L'ANNONCIATION : FÊTE DU CHRIST

Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 2012)
Lundi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Voici la demeure de Dieu parmi les hommes …

C

omment cela peut-il se faire, puisque je ne connais point d'homme ?" Frères et sœurs, au risque d'étonner certains d'entre vous, cette fête n'est pas une fête de la vierge Marie. Elle n'a jamais été comprise dans le calendrier liturgique comme une fête de Marie. Nous l'avons intégrée dans le recueil des fêtes de la vierge Marie en sachant très bien cela parce qu'il fallait créer un ensemble cohérent de chants, mais c'est une fête du Seigneur.

La plupart du temps nous parlons de la fête de l'Annonciation, mais ce n'est pas la fête de l'Annonciation. C'est la fête de l'Annonciation de l'Incarnation du Seigneur, c'est donc une fête du Seigneur. Aujourd'hui, c'est une fête du Christ. Vous allez me dire que je coupe les cheveux en quatre, mais c'est très important et vous allez voir pourquoi.

Ce qu'on veut célébrer aujourd'hui, c'est effectivement le mystère de l'Incarnation. On pense que c'est Noël qui est la fête de l'Incarnation, mais Noël c'est la fête de la Nativité du Seigneur qui est déjà incarné. Le Christ, dès qu'il prend chair dans le sein de la vierge Marie fait partie de notre humanité. On n'attend pas qu'il naisse pour le célébrer comme membre de la communauté humaine, il l'est déjà dès qu'il est incarné. Et l'incarnation, c'est aujourd'hui.

Il y a deux choses importantes à comprendre. La première, c'est que Jésus n'a pas de père terrestre. Dans l'Antiquité, et encore aujourd'hui, notre identité c'est "fils de un tel", et on nomme d'abord le père. C'est donc "fils de" cet homme-là qui est le père. Or précisément quand nous célébrons l'Annonciation du Seigneur, on veut dire qu'il n'y a pas eu d'intervention d'homme. Il y a Marie, l'Ange qui annonce et il y a Dieu le Père. C'est le Père qui est le principe de l'existence humaine de Jésus de Nazareth. Il n'a pas d'autre Père que celui-là. On accorde à Joseph le rôle de père nourricier ou encore le rôle de celui qui transmet la lignée davidique et la fonction messianique, mais il n'est pas père, c'est fondamental. Ce qu'on veut célébrer aujourd'hui, c'est le fait que Jésus entre dans l'humanité mais pas exactement comme nous. Il n'entre pas dans l'humanité par l'amour d'un homme et d'une femme. Il n'entre pas dans l'humanité par l'initiative d'un homme qui rend féconde une femme. C'est Dieu lui-même qui le fait. Si une chose est essentielle et fondamentale dans notre foi au Christ, Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils de Dieu, c'est cela d'abord. De ce point de vue-là la fête que nous célébrons aujourd'hui, l'Annonciation de l'Incarnation montre que le véritable artisan de l'existence de Jésus dans le monde, c'est la volonté du Père. C'est la volonté du Père par l'Esprit Saint qui a rendu Marie féconde. Comment cela s'est-il passé ? c'est un autre problème, nous ne le saurons jamais, c'est un mystère, de ce point de vue-là je pense que c'est le seul être au monde à qui c'est arrivé.

La deuxième chose, c'est que cette Incarnation pour qu'elle soit incarnation, c'est-à-dire entrée dans la vie humaine, il faut qu'il y ait un élément humain. C'est ici que Marie et son existence prend tout son sens. Le lien entre le Christ membre de l'humanité et tous les autres membres de l'humanité y compris la vierge Marie elle-même, c'est le corps de Marie. C'est parce que Jésus prend chair dans le corps et la chair de Marie qu'il est lié à notre chair et à notre condition humaine. Ici, l'être même de Marie c'est le lien charnel entre le Fils éternel de Dieu et l'humanité. Nous sommes liés au Christ par notre chair humaine mortelle, qui est de la même chair que celle de la vierge Marie, et qui est de la même chair que celle de Jésus qu'il a reçue de la vierge Marie. Le rôle de la vierge Marie n'est pas d'être source, mais il est d'être lien. C'est l'intuition fondamentale de toute la réflexion sur la vierge Marie, c'est qu'elle n'est pas source, c'est Dieu le Père qui est source, mais elle est lien parce qu'en acceptant dans sa chair de donner la chair à Jésus au Fils éternel de Dieu, elle devient le lien du Christ incarné avec tous les autres membres de l'espèce humaine.

C'est cela la base de tout ce qu'on a appelé la mariologie, un nom savant qui désigne le discours théologique sur la vierge Marie, et ce que l'on doit approfondir dans le mystère de Marie, c'est son rôle de lien. Elle est celle par la chair de laquelle le lien se fait entre nous et le Christ. Le lien humain de chair et de sang que nous avons avec le Christ, passe par la vierge Marie. C'est pour cela que par la suite, on a développé tous les grands thèmes en théologie : l'intercession de Marie, la médiation de toute grâce, tout cela vient de là. Dans tous les cas ce n'est pas pour faire de Marie un principe de grâce, une source de grâces, elle est pleine de grâce, mais elle n'est pas source de grâce. On veut simplement dire qu'elle est le lien entre la réalité concrète de l'humanité du Sauveur et de la réalité concrète de notre propre humanité. C'est pour cette raison que nous prions "par elle", et quand nous la prions, c'est pour que par le lien de sa chair qui par la suite a été ressuscitée et exaltée dans la gloire dans l'Assomption, que le lien se fasse entre nous et la chair du Christ ressuscité.

Frères et sœurs, je crois que cette célébration de l'Annonciation de l'Incarnation du Seigneur doit pouvoir nous aider à reconsidérer le fait que Marie n'est pas une sorte de source secondaire du salut. Le problème n'est pas là. Tout ce qu'elle est, elle l'est comme lien tel que Dieu le Père l'a voulu pour son Fils. C'est essentiel, fondamental, c'est cela d'abord.

Que cela nous confirme et nous affine dans la prière au Christ avec Marie pour que nous ne confondions pas les plans. Marie n'est pas le but de notre prière, ce serait la pire injure à lui faire, mais elle est celle qui fait le lien de toute prière, de toute grâce avec la chair du Christ qu'elle a enfanté.

 

AMEN