L'APPEL DE DIEU NOUS DÉPASSE

1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1994)
Lundi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n pourrait résumer la vie de saint Athanase par cette phrase de l'évangile : "Malheur à moi si je n'annonce pas l'évangile !" Le jour où un homme rencontre la force, la puissance de la Parole de Dieu dans l'évangile, il cesse de vivre pour lui-même. Il commence à exister vraiment, c'est-à-dire il commence à exister "pour les autres". Instincti­vement notre propre vie n'est pas tournée vers l'exté­rieur mais vers une sorte de conservation de nous-mêmes. Nous mettons en route une énergie de conservation pour que nous puissions être à la place où nous sommes et nous tentons d'équilibrer, tant bien que mal nos désirs et nos satisfactions en ce monde. C'est un équilibre un peu difficile et bon nombre de nos concitoyens se contentent souvent de vivre pour eux-mêmes, ajoutant parfois à ce moi-même une pe­tite famille. Mais finalement le souci ne se porte pas plus loin et ne s'étend jamais ni à l'histoire de ce monde ni même au devenir de ce monde. Et je pense qu'un chrétien est un homme qui a "aperçu" dans sa vie que sa vie n'était pas faite pour lui mais pour quelque chose de plus grand qui le dépasse infiniment et dont l'Église est la figure en ce monde, que nous avons à mêler notre vie au grand bruit de l'histoire, non pas forcément de la grande histoire qui a droit aux titres dans les journaux, mais à l'histoire pro­fonde, de l'histoire de la victoire du bien sur le mal ou plus exactement de la victoire de la Parole de Dieu dans le cœur de l'homme.

Et des évêques comme Athanase qui, sur qua­rante-cinq ans d'épiscopat, a passé presque dix-sept ans en exil, étaient convaincus que la vie avait du prix non pas pour leur propre temps uniquement, mais pour le temps plus grand, le temps universel de l'Église, le temps de toute l'histoire de l'humanité. Cette conscience qui ouvre l'esprit d'un homme et la vie d'un homme, cette conscience qu'il n'est pas fait pour les années qui lui sont données mais qu'il peut retentir, sans qu'il le sache, souvent à son insu, sur l'histoire totale de l'humanité et même de l'univers, c'est cela que nous montre saint Athanase. Notre vo­cation n'est pas simplement pour "nos années" que nous avons à vivre, mais dépasse infiniment ces an­nées-là, d'une façon que seul Dieu connaît.

Par le sacrement, un chrétien ouvre son esprit à la dimension de Dieu, mêle sa vie à la profondeur, à la largeur, à l'éternité de Dieu. S'il accepte d'ouvrir son cœur, d'ouvrir son corps, en recevant le corps et le sang du Christ, c'est bien pour que ce corps et ce sang qu'il est lui, se mêle au grand corps total de l'Église, corps du Christ qui, un jour, rassemblera tous les chrétiens en un seul corps, celui de l'Epouse de Dieu. Souvent nous souffrons et nous mourons d'une espèce d'autisme personnel parce que nous n'arrivons pas à vivre pour nous-mêmes et que nous retournons contre nous-mêmes l'énergie qui devrait, en sortant de nous-mêmes, servir le Royaume, servir les autres. Puis­sions-nous, en ce jour, à la suite de ces hautes person­nalités comme Athanase qui a su si bien défendre le Christ homme et Dieu, nous mettre à notre propre vocation, en étant conscients de la vocation que Dieu nous donne, chaque jour de défendre, de proclamer, d'affirmer la présence de Dieu dans le Christ. Puis­sions-nous ainsi trouver notre vraie place d'homme et de femme en ce monde, qui n'est pas uniquement d'être dans ce monde mais d'être "pour le Royaume".

 

 

AMEN