PIERRES PRÉCIEUSES
Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Le Brézeux : reflets des vitraux
|
A |
u début de l'histoire de cette église, quelques hommes, un terrain, des pierres, avec un symbolisme profond de créer le lieu où des chrétiens trouveront ce qu'ils veulent vivre. Des pierres qu'on enserre les unes contre les autres pour faire un mur, une nef, une voûte ayant à son sommet une pierre de faîte, une pierre d'angle qu'on avait d'abord rejetée parce que mal taillée, irrégulière, mais qui par son irrégularité soutiendra l'édifice. 1281... Une histoire d'hommes et de femmes qui nous ont précédés, qui nous suivrons et qui constituent une Église dans cette église, une Église de pierres vivantes dans cette église de pierres.
Une Église dans une église, et c'est là-dedans que Dieu est venu planter sa tente et la plante chaque jour et la plante chaque dimanche sur cet autel, sur l'autel de votre cœur et dans votre vie. Et vous repartez non plus comme une pierre opaque serrée en un lieu mais comme une pierre vivante, mobile, transportant Dieu ça et là où vous allez, où vous aimez.
Ainsi fêter la Dédicace de l'église Saint Jean de Malte c'est nous fêter certainement, ou nous fêter à travers ces pierres qui ont voulu nous rassembler, nous tenir et qui, depuis tant d'années tiennent les chrétiens ensemble.
A l'autre bout de l'histoire de cette église il y a encore une autre Église qui n'est plus faite de pierres opaques comme celles des murs ou des pierres vivantes comme nous qui sommes parfois opaques, mais des pierres transparentes, la Jérusalem nouvelle. Il y a d'abord les pierres taillées dans la carrière, puis des pierres de chair taillées dans la matière humaine et Dieu veut, progressivement, comme en polissant chaque pierre, créer une nouvelle Église, une Épouse immaculée et bien-aimée. Nous serons cette Épouse immaculée, bien-aimée si nous acceptons d'être transparents à la gloire de Dieu. Et ce n'est plus la lumière de l'extérieur qui viendra éclairer l'intérieur de l'église, mais cette lumière profonde célébrée par le cierge pascal, au centre de l'Église, sera telle, se reflétera de façon si forte en notre vie, que la gloire qui a habité en elle brillera.
"Elle n'aura plus besoin de l'éclat du soleil ou de la lune. Toutes les larmes de nos yeux seront effacées." Nous serons ce qui permet à la gloire de Dieu de briller à travers le monde. Ainsi notre Église sera faite de nouvelles pierres de la Jérusalem céleste et nouvelle. Et puis, du moins je l'espère, nous serons les uns les autres comme des pavements de pierreries. Certains refléteront le vert de l'émeraude, d'autres le saphir, l'améthyste. Chacun de nous coloriera de façon particulière la gloire de Dieu qui elle-même brillera de l'intérieur vers l'extérieur.
Ainsi l'Église sera vraiment ce que Dieu a voulu pour nous. Nous sommes encore des pierres un peu opaques et la lumière ne passe pas très bien à travers nous. Notre vie reste encore ou lourde ou sombre. Et pourtant nous sommes appelés à cette profonde transparence telle que Dieu puisse passer par nous, que notre amour les uns pour les autres soit tel que nous puissions voir Dieu à travers l'autre. Telle est la transparence, telle est la gloire promise.
Et si nous nous célébrons aujourd'hui comme Église c'est que nous vivons de l'amour de Dieu, de cet amour qui polît, qui purifie notre vie encore opaque afin que nous puissions nous découvrir les uns les autres comme vivants de Dieu et de la vie de Dieu à travers nous.
Peut-être est-ce l'occasion aujourd'hui de nous redire le terme de l'histoire de cette église, le terme de l'histoire de notre communauté qui est appelée par un amour mutuel de plus en plus fort et de plus en plus intense à devenir pierre transparente, non seulement les uns pour les autres mais pour le monde qui est tout autour et qui a besoin de voir la lumière briller.
Aujourd'hui, elle ne la voit qu'à travers quelques cierges, quelques chants, ou notre sourire et notre foi. Mais ce que le Christ veut construire est plus beau encore, un édifice de pierres vivantes, pierres de chair transfigurées, pierres de chair ressuscitées qui ne vivront plus l'opacité ou la précarité de ce monde mais qui diront l'héritage de la gloire que Dieu ensemence, eucharistie après eucharistie, dans cette église.
Il y a de façon symbolique mais réelle une accumulation d'un trésor jusqu'au jour où la gloire éclatera et fera tomber cet édifice de pierre pour ne laisser paraître que le joyau caché a l'intérieur et qui est nous-mêmes mais ressuscités, transfigurés.
C'est comme la gangue d'une géode, ces petites cavernes de roche dans lesquelles les conditions sont telles, que les cristaux ont pu grossir et tapisser les parois de façon si belle et si brillante. Nous en sommes les futurs cristaux d'améthyste ou d'émeraude de la Jérusalem nouvelle. Encore faut-il y croire, croire que c'est là le but de notre voyage à nous tous, que nous ne sommes pas là, cahin-caha pour essayer de tenir le coup, mais pour former cette Jérusalem nouvelle. Alors le ciel brillera de la lumière même de Dieu que nous allons recevoir en son eucharistie et par laquelle nous fêtons ce que Dieu veut pour nous.
AMEN