L'ÉGLISE, DON DE DIEU

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Saint Jean de Malte : Lumière du matin

J

e vis la Jérusalem nouvelle descendre de chez Dieu comme une épouse parée pour son époux". Ainsi, l'apôtre saint Jean dans le livre de l'Apocalypse nous décrit-il la Jérusalem nouvelle. Nous le savons, ce terme de Jérusalem est appliqué surtout quand on parle de la Jérusalem nouvelle à l'Église elle-même. Saint Jean nous montre ce qui va arriver, donc la Jérusalem nouvelle est aussi la Jérusalem céleste, cet ensemble de personnes dans la communion autour du Seigneur, le Seigneur tenant lieu de flambeau, la nouvelle cité. Mais il dit aussi le mystère même de ce que nous vivons, si la Jérusalem c'est l'Église, nous sommes cette Église et il y a déjà de la Jérusalem dans notre Église. C'est non seulement ce qui doit arriver, que ce qui est déjà à l'intérieur de cette Église qu'il nous fait contempler. 

       Il y a un élément sur lequel j'aimerais m'arrêter, c'est que cette Jérusalem nouvelle descende de chez Dieu. Notre Église est perçue comme un don de Dieu. Nous avons l'habitude avec cet adage qu'on trouve dans toutes les réunions pastorales de laïcs ou de curés, : il faut faire Église ! Comme si cela dépendant de nous de construire, de bâtir, d'amener, de donner les éléments, de prendre sur soi-même. On a l'impression qu'à chaque fois, il faut un effet colossal pour que l'Église existe. Je ne dis pas par là qu'il ne faut pas faire d'efforts, qu'il ne faut pas être missionnaire, qu'il ne faut pas faire d'apostolat. Avant de faire un projet sur l'Église, il faut la regarder comme un don de Dieu. C'est essentiel, parce que cela signifie qu'en la regardant comme un don de Dieu, nous la regarderons comme Dieu la veut et pas comme nous la voudrions. Je veux dire aussi par là que, contrairement à ce qu'on a l'habitude de percevoir de l'Église, Dieu ne nous donne pas l'Eglise institution. Autrement dit, Il n'est pas en train de nous fabriquer les bureaux, les services diocésains, les responsables de la catéchèse etc… ce n'est pas ça que Dieu donne. Dieu n'a pas l'idée de cette Église institution. Eventuellement, l'Église a quelque chose d'institutionnel, parce que comme elle est sur cette terre, il faut qu'elle s'organise, mais ce que Dieu donne, c'est le mystère même de sa vie et de sa Pâque réalisée dans le cœur de l'homme. Cela crée la communion de l'homme avec Dieu et de tous ceux qui reçoivent ce Salut et cette communion. 

       Du coup, cela donne un tout autre visage à l'Église. Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons pas réduire, si l'Église est don de Dieu, à ce que nous en savons, ce que nous en connaissons ou pire, à ce que nous en voyons, surtout que ce que nous en voyons parfois nous désespère. Il faut regarder cette Église comme le mystère de la Pâque de Dieu réalisée dans l'humanité rachetée. Et si nous regardons maintenant vers quoi va l'Église, elle va vers cette Jérusalem nouvelle, c'est-à-dire l'ensemble de toute l'humanité autour du Seigneur et de cette humanité qui n'a pas été nécessairement dans les quatre murs de notre Église paroissiale. C'est une humanité qui dépasse les murs de toute église non seulement  visible, mais de cette Église que l'on dit catholique, de cette grande Église, puisque l'Église de la fin  n'est jamais que toute l'humanité rachetée, des hommes de toutes races, de tous peuples, de toutes nations. 

       C'est vaste l'Église, c'est grand l'Église, et à ce moment-là, ce Salut de Dieu c'est vraiment un don. Et l'on comprendra pourquoi on lit ce si beau passage de Zachée : "Il faut que je vienne demeurer chez toi". Notre Église aujourd'hui notre communauté paroissiale elle-même, ce petit visage de l'Église que nous sommes, c'est le signe pourtant merveilleux du Salut de Dieu qui et en train de se vivre et de se réaliser dans chacune de nos vies, dans notre communauté, et qui est le ferment déjà de l'éternité de l'humanité rachetée. 

 

       AMEN