UN PILIER : SAINT ATHANASE

1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 2002)
Jeudi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Q

u'est-ce donc qu'un pilier dans une église ? Un pilier, c'est une colonne qui s'élève d'abord dans l'espace, suite de pierres mises l'une par-dessus l'autre, et qui permettent ainsi de construire un édifice, de construire avec des arcs qui se rejoignent tout un ensemble. Je crois que saint Grégoire de Na­ziance, à la mort de saint Athanase a prononcé son panégyrique, il avait raison de présenter Athanase comme le pilier de l'Église. D'abord parce que comme un pilier, Athanase au cours de ce quatrième siècle, dans les années 328 jusque dans les années 375, sem­blait être un peu un pilier, seul, émergeant d'une so­ciété un peu en crise, qui se posait beaucoup de ques­tion sur la relation entre Dieu et le Christ, se deman­dant quelle était la place de Dieu par rapport au Christ, notamment avec un autre homme qui s'appelle Arius. Je dirais que, pour continuer la comparaison des piliers, autant Athanase est un pilier qui s'élève et qui a permis à des arcs de se construire, autant Arius ressemblerait plutôt à une colonne stérile qui s'élève au milieu d'un champ de ruines, mais qui n'aboutit à rien. Le combat d'Athanase face à Arius pourrait nous sembler un combat archéologique réservé à ceux qui sont curieux d'une érudition, d'une connaissance du passé, en se disant qu'actuellement, la société a telle­ment changé, nous sommes dans une société pluri-culturelle, multiconfessionnelle, qu'est-ce que saint Athanase par son esprit si rigide peut encore nous apporter et nous dire dans notre vie de tous les jours comme chrétiens ? Je crois que justement, nous ne soupçonnons pas l'épanouissement qu'Athanase a pu donner à l'Église, au salut, à la théologie, à la spiri­tualité chrétienne. Quand il combat Arius et ce qu'on appelle l'arianisme, ce qu'il combat c'est cette idée qui voulait que le Fils n'est pas l'égal du Père. Mais les conséquences de ce que dit Arius sont fondamentales par rapport à notre vie de chrétiens, et à notre vie de baptisés. En effet, si on continue le raisonnement d'Arius, on en arrive facilement à dire que Jésus est un homme, Dieu est renvoyé dans sa sphère, il est là, là-haut, nous ne pouvons pas lui parler, et puis, en tant que chrétiens, il nous est donné d'essayer de sui­vre l'exemple de Jésus. Aussi, nous aurions à essayer de suivre l'exemple d'un homme en espérant si nous suivons bien son exemple, arriver par nos propres forces, à monter, à nous hisser vers Dieu. Qu'en est-il donc de la grâce ? Qu'en est-il donc de cet évangile dont nous avons chanté tout à l'heure l'essence même de son message dans l'antienne juste avant et après l'évangile de la Pâque de notre Christ qui nous a arra­ché de la mort, si nous-mêmes nous nous arrachons de notre propre mort ?

La conséquence va plus loin encore, puis­qu'elle touche le milieu monastique. C'est vrai que pour beaucoup de gens, beaucoup de contemporains, la vie monastique peut se présenter comme étant uni­quement un exercice, une ascèse, par laquelle l'homme se hisse par ses propres forces vers une per­fection. Et Athanase en combattant d'une part Arius et d'autre part en faisant découvrir la vie monastique, puisque c'est lui qui a écrit la première biographie du moine Antoine, en écrivant cette vie, en le faisant diffuser tout autour de la Méditerranée, dans le monde hellénistique et latin de l'époque, Athanase donne un message fondamental. Il nous explique que l'origine de la vie monastique n'est pas une recherche de la perfection pour la perfection, n'est pas une recherche pour compter les points pour édifier son propre para­dis, mais que l'origine même de cette vie monastique et à rechercher dans le baptême, et par conséquent dans le don de la grâce que Dieu nous fait. C'est cette grâce que nous redécouvrons ces dernières années dans l'Église, de l'importance de l'origine baptismale de la vie monastique. C'est vrai que tout le monde n'est pas appelé à vivre d'une manière aussi radicale son baptême, mais en rendant grâce à Dieu pour cet évêque qu'Il nous a donné, saint Athanase, je ne peux pas m'empêcher de me remémorer ce que j'ai vécu hier avec des jeunes qui se préparent à partir à To­ronto en juillet, pour qui la vie chrétienne n'est pas du tout une vie qui se résume par la morale, par une vie droite, mais plus profondément par le fait qu'étant baptisés, étant chrétiens, ils découvrent à chaque mo­ment combien ils sont liés au Christ, à Dieu, et que cette vie de chrétiens, ils la reçoivent comme un ca­deau.

 

AMEN