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Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 2007)
Lundi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Bernard MAITTE


L

es orientaux aiment beaucoup de parler de la divinisation de l'homme, du fait qu'en recevant l'Esprit Saint, il nous transforme peu à peu et nous fait à l'image et ressemblance de Dieu, qu'il crée en nous cet être nouveau qui nous permet de nous reconnaître vraiment comme enfants de Dieu, comme fils de Dieu, d'être entièrement à lui. Par ce processus d'image et ressemblance, comme le dit saint Basile de Césarée dans son traité "De l'Esprit Saint", le comble de la joie de l'homme, c'est de devenir Dieu.

Devenir Dieu ! Beaucoup de gens ont essayé par différents moyens, aujourd'hui par le pouvoir, en tout cas toujours par un sentiment d'orgueil, de s'élever au-dessus des autres et d'être des dieux. Ne parle-t-on pas des idoles en stigmatisant ainsi ou en soulignant les stars du petit et du grand écran ? Ces idoles sont-elles des divinités ? Pour certains, certainement, puisqu'il y en a qui iraient jusqu'à vendre leur chemise ou même perdre leur vie pour acquérir quelques oripeaux de leur star préférée. Ce type d'idolâtrisation ou de divinisation n'est pas une affaire récente, car de tout temps, quelques-uns parmi les hommes ont voulu être des dieux, ou ont voulu être comme des dieux. Les pharaons n'étaient-ils pas les fils du soleil ? Les rois ne se sont-ils pas parfois cru directement engendrés de la main des dieux ? Ainsi beaucoup ont voulu être fils de Dieu et pas mal ont fait l'expérience que leur piédestal, leur tour de Babel construite à force de travail humain, mais aussi d'orgueil, n'était que "vanité des vanités" comme le dit Qohélet.

Or, le projet de l'homme, son désir, c'est Dieu qui le connaît. Il le connaît si bien qu'il propose ce que l'homme désire : vous voulez être Dieu ? Eh bien, je vous propose d'être Dieu. Non pas comme le serpent l'avait fait croire à Ève lorsqu'il lui dit : "Dieu sait que lorsque vous mangerez de ce fruit, vous deviendrez comme des dieux !" Et le serpent a fait croire à Eve que Dieu se réservait pour lui-même quelque chose qu'il ne pouvait pas donner pour que l'homme ne devienne pas Dieu.

Pourtant, Dieu voulait diviniser l'humanité. Il l'a faite à son image et ressemblance, mais il a voulu que cette image et ressemblance soit un principe de communion. "C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère", ils se séparent de tout attachement pour ne faire plus qu'un avec la femme, et c'est dans ce principe non de fusion mais de communion que se réalise l'image et ressemblance avec Dieu. L'hébreu d'ailleurs est si fort dans cette perspective, que le nom de l'homme "ish" et le nom de la femme "isha", forment le nom de Yavhé, c'est-à-dire "Je suis celui qui suis", le nom même de Dieu. Cette image et ressemblance, c'est ce qui se passe de manière extraordinaire tout au long de la Bible, d'un Dieu qui désire vraiment que l'homme soit avec lui, en communion profonde. Ne dit-il pas à Abraham : "Marche en ma présence". Non pas adore-moi, non pas offre-moi quelque chose, non pas considère moi comme le seul Dieu, mais "marche en ma présence". Ce "marche en ma présence" de la longue histoire du salut, en passant pas Moïse, les prophètes et les sages, Dieu réalise ce "marche en ma présence" dans le cœur d'une femme lorsque cette femme nommée Marie accepte d'accueillir la présence même de Dieu et de devenir la mère de Dieu. Elle accueille, donc elle agit pour être réellement en communion avec Dieu, elle devient mère de Dieu non pas parce qu'elle serait une déesse ou une idole quelconque, mais parce qu'elle a su comme savent faire souvent les femmes, accueillir très simplement le don qui leur est fait. Elle accueille le don du Fils de Dieu pour que l'humanité soit à nouveau engendrée et créée à cette image et ressemblance, pour que l'humanité entende au pied de la croix le Fils de Dieu dire : "Voici ton fils", à saint Jean, et à Jean : "Voici ta mère". Cette filiation continue dans le don de Dieu à l'humanité qui lui répond se cristallise si fortement dans le mystère même de l'eucharistie. "Je suis la servante du Seigneur. Et le Verbe s'est fait chair".

C'est la seule réponse que Dieu nous demande aujourd'hui : recevoir dans ce mystère de l'eucharistie dans lequel Dieu se donne, la chair du Fils de Dieu pour que l'accueillant en nous-même, la présence se réalise vraiment, et qu'en l'accueillant, nous nous rendions compte de cette immense vocation d'être enfant de Dieu parce que nous nous reconnaissons enfants du même Père, façonnés par l'Esprit Saint, créés par lui pour vivre dans la communion.

 

AMEN