LE MONDE NOUVEAU EST UNE VILLE
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 1-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Jérusalem Panorama depuis Dominus Flevit
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uand le Seigneur, dans l'Ecriture veut nous parler du monde à venir, de cette béatitude, de ce bonheur auquel nous sommes promis, auquel il nous appelle, il ne peut qu'accumuler les images pour essayer de cerner ce mystère éblouissant. Et Jésus nous dit que ce monde à venir, c'est un repas, c'est un festin, ce sont des noces. C'est aussi un jardin, puisque le mot Paradis veut dire jardin. C'est aussi un torrent qui coule à partir du seuil du Temple, comme nous le chantions tout à l'heure. Mais l'image que Jésus préfère, qu'il emploie le plus souvent, c'est celle d'une ville.
Oui, le monde à venir est une ville, une construction, un édifice C'est une maison. C'est plus exactement Jérusalem, la ville de Dieu, l'endroit où les pieds du Seigneur se sont posés sur notre terre. Et c'est pourquoi cet édifice, et tous ces édifices de pierre que sont nos églises sont l'image, et en quelque sorte l'ébauche de ce monde à venir. C'est le rôle propre de ces édifices de pierre, que d'être parmi nous, le commencement du Paradis parce que ce sont les maisons de Dieu, c'est l'endroit où Dieu, en quelque sorte, vient déjà invisiblement mais réellement poser les pieds sur notre terre pour nous rassembler autour de lui.
Car le propre de cette image, que ce soit celle de la ville, que ce soit celle de la construction c'est d'être une image de communion. Une ville, Jérusalem, comme nous le disait le psaume tout à l'heure, c'est tout à la fois là où toutes les maisons sont rassemblées pour ne faire plus qu'un. C'est là aussi où toutes les tribus d'Israël convergent pour venir à la rencontre les unes des autres en venant à la rencontre de leur Dieu. Et un édifice c'est cet assemblage savant et tout simple en même temps de pierres qui, chacune soutenant l'autre constitue cet organisme vivant qu'est une maison. Et Jésus veut que nous soyons, comme le disait tout à l'heure saint Pierre dans son épître, un édifice fait de pierres vivantes, nous assemblant les uns avec les autres, nous portant l'un l'autre afin de constituer ainsi cette communion, cette communion dans l'amour qui est précisément le secret de ce Royaume, de ce monde à venir, vers lequel nous marchons et qui déjà s'ébauche en nous.
Car réellement, en nous qui nous rassemblons ici, au nom du Seigneur, l'amour présent du Seigneur, cet amour dont nous allons nous nourrir par l'Eucharistie de son corps et de son sang, cet amour cimente réellement nos personnes, nos êtres, nos coeurs les uns avec les autres pour que déjà nous soyons membres les uns des autres et que déjà nous nous édifions comme une cathédrale vivante, pour que déjà commence en nous, ce monde à venir qui est le monde de la communion où non seulement Dieu sera tout en tous, mais où nous serons tous membres de Dieu et tous membres les uns des autres, ne constituant qu'un seul homme parvenu à la plénitude de l'âge, à la plénitude du déploiement du mystère que Dieu a déposé en lui.
Oui, l'homme parfait dont parle saint Paul, c'est le Christ, parvenu à la plénitude de son âge, le Christ ayant véritablement rassemblé en lui, uni en lui, assumé en lui chacun de nous et tous ensemble. Et déjà ce lieu où nous nous rassemblons est comme, au milieu de notre monde qui est encore le monde du péché, qui est encore le monde des apparences, qui est encore le monde du temps qui passe et qui s'écoule, qui est encore le monde de la mort, qui est encore le monde où toutes choses vont se délitant et allant vers leur déchéance, ce monde temporaire, ce monde passager, au milieu de ce monde passager, déjà ces églises sont des signes d'éternité. Ce sont comme des portions d'espace mises à part, pour être déjà les germes, le ferment, la première ébauche et l'endroit où commence à naître ce royaume à venir. Et un peu comme ce pain et ce vin que nous allons consacrer et qui font partie de notre création, qui sont du pain comme tous les autres morceaux de pain, du vin comme tout le vin qui coule de la grappe de la vigne, ce pain et ce vin vont devenir, par l'action de l'Esprit Saint, le Corps du Christ ressuscité le Sang du Christ, l'action de l'Esprit Saint, le Corps du Christ ressuscité, le Sang du Christ ressuscité, donc, déjà, le Christ ferment du monde nouveau, première cellule du monde nouveau, voici qu'ils vont être arrachés à ce monde temporaire pour être semences d'éternité dans nos coeurs, parce que semences d'amour et que c'est l'amour qui est l'éternité.
Alors, ce lieu où nous venons pour être ensemble, pour pénétrer ensemble le mystère de Dieu, et donc, pour communier à ce mystère et communier les uns avec les autres, ce lieu qui est un lieu d'amour, ce lieu où tant d'hommes se sont rassemblés dans cet amour pour aimer leur Seigneur et s'aimer les uns les autres, ce lieu où nous venons chaque jour et plusieurs fois par jour pour apprendre à nous aimer en apprenant à aimer Dieu d'un même coeur, ce lieu, c'est déjà un peu le paradis.
Il ne s'agit pas de rêver, il ne s'agit pas de fuir les réalités quotidiennes, il ne s'agit pas de nous mettre en marge du réel et des difficultés du monde. Il s'agit d'apporter, ou plutôt de laisser Dieu apporter en nous et par nous, au cœur de ce monde, le ferment de la vérité profonde de ce monde. Car ce monde qui passe, ce monde où il y a tant de soucis, tant de haines, de souffrances, de déchirements, tant de péché, ce monde, sa vraie vérité c'est d'être le lieu où doit germer et grandir l'amour. C'est la vérité de ce monde que nous venons voir ici et pouvoir lui apporter en nous remplissant de l'amour de Dieu, pour que cet amour puisse, peu à peu, transfigurer cet univers de péché et de souffrance.
Rendons grâces au Seigneur qui nous rassemble, rendons au Seigneur qui est présent, rendons grâces au Seigneur qui nous remplit de son amour infini. Que le monde puisse, au delà de son péché, au delà de ses souffrances, au delà de tous les cataclysmes par lesquels il doit passer, déboucher dans sa vérité profonde de communion dans la joie infinie.
AMEN