LA LUTTE POUR LA FOI
1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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rius était un prêtre d'Alexandrie, curé de la paroisse portuaire de Boccalis qui était le port d'Alexandrie, on dirait à Marseille la paroisse de la Joliette. Il avait fréquenté les instituts catholiques officiels de l'époque. Il était un prêtre savant et qui plus est, éloquent.
Ce qu'on appelle l'arianisme, c'est cette conception, cette vision du Christ dont il fut l'auteur et l'ardent propagateur, non seulement dans sa paroisse, mais au-delà dans l'Église d'Égypte. Puis ce mal, comme si souvent le mal, s'est répandu à une vitesse extraordinaire dans toute l'Église d'Orient et même jusqu'en Occident.
Pour sauvegarder la transcendance absolue du Père, seul éternel, seul inengendré, seul sans principe, Arius réduisait le Fils, ce que saint Jean appelle le Logos, le Verbe, à une créature. Il avait été engendré, disait-il, avant le temps, avant cette création, comme un être divin, comme un être parfait, mais comme créature. Il avait reçu l'être et la vie, et ainsi Il n'était pas tenu comme co-éternel au Père.
C'est cette hérésie très rapidement résumée qu'on appelle l'arianisme qui s'est répandue si vite et qui a engendré, dans l'Église du quatrième siècle, une des tempêtes les plus terribles, les plus graves pour non seulement l'authenticité de la foi, mais pour l'unité de l'Église, et même pour le salut de tous les hommes. C'est à cause des divisions très fortes entre les Églises et les évêques que l'empereur Constantin convoque en 324, un concile à Nicée en Asie Mineure, pour mettre un terme à ces divisions. Lui-même disait à l'occasion de la convocation de ce concile : "Pour moi, je considère comme redoutable à l'égal d'une guerre et d'une bataille, et plus difficile à terminer, toute sédition à l'intérieur de l'Église de Dieu et j'en ai plus de contrariété que des choses du dehors."
Ce concile s'est réuni à Nicée, en 325. Il comptait pense-t-on autour de trois cents évêques venant de Perse, d'Espagne. Et l'on sait que pour les évêques de Gaule, un des évêques présent à Nicée fut Nicaise, évêque de Dié. Athanase a participé au concile de Nicée, non pas comme évêque (il fut ordonné après), mais comme secrétaire de l'évêque d'Alexandrie qui s'appelait lui-même Alexandre et qui avait été un des premiers et des plus forts à combattre l'hérésie d'Arius qui était née dans son Église locale.
La définition principale de ce concile de Nicée, nous la connaissons très bien. Nous la proclamons chaque dimanche dans notre Credo puisque c'est cette formulation que l'Église a retenue pour affirmer la divinité du Fils, égale à la divinité du Père. Un Fils que le Credo de Nicée dit être : "Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré comme Fils, mais non pas créé (comme créature, même créature parfaite), de même nature que le Père." Le Fils est de la-même substance que le Père, parfait en sa divinité et éternel comme le Père.
C'est grâce aux Pères du Concile de Nicée que la foi de l'Église, battue en brèche de façon si violente et si grave, a pu passer à travers cette tempête et garder dans la vérité de Dieu et la vérité de l'homme, l'Église et l'humanité Car ce qui est grave, et doublement grave, et c'est contre cela que saint Athanase comme pasteur, comme docteur de l'Église a voulu défendre la foi, c'est que si l'on tient que le Christ n'est pas co-éternel au Père, ne partage pas dans la même substance sa nature divine, ce Christ même venant s'incarner dans la chair humaine ne peut pas réellement sauver les hommes car il n'est pas Dieu. Et si le Christ, et c'est toute la théologie de saint Jean sur laquelle Athanase s'est fortement appuyé, si le Christ, le Logos s'est fait chair, ce n'est pas uniquement pour se montrer, c'est pour guérir, c'est pour sauver. Et c'est parce que ce Christ fait chair est Dieu Lui-même depuis toujours, comme Fils du Père, qu'il peut réintégrer dans la filiation brisée, les hommes pécheurs. Si l'on ne tient pas que le Christ est Fils éternel de Dieu, il reste une sorte de démiurge divin, entre Dieu et nous, mais qui ne sauve pas. Il est tout juste bon à être imité. Ceci est une vision morale, mais pas une vision théologique et spirituelle.
C'est contre cela, c'est contre cette division, contre cette séparation du mystère même du Christ incarné que saint Athanase a combattu avec toute la force de son caractère et de son intelligence, même si son intelligence n'était pas spéculative. Il fut ordonné évêque à l'âge de trente ans, en 328, et il mourut en 373, après avoir passé près de la moitié de son épiscopat en exil à cause de sa foi. Saint Jérôme écrivait de saint Athanase : "Lorsque l'univers s'étonna d'être arien, il suffit qu'Athanase tienne le drapeau de l'orthodoxie pour que la victoire ne soit pas douteuse, à lui seul, un tel homme valait une armée."
Au cours de cette eucharistie, nous avons entendu la première épître de saint Jean : "Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu !" C'est à cause de cette naissance en Dieu, pour notre vie avec Dieu, que le Christ s'est fait chair et ceci non pas pour rabaisser la transcendance du Père, mais pour que le Christ soit plus proche de l'homme. Peut-être y a-t-il des tendances quelque peu hérétiques qui se faufilent subrepticement dans certaines pensées de l'Église d'aujourd'hui, même chez certains clercs, qui laisseraient pressentir que le Christ est plus proche des hommes que de Dieu, qu'il est plus homme. Non pas que l'on dirait qu'Il n'est pas Dieu, mais c'est mis comme sous le voile. Si le Christ était vraiment Dieu, on a l'impression qu'il ne serait pas proche des hommes. Ceci est évidemment une erreur qui pourrait être comprise comme une des lointaines conséquences de l'arianisme, de cette division entre l'humanité réelle du Christ et sa divinité éternelle.
Par l'intermédiaire de la prière incessante de saint Athanase, demandons qu'aujourd'hui encore, dans notre propre cœur et dans le cœur de l'Église, dans l'intelligence de l'Église, nous puissions toujours croire, adhérer et manifester que Celui qui nous sauve est "vrai Dieu et vrai homme" et que c'est en cela que nous sommes réellement sauvés, aujourd'hui et pour la vie éternelle.
AMEN