ÉGLISE SAINTE, PIERRES VIVANTES

Ap 21, 1-5 a ; 1 P 2, 4-9 ; Lc 19, 1-10
Dédicace de l'église St Jean de Malte - (3 mai 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Saint Jean de Malte : Croix de consécration en fête

D

eux lectures à la messe, puis le chant du Gloria, et à la fin de cette homélie, nous réciterons le Credo. Toutes les bougies allumées, et nous encenserons l’autel et les piliers de cette église, le célébrant qui porte avec les concélébrants, les couleurs de l’or que l’on met pour la fête de Pâques, la fête de Noël, la Toussaint. Les liturgistes distingués que vous êtes auront reconnu sans erreur que nous célébrons aujourd’hui une solennité. 

       L’anniversaire de la dédicace, une solennité dans l’ordinaire de la vie des jours des hommes. Une solennité pour dire une chose essentielle, celle de l’acte même de notre salut. Et lorsqu’une église est consacrée, lorsque la dédicace d’une église est célébrée, c’est pour dire la réalité de l’aujourd’hui du salut dans la vie des hommes, dans le fait que nous-mêmes, nous sommes entièrement consacrés à Dieu, c’est-à-dire, tournés vers lui. Et qu’en même temps, lui étant tourné vers nous, Il est en nous. C’est pourquoi saint Paul, à l’instar des lectures que nous avons entendues dira : "Vous êtes devenus le temple de l’Esprit Saint". Les pierres consacrées deviennent le signe de ces multiples pierres vivantes que nous sommes et qui construisent au-delà de tous les siècles qui passent cette église dont le Christ est l’architecte. 

       Peut-être faut-il avoir vu une dédicace d’église pour comprendre tout ce mystère de l’inhabitation de Dieu au cœur même de notre réalité. Dieu  habitant tout notre être, corps et âme et pas simplement la fine pointe de notre âme, mais habitant jusqu’au moindre recoin de notre identité, comme de notre corporéité. Dans le diocèse d’Aix et d’Arles, il y a eu plusieurs dédicaces d’églises ces dix dernières années. Nous pouvons citer celle du bienheureux Laurent Imbert à Marignane, la dédicace du Bon Pasteur à Vitrolles, celle de l’église de la Sainte Famille à Istres. Il y en aura certainement d’autres. Je vous invite donc, si vous ne l’avez jamais fait, à aller à une célébration d’une dédicace. D’abord parce que, même si nous en avons eu plusieurs ces dernières années, ce n’est pas une célébration courante. De toute façon, la dédicace d’une église n’a lieu qu’une seule fois, comme nous ne recevons nous-mêmes qu’une seule fois dans notre existence, le baptême, ou encore la confirmation. La dédicace de l’église est un rituel baptismal, puisqu’il s’agit dans les grandes lignes, d’asperger cette église, de la laver, c’est-à-dire comme pour le baptême, de la plonger dans la vie de Dieu. Ensuite, il y a la consécration de cette église avec le saint chrème pour que la manifestation de l’Esprit Saint resplendisse, suinte des pierres comme l’huile qui coule sur nos corps, pour dire non seulement la vie de Dieu qui nous habite, mais aussi cette vie qui se répand comme la bonne odeur du parfum. Et ensuite, a lieu l’illumination de cette église, comme lorsqu’au baptisé, nous remettons, allumé au cierge pascal, le cierge qui dit : soyez des enfants de lumière, avancez en enfants de lumière. Que cette flamme soit entretenue pour que brille au cœur de nos cités encore, comme au cœur de notre vie la présence de Dieu pour tous les hommes. 

       Je m’arrêterai aujourd’hui simplement sous forme de méditation à un passage important de la dédicace d’une église qui est celle de sa consécration dans la prière consécratoire, lorsque l’évêque étend les mains et chante sur l’air de la préface, comme on le fait avant l’eucharistie, cette prière qui donne au Seigneur, dans l’action de grâces, le lieu qui va être le signe et la possibilité pour les hommes de vivre concrètement le salut. "Ce temple, dit l’évêque, signifie le mystère de l’Église, elle que le Christ a sanctifié par son sang, pour en faire son épouse resplendissante, vierge admirable, par l’intégrité de sa foi, mère féconde par la puissance de l’Esprit".

      Appliquons ces mots à notre église paroissiale, à notre communauté elle-même. Et la préface consécratoire continue, et les mots sont beaux : parlant d’une église sainte, d’une église heureuse, d’une église de gloire. "Église sainte, elle est la vigne que tu as choisie, dont les sarments d’étendent sur le monde, soutenus par le bois de la croix, ils s’élèvent jusqu’au Royaume  des cieux. Heureuse Église, elle est la demeure de Dieu parmi les hommes, le temple saint fait de pierres vivantes, fondé sur les apôtres (ce que représentent les douze piliers consacrés) et qui a pour pierre angulaire, le Christ Jésus (ce que représente notre autel). Église de gloire, elle est la cité bâtie sur la montagne, clarté attirant tous les regards, elle brille à jamais la lumière  de l’Agneau et elle résonne du chant de fête des bienheureux ». C’est lorsque nos voix s’unissent à celle des anges pour rendre grâces à Dieu, tout particulièrement dans le mystère de l’eucharistie et la demande qui est faite est encore valable pour nous aujourd’hui. La voici : "C’est pourquoi, nous te supplions humblement Seigneur, du haut du ciel, répand ta bénédiction sur cette église, qu’elle soit à tout jamais un lieu saint. Répands ta bénédiction sur cet autel, qu’il soit à tout jamais la table préparée pour le sacrifice du Christ".

       Ici, à Saint Jean de Malte, Père très saint, que les flots de ta grâce recouvrent les fautes des hommes, afin que tes fils morts au péché renaissent de la vie d’en haut. Ici, à Saint Jean de Malte, que tes fidèles à l’entour de la table de l’autel célèbrent le mémorial de la Pâque et se nourrissent au banquet de la Parole du Christ et de son corps. Ici à Saint Jean de Malte, que résonne en joyeuse offrande de louange, la voix des hommes unis au chœur des anges et que monte vers toi pour le salut du monde, une incessante prière. Ici, dans notre communauté paroissiale, que les pauvres rencontrent la miséricorde, que les opprimés trouvent la vraie liberté, que tous les hommes recouvrent la dignité de tes fils dans l’espérance de parvenir un jour, pleins de joie à la Jérusalem d’en haut. 

 

       AMEN