JE VEUX DEMEURER CHEZ TOI
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean de Malte : Croix de consécration
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es juifs murmuraient en disant : Il est allé loger chez un pécheur." Je crois qu'il y a, de nos jours, un très gros péché qui circule dans la conscience des chrétiens et dont la plupart du temps on est inconscient, mais qui est presque un péché mortel, sinon pour nous du moins peut-être pour un certain visage de l'Église. C'est de considérer que l'Église est comme un tourniquet de métro et que tous les gens sont là, et que ceux qui ont précisément satisfait en réglant le ticket avant de passer par le tourniquet, eux, parce qu'ils ont reçu le baptême, la confirmation, la première communion, le mariage, etc... sont parfaitement en règle et par conséquent, ils ont le droit d'accéder sur le quai. Tandis qu'il y a des gens qui ne pensent même pas à prendre leur ticket. Ils sont là sur le bord, et au besoin de temps en temps, on les plaint ou même on se plaint d'eux, ce qui est pire, on dit qu'ils nous empêchent de vivre, d'être chrétiens ou d'être croyants.
Ceci est une erreur très profonde sur la nature de l'Église, car l'Église n'est pas le moyen d'entrer dans le Royaume, elle n'est pas cette espèce de tourniquet de métro qui nous fait passer, tous un par un, à condition d'avoir satisfait à un certain nombre de prescriptions sacramentelles, juridiques ou morales. C'est une erreur de croire que 1'Église est comme un vestibule ou comme un passage obligé pour entrer dans le cœur de Dieu. Car, quand on fait cela, on regarde encore l'Église comme ces gens qui devaient être sur le vestibule de la maison de Zachée, de peur d'y entrer et de se souiller et de dire : "Ce Zachée, il n'est pas passé à son tour, en prenant son ticket, il est entré avant nous, et le Christ est allé chez lui au lieu d'aller chez nous, au mépris de toutes les prescriptions rituelles d'Israël." L'Église n'est pas un moyen que le Christ aurait donné pour entrer dans le Royaume. L'Église ne se construit pas à partir de nous, comme si c'était nous qui imposions un certain nombre de règles ou de préceptes pour entrer. L'Église, c'est tout à fait l'inverse.
L'Église, c'est le débordement du cœur de Dieu. Elle ne se comprend pas à partir de nous comme si nous étions des gens privilégiés, sauvés, choisis, élus particulièrement pour avoir un accès plus rapide au Royaume, mais c'est le débordement du cœur de Dieu. L'Église vient du ciel, elle descend du ciel. C'est quelque chose de tout à fait étrange, car effectivement, normalement, le lieu où tout le monde est naturellement rassemblé, si je puis dire, dans le cœur de Dieu, c'est précisément le Royaume. Le véritable visage du projet créateur de Dieu, du projet sauveur de Dieu ne prendra forme définitivement et pleinement que lorsque tous, nous serons rassemblés autour de Lui.
Seulement, voilà, Dieu dans sa grande miséricorde, n'a pas voulu attendre ce moment-là et, "en ces jours qui sont les derniers", en ces derniers temps, le Christ est venu comme un débordement de l'amour du Père et Il a commencé à envahir la terre. C'est dire que l'Église n'est pas un passe-droit, c'est une pure grâce. Par conséquent, nous n'avons pas à l'imaginer comme une sorte de goulot d'étranglement qui laisse passer les gens au compte-gouttes, ce qui fait que la masse des sauvés sera très petite par rapport à la grande masse perdue des damnés, mais c'est le contraire. C'est une proposition de salut, dès maintenant. C'est Dieu qui s'offre, Dieu qui se donne, c'est le cœur de Dieu qui se dilate et qui envahit sa création d'une manière nouvelle, par la venue de Jésus-Christ.
Ainsi donc, chaque fois que nous célébrons le mystère de l'Église, il faut bien se garder de le célébrer à partir de nous. Il faut le célébrer à partir de Dieu. Et célébrer notre appartenance à l'Église, c'est simplement entrer dans cette espèce de mouvement d'action de grâce, dans ce torrent qui nous emporte, qui vient du ciel et qui nous conduit au ciel. Dès lors, nous n'aurons plus envie de porter sur les autres un regard jaloux en disant : "Tiens, pourquoi le Christ est-Il allé manger chez celui-ci ou celui-là et pas chez moi ? Pourquoi s'est-il permis ceci ou cela ?" Mais en réalité, à ce moment-là tout signe de la présence de l'Église sera vu comme un débordement de la grâce et de l'amour de Dieu, et nous-mêmes, nous saurons qu'à ce moment-là, nous n'aurons pas à revendiquer notre appartenance à l'Église comme un privilège ou comme une supériorité mais tout simplement comme le fait que de façon totalement imméritée et gratuite, nous avons reçu cette visite de Dieu. Nous sommes tous des Zachée. Nous habitons tous une maison qui est un peu une caverne de voleurs au fond de notre cœur. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que le Christ fait déborder son amour. Et cet amour est si fort et si grand que, quand Il entre dans la caverne des voleurs, Il en fait véritablement une maison de prière, la présence du Père, du Fils et de l'Esprit. Nous sommes vraiment devenus les temples de Dieu, au milieu de notre misère parce que l'amour de Dieu a débordé sur nous.
AMEN