dieu de l'Univers."

Et plus loin cette prière reprend encore ceci : "Nous t'offrons Seigneur ce sacrifice pour les saints lieux que Tu as glorifiés par la manifestation de ton Christ et la visitation de ton Esprit Saint, spé­cialement cette sainte et glorieuse Sion, Jérusalem, mère de toutes les Églises. Et nous Te louons pour toute la Sainte Église catholique, apostolique, par le monde entier. Accorde-lui en abondance et dès maintenant les dons de ton Saint Esprit, ô Maître très bon."

Et la même prière conclut : "Souviens-Toi de nous, Seigneur, Dieu des esprits et de toute chair. Souviens-Toi de tous ceux dont nous avons fait mémoire, et aussi de ceux que nous avons oubliés. Fais-les Toi-même reposer dans la terre des vivants, dans Ton Royaume, dans les délices du Paradis, dans le sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, nos saints pères, ce sein d'Abraham d'où sont enfuies toutes douleurs, toutes tristesses et gémissements, là où rayonne la lumière de ta face qui resplendit partout. Et pour nous, Seigneur, dispose chrétiennement de la fin de notre vie. Qu'elle te soit agréable et sans péché, remplie de paix. Rassemble-nous sous les pieds de tes élus, quand Tu voudras, comme Tu voudras, par Ton Fils unique, notre Seigneur et Dieu et Sauveur Jésus Christ, le Seul qui soit sans péché et qui est apparu sur cette terre, avec qui Tu es glorifié, avec ton saint et vivifiant Esprit Saint, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles."

 

AMEN