LE CHANT DES PSAUMES

1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 2007)
Mercredi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l peut être utile frères et sœurs, quand nous faisons mémoire d'un saint, de donner quelques indications biographiques pour aider à mieux saisir le personnage. Et là, au risque de donner trop de chiffres, je voudrais vous rappeler que saint Athanase d'Alexandrie est né en 298 environ, qu'il a assisté au Concile de Nicée, comme jeune diacre accompagnant l'évêque d'Alexandrie qui s'appelait Alexandre. Athanase est devenu évêque d'Alexandrie, la deuxième ville la plus peuplée de l'empire romain, ce n'était pas une petite bourgade, en 328, à moins de trente ans, je ne sais pas si la valeur n'attend pas le nombre des années ou si à l'époque, les jeunes étaient matures plus rapidement qu'à l'heure actuelle. Encore d'autres chiffres, il a été chassé cinq fois de son siège et il a subi dix-sept ans d'exil. Il a été rétabli sur son siège épiscopal le premier février 366 et il a pu y couler quelques années paisibles, jusqu'aux années 373, date à laquelle il est mort, le deux mai.

Athanase est une figure que nous connaissons plus particulièrement quand nous réfléchissons sur le grand débat qui a eu lieu au quatrième siècle, sur l'arianisme et le combat d'Athanase contre les ariens, c'est-à-dire ceux qui récusaient la divinité du Christ.

Athanase est aussi connu pour avoir écrit et fait diffuser la vie de saint Antoine. Une vie qui a eu beaucoup d'échos puisque cette vie a plus particulièrement marqué le jeune Augustin qui se débattait dans les affres de la conversion ou de la non conversion. Cette vie d'Antoine est une très belle vie, comme le dira Grégoire de Naziance, elle est une règle monastique sous la forme d'un récit. C'est toujours assez beau de préférer de donner une règle sous la forme d'un récit, plutôt que sous la forme d'obligations.

Athanase est peut-être moins connu pour ses écrits exégétiques, et plus particulièrement pour une lettre qu'il a écrite à la fin de sa vie, qui est appelée la "lettre à Marcellin". C'est une lettre très intéressante, parce qu'il va parler à cet homme de la place du psautier dans la vie spirituelle du chrétien. Cette lettre est écrite à un moine dans laquelle Athanase prend la place d'un vieillard qui se permet d'écrire à ce moine. Que dit-il dans cet écrit ? Il rappelle d'abord que le psautier, c'est la Parole de Dieu à travers laquelle on peut y trouver des références ou des preuves prophétiques de la naissance et de l'Incarnation du Fils de Dieu. C'est une première chose, mais ce n'est pas très nouveau que les chrétiens aient trouvé dans le psautier quelques traces qui annoncent la venue dans notre monde du Fils de Dieu.

Un autre point plus intéressant, Athanase qui n'est vraiment pas un homme de bureau et qui n'a pas comme d'autres Pères de l'Église passé son temps derrière son écritoire à écrire tranquillement des commentaires exégétiques, il dit que le psaume c'est la Parole de Dieu grâce à laquelle je découvre qu'aucune des expériences que je traverse, que ce soient des expériences de bonheur, ou que ce soient des expériences de souffrances, rien de ce que je vis n'est étranger à Dieu parce que le psaume est véritablement le lieu de rencontre entre Dieu et l'homme. Pourquoi est-ce que nous, les chrétiens, nous continuons à prier les psaumes ? pas uniquement parce que nous y voyons la preuve de l'Incarnation, mais parce que quand nous lisons les psaumes nous découvrons que ce que nous vivons n'est jamais coupé de la Parole de Dieu et de ce que Dieu a vécu en tant qu'homme incarné.

Autre point qui me paraît encore plus beau, par rapport à ce que nous vivons ici dans cette paroisse, dans une communauté monastique, c'est que le psaume n'est pas fait pour être lu. Il ne s'agit pas de s'installer confortablement dans un fauteuil de feuilleter rapidement le bréviaire de lire les psaumes pour en finir le plus vite possible. Dans sa lettre, Athanase rappelle que "le psaume ne sert pas uniquement à exercer l'esprit, le psaume c'est la prière du corps". Il dit que cette rencontre qui se produit entre Dieu et le croyant se fait à travers le chant. "Cette coutume de chanter n'est pas introduite dans un but musical, ce n'est pas pour que ce soit plus joli et plus beau et que cela attire plus les foules, l'office n'est pas un concert, mais on chante pour que les adorateurs aient plus de temps pour méditer le sens de la parole". Le chant est donc fondamental dans le psautier. "Celui qui chante le psaume ordonne sa vie". En fait, il l'ordonne de deux manières, il ordonne sa vie dans le sens où il découvre que ce qu'il vit n'est en rien étranger à l'Incarnation de Dieu, et en ordonnant sa vie vis-à-vis du Fils de Dieu incarné, il ordonne à l'origine même sa vie, avec le Verbe éternel: "Le Verbe éternel se rencontre à travers le verbe, le mot du psautier".

Frères et sœurs, que cet évêque Athanase, ce beau personnage du quatrième siècle soit pour nous l'occasion de méditer sur la question plus théologique de la divinité du Fils de Dieu, mais que Athanase puisse aussi nous redonner le goût du psaume chanté et de l'office.

 

 

AMEN