L'ÉGLISE, PEUPLE DE DIEU
1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1991)
Jeudi de la cinquième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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aint Athanase a su défendre la plénitude et la vérité de la foi dans un moment où elle était radicalement menacée. Cette menace était le fait de ne pas croire que Jésus était le Fils de Dieu. Cette menace venait d'un prêtre du diocèse d'Alexandrie, Arius. Il prétendait que Dieu était seulement le Père, que ce père, pour se manifester, pour se faire connaître, avait engendré une créature exceptionnelle, le Verbe éternel. On pouvait le considérer comme éternel, même s'il avait eu un commencement, parce qu'il avait commencé avant notre propre existence et notre monde. Cette créature excellente était pour ainsi dire chargée par le Père de gérer l'univers, d'agir et de conduire dans la création tout entière le destin de chacune des créatures et finalement de les sauver. Si bien que le Christ d'Arius était essentiellement une sorte de gérant ou d'intendant de la création tout entière. Il avait pour but de venir dans le monde, de nous donner un exemple extraordinaire pour savoir comment on pouvait connaître le Père et vivre selon les commandements qu'Il avait donnés. Finalement l'arianisme était une prédication de Jésus-Christ comme modèle. Il fallait essayer de l'imiter, il fallait faire ce qu'Il avait fait, il fallait se laisser pénétrer par la connaissance qu'il nous avait révélée. Mais le Christ Lui-même n'était pas Dieu. Il était simplement comme Arius le disait en citant saint Paul à contre-sens "le premier-né de la création" c'est-à-dire le premier dans la série des êtres créés.
Il y avait à cette époque-là beaucoup de bonnes têtes dans l'église d'Alexandrie. Du point de vue intellectuel, compte tenu de la mode de l'époque, le christianisme tel que le présentait Arius était extrêmement satisfaisant. C'est ce qui explique que dans l'Orient chrétien, la partie orientale du bassin de la Méditerranée, l'arianisme ait eu immédiatement un très grand succès. Le premier, Athanase a vu le danger et l'a combattu toute sa vie, et avec beaucoup de mal. Les empereurs romains étaient plutôt arianisants. Athanase a subi sept exils et pas mal de tentatives de meurtres. Il était souvent obligé de se sauver devant la police. Les meilleurs appuis pour ses fuites étaient toujours les moines du désert, c'est d'ailleurs pour cela qu'il a bien connu les milieux monastiques et écrit la vie de saint Antoine. Si Athanase a combattu avec tant de vigueur, ce n'est pas parce qu'il était un évêque intellectuel mais plutôt parce qu'il avait pressenti où menait cette hérésie. Au fond, il a fait le raisonnement suivant qui domine toute sa vie.
Si Jésus-Christ n'est pas Dieu, alors l'Église n'est rien du tout. Et ceci reste encore parfaitement valable. Si Jésus-Christ n'est pas Dieu, l'Église ressemble à une association qui vénère le souvenir de Jésus de Nazareth. Nous pensons alors qu'Il nous a laissé un exemple, une doctrine qui nous aide à trouver une certaine aisance ou un certain épanouissement spirituel, mais alors l'Église n'est plus le peuple de Dieu c'est-à-dire une peuple voulu par Dieu et voulu pour Dieu, et surtout constitue par Dieu car c'est bien cela l'identité de l'Église. Si l'Église n'est qu'une association pieuse qui essaie de conserver le mieux possible le souvenir de Jésus-Christ, elle n'a pas grand intérêt. Si c'est simplement une sorte de mouvement religieux, après tout, cela n'a pas beaucoup plus de valeur que le New-Age ou autre secte. Et même si l'Église se réduisait à une institution, ce serait comme un état dans l'état, mais rien de plus.
Précisément, ce qu'Athanase a perçu c'est que l'Église pouvait vraiment être le "peuple de Dieu" c'est-à-dire venant de Dieu, allant à Dieu et fondé par Dieu, car elle était constituée par Dieu Lui-même, par Dieu fait chair. Et si nous devons aller à Dieu qui peut nous conduire à Dieu sinon Dieu Lui-même ? Donc, si le Christ n'est pas Dieu, Il ne peut pas nous conduire à Dieu. Il peut nous conduire à la hauteur de ses exemples, de sa vie extraordinaire, mais ce n'est pas encore Dieu. Par conséquent, l'Église, si elle n'est pas fondée par la personne divine du Christ, si elle n'est pas l'introduction le mouvement par lequel nous entrons dans la communion divine, l'Église ne sert à rien. Elle n'est pas ce qu'on croit.
Saint Athanase n'avait pas "à sauver la divinité du Christ", le Christ est Dieu, ce n'est pas aux hommes à sauver sa divinité, mais il avait à en sauver les conséquences, c'est-à-dire le fait que nous soyons vraiment le peuple qui appartient au Christ et qui appartient au Christ Fils de Dieu qui est le seul à nous faire voir le Père. Pour illustrer cela, je prendrai un texte de saint Athanase qui nous montre comment il a réagi sans cesse à ce sujet : "Celui qui souhaite voir Dieu, qui est par nature invisible et ne peut pas être vu, le connaît et le saisit par ses œuvres. De même celui dont l'esprit ne voit pas le Christ, qu'il cherche à le connaître par les œuvres de son corps et qu'il vérifie si elles sont d'un homme ou de Dieu. Si elles sont d'un homme, qu'il s'en moque. Mais s'il reconnaît qu'elles ne sont pas d'un homme mais bien de Dieu, qu'il ne rie plus de ce dont on ne se moque pas. Qu'il admire plutôt que les réalités divines nous soient apparues grâce à un procédé aussi simple, que par la mort l'immortalité se soit étendue à tous et que l'incarnation du Verbe nous ait fait connaître la Providence universelle et le Verbe même de Dieu qui en est le Conducteur et le démiurge, le créateur. Car, Il s'est Lui-même fait homme pour que nous soyons faits Dieu et Lui-même s'est rendu visible par son corps pour que nous ayons une idée du Père invisible. Il a supporté Lui-même les outrages et la mort venant de la part des hommes pour que nous ayons part à l'incorruptibilité et à l'immortalité."
AMEN