BAPTÊME ET DÉDICACE D'UNE ÉGLISE

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Saint Jean de Malte : Lumières du matin

P

our qui a vu une fois une dédicace d'église, il y a des éléments qui sont frappants, même si le rituel du Concile Vatican II a simplifié la liturgie de la dédicace d'une église, il en reste non seulement des éléments essentiels, mais c'est toujours une célébration prenante, qui en soi, devrait être belle et très grande.

Quand on reprend ces éléments de la liturgie, on ne peut pas ne pas faire le parallèle entre le baptême chrétien et la dédicace de l'église, puisqu'il s'agit à proprement parler du baptême de l'église lorsqu'on célèbre une dédicace. Un des premiers gestes d'ailleurs qui est fait, c'est celui d'asperger d'eau bénite ou baptismale le bâtiment église en en faisant le tour, et ensuite, d'asperger également l'intérieur de l'église, comme celui qui doit être baptisé est plongé pour naître en tant qu'enfant de Dieu à cette vie divine. 

      D'autres éléments du rituel de la dédicace d'une église nous montrent que par les onctions de saint chrême, notamment l'onction qui est faite sur l'ensemble de l'autel, et celle qui est faite à chaque pilier, les douze piliers d'une église, ces onctions manifestent le centre de l'église qui est l'autel, qui est à la fois la montagne du sacrifice, qui est aussi le tombeau du Christ, et en signe, on y met également ceux qui ont versé leur sang pour le Christ, c'est-à-dire, les reliques des martyrs. C'est la table du Seigneur, c'est celle qui est ointe par excellence, puisque le saint chrême, c'est ce qui pénètre, c'est ce qui consacre, ce qui dit la sainteté. Ainsi, pour les piliers, douze, pour manifester que notre église est fondée sur la foi de douze hommes choisis par Jésus, de douze apôtres, simples hommes de Galilée ou de Judée sur lesquels depuis maintenant deux mille ans, l'Église ne cesse d'être construite, l'Église ne cesse d'être sanctifiée. Il y a également, ne l'oublions pas, le fait que l'autel est illuminé. On y fait brûler des flammes, cinq flammes qui s'élèvent, pour manifester cette nuée, cette présence lumineuse, le feu qui brûle, le feu qui vit, qui réchauffe, comme la lumière du cierge pascal dans la nuit de Pâques qui brille avec chaque chrétien, comme au baptême, lorsqu'on remet aux parents d'un enfant baptisé, ou au nouveau baptisé, on lui dit : "Reçois la lumière du Christ", parce que l'Église, parce que chacun d'entre nous est illuminé de la présence de Dieu. 

        Mais célébrer la dédicace d'une église, et l'on pourrait rajouter, lorsqu'on revêt l'autel de ses vêtements, blancs, de sa nappe, célébrer la dédicace d'une église n'a de sens que parce qu'il y a une église faite, comme le dit l'apôtre Pierre, de pierres vivantes. Il y a un bâtiment "église" parce qu'il y a une Église constituée des enfants de Dieu, de tous ceux qui se reconnaissent fils de Dieu et qui sont baptisés. Autrement dit, nous ne sommes pas dans le régime du temple, le temps étant le lieu concret, où l'on pensait que Dieu, si ce n'est en entier, ou au moins ses pieds reposaient sur un petit terrain consacré, puisque comme le dit saint Paul : "Le temple de l'Esprit c'est chacun d'entre nous", ce sont les baptisés Ce qui veut dire qu'il n'y a pas d'église consacrée, il n'y a pas de dédicace dans l'Église s'il n'y a pas de baptisés, s'il n'y a pas de communauté. Une dédicace d'église est un sacramental, comme l'eau baptismale, comme le cierge pascal. Les sacramentaux nous rappellent ce que nous avons reçu ou nos préparent à ce que nous allons recevoir. C'est le rôle d'une dédicace, comme d'une célébration de la dédicace. 

       Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, pour nous, cette célébration solennelle, qui devrait être aussi grande et aussi belle que le jour où cette église a été consacrée, nous prépare et nous rappelle ce que nous sommes nous-mêmes : des baptisés qui formons une communauté, et cette communauté qui est l'Église catholique, capable d'être belle et resplendissante, descendant d'auprès de Dieu comme nous l'a dit la première lecture. Cette communauté qui fait de nous des pierres vivantes, jointes les unes aux autres, qui fait que nous sommes un peuple royal, sacerdotal et prophétique, cette communauté qui fait que là où deux ou trois sont rassemblés au nom du Christ, comme Il l'a promis : "Je suis au milieu d'eux", c'est le thème de l'évangile, la présence de Dieu n'est pas dans le bâtiment, elle est dans le cœur des hommes. C'est important pour chacun d'entre nous, parce que en somme, si les sacramentaux sont des signes, cela veut dire qu'ils nous renvoient, il serait facile pour nous de dire que cela nous renvoie à la présence de Dieu parmi nous, mais n'oublions pas que c'est un signe qui va plus loin. Il nous renvoie à nous-mêmes, à ce que nous sommes. 

       Autrement dit, il nous est posé aujourd'hui, en tant que communauté chrétienne une question, c'est celle du visage de l'Église que nous formons nous ensemble, communauté de Saint Jean de Malte. Ce qui veut dire par là que nous rappelant, ou nous préparant à ce baptême, si nous sommes vraiment l'Église, nous devons nous reposer la question : comment sommes-nous joints les uns aux autres ? Comment, depuis que des gens viennent ici, sont baptisés, confirmés, eucharistiés, recevant tous les autres sacrements, ils sont peu à peu, devenus réellement le temple de l'Esprit Saint. C'est la grande différence entre ce qui se passe aujourd'hui sur la façade de l'église : les pierres tombent, elles sont tellement amochées, on ne peut plus s'en servir, on les prend à la main, on les dépose, et elles vont finir leur vie on ne sait trop où, et l'on en remet des neuves. Cela, c'est du matériel, et l'on est obligé d'agir ainsi pour que le bâtiment tienne à peu près.  

       Mais nous, nous sommes des pierres vivantes, ceux qui nous ont précédés et ceux qui vont nous suivre, participent sans cesse à la construction de cette communauté. Nous ne pouvons pas être baptisés tout seul, nous ne pouvons pas être chrétiens tout seul. Notre baptême est pour les autres, la dédicace est le baptême qui a consisté à être plongé pour nous, dans l'eau du baptême, à recevoir le chrême du salut, à être revêtu du vêtement blanc et à recevoir la lumière de Dieu, signe de la présence de Dieu, tous ces signes-là nous renvoient au fait que l'Église, c'est cette communauté chrétienne particulière, concrète que nous formons, et que c'est ce qui donne sens à une dédicace d'église comme à la célébration de l'anniversaire de la dédicace de cette église. Et l'anniversaire de cette dédicace est donc le signe de ce que nous sommes. 

        AMEN