UN DISCIPLE DE PIERRE

1 P 5, 5-14 ; Mc 16, 15-20
St Marc - (25 avril 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Dampicourt : Saint Marc

P

 

armi tous les personnages qui occupent le de­vant de la scène du Nouveau Testament, qu'il s'agisse des saintes femmes comme Marie Madeleine, qu'il s'agisse des apôtres ou des évangé­listes, saint Marc a une place un peu particulière, une place à part.

Saint Marc n'a pas personnellement été disci­ple de Jésus comme l'ont été les apôtres et plus parti­culièrement Matthieu et Jean qui nous ont relaté leur témoignage oculaire, leur témoignage de vie, leur intimité personnelle, et nous savons quand il s'agit de saint Jean à quelle profondeur allait cette intimité tel qu'il en témoigne dans son évangile.

Marc n'est pas non plus un grand converti à la manière de Marie Madeleine ou de saint Paul. Marc est en quelque sorte, une deuxième génération chré­tienne. Certes, il a vu le Christ puisqu'il est probable­ment l'adolescent qui au moment de l'arrestation de Jésus était seulement vêtu d'un drap puis s'enfuit tout nu, car Marc est le seul à rapporter ce détail. En tout cas, ce que nous savons, c'est que la première com­munauté chrétienne à Jérusalem se réunissait volon­tiers dans la maison de sa mère, qui s'appelait Marie comme beaucoup d'autres personnages de l'évangile. Nous savons que c'est là que la communauté attendait, dans la prière, que Pierre soit délivré de prison.

Donc, Marc a reçu la prédication du Christ par personne interposée, par sa famille interposée. Il est l'entant d'une famille chrétienne. Ce n'est pas une expérience personnelle du Christ, c'est une expérience reçue, acquise par son milieu par l'éducation. Et en ce sens, saint Marc nous ressemble car non seulement nous n'avons pas connu le Christ de nos yeux, nous n'avons pas eu une profonde conversion qui a tout d'un coup changé le cours de notre vie, mais qui avons "bu" la foi avec le lait maternel et l'ambiance à la fois familiale, culturelle qui nous a entourés.

Aussi bien d'ailleurs, saint Marc n'est-il pas beaucoup plus brillant en ce qui concerne la foi que la plupart d'entre nous. Au moment de la Passion, au lieu de suivre le Christ et de se laisser prendre, il a préféré s'enfuir, mais peut-être était-il trop jeune pour faire autrement. Mais il a récidivé car, plus tard, em­mené par Paul et Barnabé en apostolat, il trouvera les choses un peu dangereuses, un peu trop fatigantes et au deuxième voyage de Paul, il refusera de partir. Tant et si bien que saint Paul sera furieux et prendra une des grandes colères de sa vie, il en a eu plusieurs, et que même il se séparera de Barnabé, le cousin de Marc, qui préférera partir à la petite vitesse de Marc, pour aller faire de l'apostolat à Chypre plutôt que de traverser le monde entier comme saint Paul. Donc Marc n'était pas un foudre de guerre. C'était quelqu'un d'un peu timoré, peut-être un petit peu lâche, en tout cas pas transporté par le grand enthousiasme qui est celui des convertis et dont saint Paul est le meilleur exemple.

Ce n'est pas non plus un grand mystique comme saint Jean. Ce n'est pas un grand théologien. Et pourtant saint Marc, donc chrétien ordinaire, un peu comme vous et moi, saint Marc a fini par arriver à devenir le disciple de saint Pierre, à écouter sa pré­dication, à la prendre en notes, à écrire l'évangile, à devenir lui-même évangéliste et prédicateur de cet évangile, et finalement, si nous en croyons la Tradi­tion, à mourir martyr après avoir fondé l'Église d'Alexandrie et en avoir été le chef.

Par conséquent, ce jeune homme tout simple, ordinaire, sans génie particulier, a été l'un des quatre grands témoins de la Parole de Dieu, de la Parole faite chair. Et non seulement d'un témoignage écrit dont nous vivons encore aujourd'hui, mais d'un témoignage scellé par sa prédication, par toute sa vie et finalement par le don de sa vie dans le martyre. Ceci doit être pour nous à la fois une consolation et un appel. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas eu la chance de voir la foudre tomber devant nous comme saint Paul, ce n'est pas parce que nous n'avons pas été initiés à l'intimité la plus étonnante du Christ comme Saint Jean, ce n'est pas pour ces raisons que nous sommes dispensés de devenir des témoins du Christ et même des témoins exceptionnels qui vont jusqu'à donner leur vie. Saint Marc a su se laisser prendre par la grâce malgré une nature peu portée à l'héroïsme, et il est allé jusqu'au bout, jusqu'au même bout que Pierre, Jean, Paul et les autres apôtres. Cela doit nous donner du courage. Nous ne sommes pas de seconde zone et nous sommes appelés comme tous les chrétiens à donner tout pour le Christ, même si nous ne nous sentons pas des forces extraordinaires. C'est la grâce qui agit en nous comme en saint Marc si nous nous laissons faire avec humilité, simplicité et pauvreté, et cela peut nous conduire très loin.

 

AMEN