UN EXEMPLE DE FOI : SAINT ATHANASE
1 Jn 5, 1-5 ; Mt 10, 22-25
St Athanase - (2 mai 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e ne sais pas si c'est à cause de la presse ou des radios, mais l'émoi qu'a produit l'affaire Küng dans un certain nombre d'esprits, n'a pourtant pas de quoi nous émouvoir beaucoup, quand on compare cette petite affaire de peu d'importance à celle qui a eu des conséquences absolument capitales pendant presque un siècle, et qui a agité toute l'Église, non seulement à l'époque de saint Athanase, mais encore une ou deux générations après.
Il s'agit d'une hérésie extrêmement grave, appelée "arianisme", du nom de celui qui en avait été le père : un certain prêtre d'Alexandrie nommé Arius. Cette hérésie était une hérésie de savants. D'abord les savants de la Bible qui avaient une manière très conservatrice et très étroite d'interpréter la Bible et qui, en interprétant ainsi la Parole de Dieu, ne voulaient pas reconnaître la divinité du Christ, comme l'égal du Père. C'était aussi une hérésie d'intellectuels marqués par la culture grecque contemporaine, et qui préféraient se représenter un Dieu Père, très lointain, transcendant, inaccessible, et le Christ, le Fils, non pas l'égal du Père, mais une sorte d'intermédiaire entre le Père et nous. Il n'est pas dit, d'ailleurs, que ce genre de représentation ne traîne pas encore dans beaucoup d'esprits, aujourd'hui.
Faire du Christ soit une sorte de prototype et d'idéal de l'humanité qui servirait de modèle et d'exemple, un exemple surtout moral, ou encore faire du Christ quelqu'un de plus proche de nous, parce que le Père, dans son courroux, est inaccessible, faire du Christ quelqu'un qui servirait d'intermédiaire entre Dieu et l'homme, le Christ étant, pour ainsi dire, presque complice de notre faiblesse et de notre misère humaine et de notre péché, cela ce sont des choses que l'on entend encore, de temps en temps.
Pour combattre cette hérésie, il s'est trouvé pratiquement un seul homme, puisque, à un certain moment, il a dû encourir, certaines menaces de la part de Rome. C'était Athanase, le patriarche d'Alexandrie. Il avait quantité de défauts. Notamment il était très querelleur, très polémique, il aimait les coups : il n'aimait pas beaucoup en recevoir, mais quand il s'agissait d'en donner, il y allait avec beaucoup d'énergie et de force. Ce qui a fait sa sainteté, ce n'est peut-être pas sa vertu, mais sa foi. Parce que sur ce chapitre-là, on peut dire vraiment que saint Athanase avait la foi.
Il avait été formé au cœur même de l'Église d'Alexandrie, celle qui avait aussi par ailleurs formé Arius. Il a senti très vite l'énorme danger qu'il y avait ainsi à faire du Christ, non pas le Dieu véritable égal au Père, mais une sorte d'idole humaine. Tout le combat d'Athanase a été précisément de détruire toutes les caricatures idolâtriques du Christ qu'on pouvait se fabriquer dans cette société de l'Orient chrétien grec qui commençait à s'épanouir, parce que ne connaissant plus la persécution. Et pour cela il a encouru des dangers infiniment plus grands et plus graves que les cabales intellectuelles ou les mouvements de presse d'aujourd'hui. Il a même encouru la menace perpétuelle du pouvoir politique, l'empereur qui, voulant inaugurer un nouveau style, puisque c'était Constantin qui venait de reconnaître l'Église, et lui donner une existence licite, au plein jour, l'empereur qui voyant que la plupart des fidèles tendaient vers l'arianisme, pensait que c'était la meilleure manière de faire plaisir à tout le monde que de faire taire cet intolérable évêque d'Alexandrie, qui ne voulait rien entendre, parce qu'il était certain, sûr de sa foi. C'est comme cela qu'Athanase paya de sa personne, environ sept ou huit exils, et que, chaque fois, c'était avec menaces de l'empereur, dépossession de son siège, luttes et combats pour reprendre la direction de l'église d'Alexandrie. A travers tout cela, ce qui était en cause, ce n'était pas Athanase lui-même, c'était la foi, la foi dans la vérité du Christ, Fils de Dieu.
Saint Athanase peut être un exemple pour nous, un exemple de foi. Trop souvent, pour les chrétiens, la foi ne compte pas vraiment. Ou bien elle est quelque chose d'accessoire, ce qui compte c'est d'abord une vie vertueuse et de qualité, ou bien la foi est quelque chose que l'on peut agrémenter à sa guise, selon son tempérament intellectuel ou ses pensées. Ou bien encore, elle est une totalité, un tout que l'on accepte avec beaucoup de cœur et de générosité, mais en ayant peur d'approfondir et en disant : "Moi, j'ai la foi du charbonnier", parce que dès que l'on commence à creuser et à chercher, c'est trop difficile. Chez Athanase, ce n'a pas été aucune de ces attitudes. Pour lui, la foi, c'était la reconnaissance et la découverte de la vérité du visage de Dieu. C'est cela la foi. C'est cette œuvre de l'Esprit en nous, qui nous aide à découvrir vraiment qui est Jésus-Christ.
Demandons au Seigneur, d'éveiller au fond de notre cœur, ce goût véritable de connaître son visage. Qu'il éveille en nous ce désir et cette soif de son visage par l'intercession de celui qui l'a cherché toute sa vie.
AMEN