LE COMBAT DANS L'OBÉISSANCE

1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

D

 

ans la vie de la foi, dans la défense de la foi, il n'y a pas de vérité sans peine, il n'y a pas d'amour sans souffrance, il n'y pas de terre promise sans exode. Et si nous recevons la consolation, c'est pour des douleurs et si nous recevons la guérison, c'est bien pour des blessures.

Ceci c'est le fait de tout homme qui a mis sa foi en Dieu, dans le Fils que Dieu a envoyé sur terre, non seulement pour se faire connaître comme Dieu, mais aussi pour sauver ces hommes, afin qu'ils entrent dans la vie éternelle de Dieu. C'est cela qui a été le combat de l'évêque Saint Athanase. Il est resté soumis, de façon indéfectible, à la foi définie au Concile de Nicée en 325, qui proclamait contre les hérésies, que Jésus était vraiment Dieu venu dans la chair humaine.

Mais ce combat n'est pas simplement celui des docteurs de la foi, pas plus ceux d'hier que ceux d'aujourd'hui. Ce combat c'est celui de chaque chrétien qui, par le baptême, est entré dans la foi, qui, désormais, doit vivre soumis à la Parole, à la Parole faite chair, à la présence du Christ qui, aujourd'hui encore, le sauve. Nous sommes soumis à la Parole de Dieu, c'est-à-dire au Christ, et le Christ est soumis au Père. C'est le mystère de l'obéissance du Christ, ce mystère que nous avons célébré de façon solennelle dans la liturgie pascale et que nous avons à vivre, de façon humble et difficile, chaque jour de notre vie, ce mystère de l'obéissance du Christ que saint Paul, dans cette très belle hymne liturgique du deuxième chapitre de l'épître aux Philippiens, nous traduit ainsi : "Lui qui était de condition divine ne retint pas le rang qui l'égalait à Dieu, mais Il s'est fait esclave, Il s'est fait serviteur, Il a pris sur Lui la souffrance, Il a été obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix Et c'est pour cela qu'Il fut exalté au-dessus de tout nom!"

C'est cela profondément le mystère de l'obéis­sance auquel nous sommes désormais liés par notre baptême et par notre appartenance à la foi de l'Église. Le Christ l'a dit : "Je suis la vérité ! Je suis le chemin ! Je suis la vie !" Et, d'une autre façon, Il nous le redit aujourd'hui dans l'évangile : "Le serviteur ne fera pas plus que son maître !" Et si le mystère du Christ dans sa Pâque est profondément un mystère d'obéissance, notre vie chrétienne est aussi un mystère d'obéissance. Lui est venu pour accomplir la volonté du Père : "Que Ta volonté se fasse et non pas la mienne". Et nous sommes appelés, chaque jour, à accomplir cette volonté du Père, et la volonté du Père c'est que nous vivions de l'obéissance du Christ, que nous vivions de sa Pâque que nous vivions sans cesse dans ce mystère de mort et de résurrection. Et c'est pour cela que, nous aussi, nous connaissons la souffrance à cause de l'amour de Dieu, la peine à cause de la vérité de Dieu, l'exode, voire l'exil, à cause de la terre promise vers laquelle nous marchons puisque le Christ, par sa résurrection, nous a ouvert la porte étroite.

Saint Athanase a marché en hâte à travers l'exil, vers le Royaume, vers la terre promise, sans faiblir jamais, non seulement dans sa vie personnelle mais dans son témoignage de pasteur, malgré les tracasseries policières et malgré, de façon peut-être encore plus douloureuse, la faiblesse de ses frères évêques. Saint Athanase a été ce héraut de la foi que nous sommes, nous aussi, appelés à être, même si nous n'avons pas les fonctions que lui-même a eues pendant ses quarante ans d'épiscopat. Nous sommes appelés à marcher en hâte vers le Royaume. C'est cette charité de Dieu qui nous presse. Et cette charité de Dieu c'est justement le mystère de l'obéissance du Christ. L'obéissance n'est pas l'apanage, la spécificité des religieux ou des moines. Elle est la caractéristique des chrétiens qui vivent en harmonie profonde avec le mystère même du Christ. L'obéissance n'est pas facultative, elle n'est pas provisoire dans notre vie de chrétien. Elle est constitutive même du mystère de la Rédemption. Elle est au centre même de notre foi. Elle est au centre de notre vie quotidienne.

Que la prière de Saint Athanase nous aide, chaque jour, à entrer plus profondément dans ce mystère de foi qui est celui de l'obéissance du Christ qui vient nous sauver, Dieu fait homme qui nous ramène vers Dieu. Que la prière de saint Athanase soit aussi celle de toute l'Église pour qu'aujourd'hui encore, dans toutes les difficultés qu'elle connaît, elle puisse non seulement vivre la foi, mais l'annoncer sans crainte et sans peur car elle sait que c'est dans cette foi seulement, et dans cette participation au mystère de l'obéissance du Christ, que le monde peut trouver son salut.

 

AMEN