L'ANNONCIATION : RENCONTRE DE DEUX DÉSIRS
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 2001)
Lundi de la quatrième semaine de carême
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, j'aurais voulu commencer cette fête de l'Annonciation par une confession. Je dois vous avouer que ce texte de l'Annonciation m'a toujours posé question quant-à la place la liberté de Marie. En lisant ce passage d'évangile, on a le sentiment que Marie n'a pas d'autre choix que de dire "oui". Et quand à un moment donné dans le dialogue, elle dit : "Comment va-t-il se faire?" D'un ton péremptoire, l'Ange lui donne la solution. Marie n'a-t-elle qu'à acquiescer à cette Annonciation qui n'est pas une demande ? J'ai nettement l'impression que Dieu ne vient pas lui demander si elle est d'accord. Dieu vient plutôt lui annoncer que cela va se faire de cette manière et pas autrement, et que c'est elle qui est choisie.
Face à cela on a tendance à se dire : bon, c'est un texte qui nous présente l'importance de l'obéissance de l'homme par rapport à la volonté de Dieu, encore faut-il savoir réussir à discerner ce qu'est la volonté de Dieu, et puis, il faut être obéissant, il faut dire oui sans se poser de questions, vivre dans cette confiance totale et accepter tout ce qui nous sera proposé. Et pourtant, j'ai le sentiment que si Marie dit oui, ce n'est pas parce qu'elle est obligée, mais c'est parce que cette Annonciation répond à un désir qu'elle porte au fond de son cœur. Et ce désir, c'est celui de l'attente de tout un peuple, le peuple d'Israël, peuple constitué, choisi, créé par Dieu pour un dessein particulier. Marie se révèle alors être cette jeune juive qui porte en elle cette attente que l'espérance de tout son peuple depuis des siècles et des siècles, va trouver un accomplissement. A ce moment-là, on comprend très bien que ce "oui, je suis la servante du Seigneur", ne va pas être une réponse comme ça, obéir sans réfléchir, sans savoir d'où cela vient, comme si Dieu avait complètement bousculé son projet, alors que Dieu n'a fait que bousculer à moitié son projet. Elle pensait vivre cette attente, cette espérance, cette fidélité à Dieu à travers un mariage avec un homme, avec Joseph, et Dieu lui propose de vivre cette espérance, cette attente, mais dans un accomplissement, dans une fidélité qui sera une fidélité totale. Marie est celle qui découvre que la fidélité du cœur qu'elle porte, cette fidélité de son peuple, que ce peuple n'a pas toujours su garder, comme nous d'ailleurs, mais à cette fidélité du cœur va répondre à ce moment-là une fidélité au corps, la virginité du corps et du cœur. Et l'on découvre avec la finale : "Je suis la servante du Seigneur", non pas un acquiescement à une servitude, telle une servante qui obéit à son maître, mais l'aboutissement de tout un dessein de Dieu, comme l'entrée en terre promise était un aboutissement de tout un voyage. En fait, la Vierge Marie découvre davantage que son peuple n'est plus esclave, puisque Dieu l'avait fait sortir du pays des esclaves, l'Egypte, pour le mener dans un pays de liberté, et par conséquent, ce peuple était passé de l'esclavage au service. Sortir d'Egypte pour servir Dieu, c'est d'ailleurs ce que le pharaon refusait.
La Vierge Marie va prolonger ce service dans le terme suivant : la Fille de Sion. Elle découvre ainsi que disant "oui", étant la servante de Dieu, cela la mène à une intimité encore bien plus profonde en devenant Fille de Sion. Tout ce plan, cette jeune fille choisie par Dieu, a pour but de faire se rencontrer deux désirs : le désir de Dieu que l'on découvre à travers toute la Bible, dès après la chute d'Adam et Eve, et le désir que Dieu a implanté dans le cœur d'un homme, d'Abraham jusqu'à la Vierge Marie, passant par tous les prophètes qui montrent à quel point le mariage, les épousailles entre un homme et une femme révèlent le désir de Dieu d'épouser l'humanité. Et la conséquence ultime de ces épousailles va aboutir dans l'Incarnation, Dieu qui épouse la chair de l'homme. Le Christ en tant qu'homme et Dieu va être ce lieu de communion et d'amour où Dieu vient nous dire combien Il est désireux de cette communion avec chacun de nous.
Découvrons le Christ comme étant à la fois homme et Dieu, comme étant Dieu désirant venir partager notre condition humaine, désirant épouser l'humanité. Alors, frères et sœurs, nous pourrons peut-être nous aussi non seulement dire : "je suis la servante du Seigneur", mais nous pourrons dire : oui je suis véritablement fils de Dieu et je suis vraiment aimé de Dieu.
AMEN