ENGENDRÉ, NON PAS CRÉÉ

1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1996)
Jeudi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Yves HABERT


V

ous voulez aimer le Père ? Alors, aimez Ce­lui qui depuis toujours et jusqu'à toujours est éternellement engendré de Lui. Si nous pou­vons aujourd'hui tenir ce discours et révéler aux hommes ce chemin vers le Père, c'est à saint Athanase que nous le devons. Saint Athanase, un homme au caractère bien trempé et dont le nom signifie "im­mortel." Il lui fallait bien cela d'ailleurs pour échapper à toutes les tentatives d'assassinat et tous les exils qu'il a rencontrés en sa vie.

En ce début de quatrième siècle, Athanase est secrétaire de l'évêque d'Alexandrie, la plus grande ville de l'empire. L'évêque Alexandre est une grande figure de l'Église. Il va s'opposer au prêtre Arius. Tout cela commence par une histoire de rivalité entre un évêque et des prêtres. Cet Arius est un homme qu'on qualifie de spirituel car il néglige un peu sa tenue et tient des discours assez séduisants. Il séduit toute une part d'Alexandrie en proposant un Credo beaucoup plus simple, qui engage bien moins, un Credo où l'on dit que le Christ n'est pas forcément Dieu. Le Christ est la plus parfaite des créatures, mais Il est une créa­ture. Tout a été fait par Lui, mais Il est né d'une mul­titude de frères et fait partie de la longue chaîne des créatures de Dieu. Arius voulait préserver l'unité de Dieu au risque de rabaisser le Fils unique de Dieu. Constantin, l'empereur converti de Rome, ne veut pas entrer dans ces subtilités. Il essaie de tout arranger, de trouver un compromis, car il n'a pas beaucoup de théologie. Il ne saisit pas l'enjeu terrible qu'il y a là. Au-delà d'une querelle de clochers entre Alexandre et Arius, l'enjeu, c'est la divinité du Verbe. Le concile de Nicée, qui va se réunir en 325, va établir de façon solennelle que le Fils unique de Dieu est engendré, non pas créé. Athanase, qui participe à ce concile avec Alexandre, va passer sa vie à défendre cet "en­gendré, non pas créé." Il va s'exposer ainsi aux ca­lomnies. On va l'accuser de meurtre, d'avoir brisé des calices. On va tenter plusieurs fois de l'emprisonner, on va l'envoyer cinq fois en exil, à Trèves, à Rome, dans les déserts de Haute-Egypte. Extraordi­naire la fidélité de cet homme à sa foi !

On pourrait dire qu'à toute chose malheur est bon, car c'est grâce à tout cela que l'on connaît la vie de saint Antoine et le monachisme. C'est saint Atha­nase qui, le premier, a introduit le monachisme en Occident. Mais il a vraiment payé de sa personne.

Et nous ? Nous ne connaissons pas beaucoup d'exils pour notre foi, sinon peut-être celui de descen­dre de saint Jean de Malte à Mignet (petit exil qui nous apprend à nous dépayser). Nous n'avons pas été calomniés pour notre foi, même si parfois cela arrive, car des jeunes me disent quelquefois combien il est dur de témoigner de sa foi dans un lycée. Même si nous n'avons pas connu beaucoup d'exils, nous de­vons nous appuyer sur le témoignage d'Athanase, sur son héritage, sur celui de tous ceux qui ont payé de leur personne pour défendre la foi. Nous devons nous appuyer très fort sur ce patrimoine, car même si on ne discute plus la divinité du Fils, on est confronté au­jourd'hui à un certain relativisme selon lequel tout est un peu pareil.

Avant-hier, dans les années soixante-dix, on comparait souvent Jésus à un guérillero. Il était le libérateur collectif qui avait apporté la paix. Aujour­d'hui, on est confronté à un Jésus qui est un éveilleur parmi d'autres, qui est un homme arrivé à un certain stade de conscience. J'ai peur que l'on confonde Jésus avec tous ces modèles qui nous sont proposés et qui sont des avatars. Plus que jamais nous avons besoin aujourd'hui de nous enraciner sur le Christ véritable­ment Dieu. Quand nous communierons tout à l'heure, que nous recevrons dans nos mains ce corps du Christ, en même temps que nous dirons "Amen", nous pourrons dire en notre cœur "vraiment, Tu es le Fils de Dieu". Vraiment Tu es engendré de toute éternité par Dieu. Car seul Dieu peut se donner ainsi, sous la forme du pain et du vin, en vérité.

 

 

AMEN