UNE TRÈS GRANDE SIMPLICITÉ
1 P 5, 5-14 ; Mc 16, 15-20
St Marc - (25 avril 1990)
Mercredi de la deuxième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Vertus : Saint Marc
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I |
l est bien consolant de célébrer un saint comme saint Marc. Ce n'est pas un saint impressionnant, c'est quelqu'un de très simple et de très semblable à nous. Ce que nous savons de lui n'en fait pas un héros très glorieux. Encore jeune, il vivait à Jérusalem au moment de la mort du Christ. C'est dans la maison de sa mère que se rassemblait l'Église primitive. C'est pourquoi il fut mis tout naturellement en contact avec saint Pierre puis avec saint Paul qui l'a emmené avec lui dans sa première prédication.
Saint Marc était aussi le cousin de Barnabé le compagnon de Paul. Mais après avoir évangélisé Chypre, le pays d'origine de sa famille, Barnabé son cousin était cypriote, quand il s'agit d'aborder l'Asie Mineure, saint Marc fut pris de peur et planquant là son cousin Barnabé et saint Paul, il retourna quatre à quatre à Jérusalem. Tant et si bien que lors du second voyage missionnaire, Barnabé, qui voulait de nouveau emmener son cousin, se vit opposer un refus catégorique par saint Paul qui n'avait pas envie de traîner avec lui un homme aussi peureux et si peu énergique pour affronter les dangers.
Saint Marc n'avait donc pas un courage à soulever les montagnes. Peut-être d'ailleurs est-ce de lui qu'il s'agit dans son évangile par un petit trait qu'il est seul à nous rapporter. Au moment de la passion du Christ, un jeune homme, peut-être par curiosité, peut-être parce qu'il avait entendu parler du Christ, suivait au moment de son arrestation. Sans doute réveillé par le bruit, il était enveloppé uniquement du drap dans lequel il était couché. Sentant son intérêt pour Jésus les soldats voulurent mettre la main sur lui, mais Il leur laissa le drap entre les mains et préféra s'enfuir tout nu que de risquer sa vie. Il n'avait donc pas un courage transcendant.
Pourtant c'est lui qui, ensuite devint le compagnon de saint Pierre, nous le savons par l'Epître que nous lisions tout à l'heure, et puis finalement aussi le compagnon de Paul. Dans l'épître aux Colossiens et dans la deuxième épître à Timothée, saint Paul nomme à nouveau Marc comme un "compagnon très cher qui lui est utile pour l'évangile". Il a donc fini par dominer sa nature craintive pour accompagner les grands apôtres tant et si bien qu'il finit par être l'interprète de saint Pierre et par consigner ce deuxième évangile qui serait la prédication de Pierre telle que Marc 1'a entendue et telle qu'il en est le témoin.
Voilà donc un saint très humain. Qui plus est son évangile est aussi extrêmement humain. C'est celui qui est le plus simple, le plus bref, plein de détails anecdotiques apparemment inutiles mais qui nous prouvent sa curiosité, l'intérêt toujours en éveil de saint Marc. Il nous donne des détails sur l'herbe de la multiplication des pains, la manière dont se comportait tel ou tel malade, la guérison de l'aveugle qui voit les hommes comme des arbres. Cet évangile très ramassé fait qu'on a comparé saint Marc à un aigle. Dans le livre d'Ézéchiel et l'Apocalypse, on parle de quatre être vivants à formes animales auprès du trône de Dieu : un homme, un taureau, un lion et un aigle. On les a comparés aux quatre évangélistes. Tout le monde attribue le taureau à saint Luc et l'homme à saint Matthieu. Certains attribuent l'aigle à saint Jean car il commence son évangile par un prologue où il fixe le mystère le plus intime de Dieu comme l'aigle qui est censé regarder le soleil en face et il reste alors le lion à saint Marc dont l'évangile débute par l'évocation de Jean-Baptiste qui rugit dans le désert comme un lion au milieu de la solitude.
D'autres comme saint Irénée attribuent l'aigle à saint Marc car son évangile est le plus rapide, le plus bref. Il nous dit qu'il est écrit avec l'esprit prophétique, l'Esprit saint qui fond sur le prophète comme l'aigle en plein vol et il l'emporte dans la rapidité de cette proclamation de la vérité de Dieu. Quoi qu'il en soit cet évangile de saint Marc est plein de vie, plein de force, de puissance et extrêmement tragique.
Saint Marc a été particulièrement sensible à cette passion du Christ dans laquelle Jésus a été écrasé par l'échec. Aussi il nous présente le récit de la passion comme un drame très sombre comme il l'a peut-être vécu lui-même. Les anciens le lisaient peu parce qu'ils le considéraient, à tort, comme un abréviateur de saint Matthieu. Les modernes sont beaucoup plus intéressés par saint Marc car ils y voient la prédication évangélique dans toute sa fraîcheur, dans tout son dynamisme, dans son tout premier jet, son premier jaillissement.
Alors je vous recommande de le lire, il vous suffirait de deux heures. Ce serait une manière de vivre avec ce jeune homme craintif et finalement converti, avec ce jeune homme curieux mais plein d'élan et de dynamisme, une manière de revivre à grands traits et en grande hâte ces événements de la vie de Jésus qui ont changé sa vie et qui changent la nôtre et celle des générations humaines qui, de saint Marc jusqu'à nous, nous ont conduits à la foi.
AMEN