LA DIVINITÉ DU CHRIST : SAINT ATHANASE
1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Ganagobie : Christ en gloire
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ette page d'évangile résume très bien la vie de saint Athanase et son idéal. Sa vie : "Quand on vous pourchasse dans une ville, fuyez dans une autre". Son idéal :"Il suffit que le disciple devienne semblable à son Maître."
Saint Athanase d'Alexandrie a été cinq fois exilé, et sur quarante ans d'épiscopat, il en a passé dix-sept en exil. Exilé à cause de la foi dès le lendemain du concile de Nicée. Constantin, qui avait donné la liberté au christianisme, qui l'avait déclaré religion d'état par l'édit de Milan, a ensuite convoqué le concile de Nicée pour résoudre l'hérésie arienne naissante. Athanase était alors diacre et il participa à ce concile. Et voici que quelques années plus tard, Constantin, qui était plus un politique qu'un théologien et qui voulait surtout la paix et l'entente des chrétiens sur lesquels il avait misé pour asseoir son empire, voulut réintégrer Arius sur son siège épiscopal. Athanase devenu entre temps patriarche d'Alexandrie s'opposa au retour de l'hérétique et fut exilé, une première fois, à Trèves, par Constantin lui-même. Il le fut une deuxième fois par l'empereur Constance, à Rome et une troisième fois, toujours par Constance dans le désert de la haute Egypte. Ce fut ensuite Julien l'apostat, un prince chrétien qui, une fois sur le trône se révéla être païen, qui exila Athanase pour la quatrième fois. Mais Athanase prit les devants et s'exila lui-même en partant de nouveau chez les moines du désert de la haute Egypte. Une cinquième fois, sous l'empereur arien, Valens, Athanase dû se retirer dans le delta du Nil.
Voilà donc un homme qui a accepté d'être sans cesse persécuté et de risquer sa vie d'échauffourées en embuscades. C'est uniquement à cause de l'amour que lui portaient ses diocésains et ses amis les moines de la haute Egypte qu'il échappe à la mort qui, à plusieurs reprises le menaça de très près. Voilà donc un homme qui n'a pas hésité à tout quitter, à tout laisser pour la foi. Et à une époque où, de fait, avec l'aide de l'empereur ou d'évêques politiques, pratiquement tout l'orient et même à un moment donné presque tout l'occident étaient passés à l'arianisme. Le pape lui-même avait été exilé et, de persécution en persécution, il avait fini par signer des formules plus ou moins douteuses et dans lesquelles la foi n'était pas toujours sauvegardée de façon évidente.
Athanase était seul, seul en face de tout le monde, pour affirmer la foi. Quelle foi ? La foi en la divinité de Jésus-Christ, car c'est de cela qu'il s'agissait, et l'enjeu donc n'était pas mince. En effet, sous prétexte de rendre la foi raisonnable, d'amener les choses à être humainement pensables, Arius réduisait le dogme fondamental de la Trinité.
"Puisque Dieu est unique, le Fils de Dieu est certainement au-dessus des créatures. Il est infiniment au-dessus de tous les hommes et de tous les anges, mais enfin il est quand même fabriqué par le Père. Il est le produit d'une création supérieure mais d'une création tout de même. En tout cas, ce Fils est radicalement inégal au Père, inférieur au Père, subordonné à Lui. Il peut être appelé Dieu, mais dans un sens diminué, restreint. C'est un Dieu de seconde zone, c'est un Dieu qui, sur l'ordre du Père et comme serviteur du Père, agit dans le monde. Quant à l'Esprit, c'est encore une créature inférieure au Fils, c'est une créature du Fils". Il y avait donc une cascade de créations successives qui ruinaient totalement ce qui est le cœur même de notre foi, à savoir la communion du Père, du Fils et de l'Esprit dans une même divinité, dans un même honneur, dans une même gloire, ce que le concile de Nicée, et inlassablement après lui Athanase, avait appelé la consubstantialité du Père, du Fils et de l'Esprit, c'est-à-dire l'identité de substance, la parfaite communion et communauté de nature de vie du Père, du Fils et de l'Esprit.
Si c'est surtout sur la personne du Fils que se concentraient, au départ, les critiques des ariens, vers la fin de la vie de saint Athanase, on s'était rabattu sur l'Esprit. Athanase a eu le mérite d'être un des premiers à lutter pour affirmer aussi la divinité du Saint Esprit. Infatigablement, il a payé de sa personne, de ses écrits, de sa pensée, de son action pour la foi dont nous vivons aujourd'hui. Il faut donc que nous sachions remettre à leur place, dans notre cœur, dans la gloire de l'Église, dans la vénération qui doit être la nôtre ces hommes qui ont su nous donner la foi, nous engendrer dans la foi, qui sont nos "pères dans la foi".
S'il n'y avait pas eu Athanase, la providence de Dieu aurait sans doute suscité un autre à sa place, mais enfin les choses se sont passées de telle sorte que, s'il n'y avait pas eu Athanase, il n'y aurait eu personne pour détendre la foi devant l'acharnement des rationalistes hérétiques qui sont les ancêtres de tous ces apostats, de tous ces persécuteurs de l'Église qui se sont succédés de siècle en siècle, de génération en génération et qui aujourd'hui encore essaient d'anéantir la foi chrétienne même si ce n'est pas avec des arguments théologiques. La brutalité n'est pas l'apanage des persécuteurs d'aujourd'hui. Déjà à cette époque d'assassinat en pogroms, de persécution en déportation, se déroulait le cycle infernal de la lutte contre la foi au Christ.
Rendons grâce à Dieu d'avoir toujours suscité dans son Église des hommes, non pas des hommes forts de leur force à eux, mais des hommes assez transparents à la force de Dieu, à la lumière de Dieu pour être remplis de cette allégresse et de cette joie de Dieu qui fait qu'ils méprisent toutes les persécutions, toutes les condamnations pour affirmer la lumière du Seigneur.
AMEN