LE MYSTÈRE DE L'ÉGLISE

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

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our nous parler de l'Église l'Écriture et le Seigneur Lui-même multiplient les images, les comparaisons, comme si ce mystère était trop vaste pour pouvoir être cerné d'un seul mot. L'Église c'est le Royaume. C'est aussi le paradis, ce jardin d'où coulent les fleuves d'eau vive qui irriguent tout l'univers. L'Église c'est cette ville dont Dieu Lui-même a posé les fondations qui sont les apôtres L'Église c'est Jérusalem. Jérusalem bâtie par Dieu, le lieu de son amour. L'Église, c'est le Temple dans lequel demeure la gloire du Seigneur. L'Église, c'est un peuple. Ce sont des générations et des générations qui marchent vers le Seigneur, à travers toute l'histoire. L'Église, c'est un repas. L'Église, c'est un festin de noces. L'Église c'est une fête.

Mais, de toutes ces images qui s'entrechoquent et qui constituent comme une sorte de symphonie aux multiples éclats, de toutes ces images, je voudrais seulement en retenir deux, celles qui sont au cœur des textes qui viennent de nous être lus.

D'abord, l'Église c'est cette assemblée de pécheurs, dont Zachée est, en quelque sorte, le type, car nous sommes tous, peu ou prou, comme Zachée. L'Église, ce sont ces hommes perdus que le Christ est venu sauver. C'est cela l'Église. L'Église, ce sont tous ces boiteux, ces paralytiques, tous ces aveugles, ces sourds, tous ces pauvres, misérables, tous ces morts, tous ces pécheurs que le Christ a rencontrés et qui, sur son passage, se sont relevés pour danser de joie, dont les yeux se sont ouverts à la lumière, dont les oreilles se sont ouvertes pour le message à entendre. Ce sont tous ces hommes tristes qui se sont mis à redécouvrir la joie. C'est cela l'Église. C'est nous tous, pauvres, pécheurs, misérables, mais appelés au salut, mais déjà sauvés.

Et la deuxième image que nous donnait l'Apocalypse, l'Église c'est l'Épouse du Christ. L'Épouse du Christ que nous sommes chacun de nous car c'est là le secret de cette joie qui vient arracher notre tristesse, c'est là le secret de cette Lumière qui ouvre nos yeux, de cette force qui nous fait nous lever, debout, alors que nous étions assoupis, alors que nous étions malades. Le secret c'est : le Christ nous épouse. Il épouse chacun de nous. Il nous aime de cet amour tellement profond qu'il vient ressusciter notre propre cœur, ressusciter notre capacité d'aimer, et que, en étant l'Époux, le Christ fait de nous l'Épouse. Nous sommes l'Épouse, chacun dans le secret de notre cœur, dans cette intimité profonde où le Christ vient nous rencontrer seul à seul, parler à notre cœur, nous séduire, nous conduire au désert, pour renouer avec nous les fiançailles, pour nous épouser dans la tendresse et la fidélité, dans l'amour et dans la lumière. Oui, nous sommes chacun l'Épouse, dans l'intimité de ce repas où le Christ, qui a frappé à notre porte, entre chez nous pour souper, Lui près de nous et nous près de Lui. Et puis, nous sommes aussi l'Épouse tous ensemble, dans cette joie unanime, dans cette réalité que nous constituons tous ensemble, car nous ne formons qu'un seul corps. Voilà encore une image que j'oubliais tout à l'heure pour désigner l'Église, un corps, un corps unique, animé par un seul Esprit, cet Esprit d'amour, précisément, cet amour que le Christ met au cœur de ce corps que nous constituons tous ensemble. Et nous sommes aussi étroitement unis les uns avec les autres que nous sommes intimement seuls face à face avec le Christ, car c'est un même mystère que celui de cette intimité dans le secret et que celui de cette joie débordante que nous partageons tous ensemble. C'est dans la mesure où nous sommes proches du Christ que nous sommes proches les uns des autres. C'est dans la mesure où nous sommes en communion les uns avec les autres que nous pouvons atteindre la plus grande profondeur de notre cœur pour y trouver la présence de Dieu, car cela n'est pas contradictoire, au contraire, c'est la même chose : plus nous entrons dans la communion avec nos frères, plus nous découvrons, en chacun d'eux, son visage de divinité. Plus nous découvrons dans chacun de nos frères la présence divinisante de Dieu, plus nous nous aimons les uns les autres et plus nous entrons au plus profond de notre propre mystère de la présence de Dieu en chacun de nous, et réciproquement, plus nous nous enfonçons dans le cœur à cœur et la solitude avec le Seigneur, plus nous devenons frères les uns des autres, plus nous sommes étroitement unis.

C'est cela la grandeur du mystère de l'Église, l'Église qui est communion, c'est-à-dire qui nous soude les uns aux autres, qui fait que nous sommes totalement inséparables, mais, bien loin d'abolir la personnalité de chacun, le destin unique de chacun, au contraire, cette communion magnifie le caractère unique de chacun de ceux qui la constituent. Dieu nous aime tous ensemble d'un seul regard et Il nous aime chacun comme si nous étions seul au monde.

C'est cela le mystère de la communion que seul l'amour de Dieu est capable de réaliser. Pour nous, hommes, quand nous agissons avec notre seul cœur et avec nos seules forces, nous sommes capables ou d'aimer infiniment un ou quelques rares êtres, ou bien d'aimer la totalité de l'humanité mais d'une manière un peu vague et générale. Dieu veut nous apprendre, parce que c'est son secret, à aimer chacun et tous comme si chacun était unique au monde. C'est comme cela qu'Il nous aime et c'est cela l'Église.

Alors, entrons avec joie, une fois de plus, dans ce mystère qui nous est donné, qui, chaque jour, nous est donné et qui nous structure dans le plus profond de notre être et dans le plus profond de notre communauté.

 

AMEN