LA PAROLE ÉPOUSE LE CŒUR QUI ATTEND …

1 P 5, 5-14 ; Mc 16, 15-20
St Marc - (25 avril 2006)
Mardi de la deuxième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

F

êter un évangéliste et out spécialement saint Marc, c’est explorer autant qu’on puisse la manière dont cette bonne nouvelle, cette Parole a été accueillie assez rapidement par un certain nombre d’hommes et de femmes qui ont croisé ou Jésus lui-même, et ensuite ses apôtres La seule manière que j’ai de m’expliquer ce feu, cette étincelle qui a gagné si rapidement le cœur des hommes et des femmes de toute condition et de toute race, c’est qu’il y avait dans ces cœurs d’hommes et de femmes, de quoi accueillir cette Parole. Pour qu’on comprenne une parole, il faut qu’il y ait une sorte d’accueil préalable même ignoré de nous-même, mais une attente dont on pourrait dire : je ne savais pas que je l’attendais, mais en l’écoutant, je sais que c’est cela que j’attends. L’évangile est à la fois si naturel, ou si surnaturel, qu’il touche quelque chose d’essentiel du cœur de l’homme. Ce n’est pas une sorte de bonne idée comme on essaie d’en avoir, mais elles n’ont aucune durée. Par contre, l’évangile toucherait quelque chose d’une attente ignorée de l’homme, et lorsque l’homme rencontre cette bonne nouvelle, il prend feu. Il dit : c’est pour cela que je veux vivre. C’est comme cela que je m’explique en tout cas la manière dont ces apôtres, saint Marc disciple de Pierre, ont donné et fait écho et vie à cette première rencontre.

Ensuite, cette parole est venue rejoindre quelque chose qui était déjà en eux. On l’avait déjà dans l’appel des disciples, dans la manière dont Jésus, en passant, en croisant la vie de certains hommes, certaines femmes, bouleverse ces vies qui trouvent là, résolue une sorte d’énigme intérieure : c’est pour cela que je vis. "Il vit et il crut", "Viens et vois". L’évangile ne résout pas rationnellement l’énigme dont chaque homme est porteur, il l’enrichit. Ce n’est pas une sorte de réponse philosophique, comme d’autres philosophes de l’antiquité grecque vont le développer. Ce n’est pas une école de philosophie, c’est beaucoup plus que cela, c’est une sorte d’attente, et quand je dis le cœur, ce n’est pas simplement une attente sentimentale, on parle bien là en termes bibliques du centre même de l’homme, de notre moteur. Il y a une sorte d’attente que l’homme portait en lui : "ces choses cachées depuis la fondation du monde", et le fait de croiser ne serait-ce qu’un court instant, je pense à la femme hémoroïsse, je pense à des gens qui ne l’ont croisé qu’un instant dans leur vie, l’évangile et la présence de la personne du Christ, vient allumer ce feu en attente que chaque homme portait. C’est pour cela qu’à la fin de l’évangile, que celui qui ne croira pas sera condamné, ce n’est pas pour dire qu’il y a une sorte de rejet et d’exclusion : ou tu crois, ou tu ne crois pas, et si tu ne crois pas, tu es condamné. Mais c’est que si tu ne réponds pas à ce que ton cœur attendait et que l’évangile vient enrichir, ouvrir, nourrir et illuminer, alors, tu en meurs. Ce n’est pas la liste de ceux qui vont être sauvés, et l’autre liste, non, c’est que l’homme qui ne peut pas répondre à cet appel profond qu’il porte en lui, et qu’il ignore lui-même, parce qu’il faut que quelqu’un vienne le lui révéler, alors effectivement, il se condamne lui-même à ne pas vivre.

Quand on dit que le salut passe par l’Église ou d’autres termes qui ont l’air plus exclusifs, ce n’est pas simplement parce que c’est ce que le Christ choisit et que l’Église choisit à travers le Christ, c’est qu’il y a une attente inscrite dans le cœur humain et que le Christ vient non pas résoudre, mais vient donner une forme et un sens à cette attente-là. La dernière parole de l’évangile de Marc c’est : "Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les signes qui l’accompagnaient", prouve bien qu’ils n’ont pas fait simplement l’expérience de cette première rencontre qui avait éveillé une attente profonde, et quand je dis attente profonde, ce n’est pas une attente uniquement individuelle, mais c’est que ces hommes-là se sont sentis appelés personnellement, mais appelés aussi avec les autres frères, d’autres hommes de ce monde. "Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient". Il y a eu cet appel, cet accueil, qui pourrait servir de réflexion pastorale pour les hommes d’aujourd’hui qui n’entendent pas avec la même disponibilité ce qui est fait pour être entendu par leurs cœurs, et ensuite, il y a la manière dont le Seigneur travaille, œuvre, continue, accompagne cette Parole vivante par les signes qui accompagnent la Parole.

Que la fête de saint Marc nous donne envie de répondre encore plus totalement, d’ouvrir plus totalement ce que nous sommes à l’évangile, pour lequel nous sommes faits, parce que nous sommes faits pour cette rencontre-là qui est quasiment une rencontre nuptiale entre nous et la Parole de Dieu. Nous n’avons pas fini d’être totalement épousés par cette Parole. Que les signes d’ordre sacramentel que nous allons célébrer nous y aident encore un peu plus aujourd’hui.

 

AMEN