MYSTÈRE DES COMMENCEMENTS

Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 2010)
Jeudi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Reims : L'Annonciation

F

rères et sœurs, à l'heure des échographies, et de tous les grands travaux modernes sur la génétique, la formation de l'embryon, l'ADN, etc … nous sommes toujours émerveillés je crois, par le côté extrêmement fragile et vulnérable du commencement d'un être humain. Cela devrait d'ailleurs nous apprendre une certaine humilité parce que effectivement, quand on mesure comment génétiquement commence l'histoire de chacun d'entre nous, on est frappé de ce côté absolument incroyable du processus de la vie et que ce qui démarre de quelque chose qui n'est observable qu'avec des moyens d'observation extrêmement raffinés comme les microscopes électroniques, etc … que cela puisse aboutir à un être humain. Au fond, une des dimensions essentielles à laquelle devrait nous ramener l'observation du mystère de la vie et surtout de sa genèse, c'est le sens de notre fragilité. Si dans le lot, c'étaient deux autres cellules qui s'étaient rencontrées, je ne serais pas le même.

Quand l'Église a voulu fêter l'Annonciation c'est-à-dire la conception du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie, il n'y avait ni échographie, ni matériel d'observation des processus génétiques, mais en réalité, cela nous ramène au même constat. Quelle disproportion incroyable y a-t-il entre cet embryon qui prend naissance dans le sein de la vierge Marie et le monde des chrétiens, ces centaines de millions d'hommes et de femmes qui, aujourd'hui, plus ou moins bien, j'en conviens, croient à cette Parole ? Précisément, ce que l'Annonciation veut montrer, c'est la continuité presque génétique, organique, entre le moment même où Dieu accepte de prendre chair dans le sein d'une femme, et où Dieu continue d'exister dans le cœur de millions de croyants.

La fête de l'Annonciation, c'est cela. La Bonne Nouvelle du salut de Dieu a pris chair de la façon la plus fragile et la plus vulnérable qui soit, celle de passer par le commencement le plus minimal, et de se développer et de croître pour aboutir aujourd'hui à ce mystère de l'Église que nous formons. Ceci est évidemment un signe de la part de Dieu, c'est le signe que tout ce que nous sommes est enraciné dans la chair du Christ, est enraciné dans cette chair du Christ qui a commencé à exister au début simplement par un tout petit embryon dans le sein d'une femme, mais c'est la même réalité, c'est la même humanité. C'est le même mystère de grâce, c'est le même mystère du salut.

Je crois que cette fête de l'Annonciation devrait éveiller notre regard sur ce que j'appellerais le "mystère des commencements". Que ce soit dans notre vie personnelle, que ce soit dans les grands événements de notre vie humaine du point de vue affectif, du point de vue du travail, du point de vue de la découverte de la foi, du point de vue de notre progrès spirituel, la plupart du temps, nous voulons voir grand, nous voulons que cela se passe tout de suite, nous voulons que cela puisse trouver tout de suite sa plénitude de dimension. Or, cela ne se passe pas de cette manière. Cela se passe toujours de façon presque invisible, mystérieuse, et c'est la meilleure façon de commencer.

Ce que Dieu nous demande, c'est de savoir ouvrir notre regard sur les commencements, les commencements dans notre propre vie, notre propre existence dans laquelle sans cesse il y a des commencements, sans cesse une certaine manière de croire, de vivre avec Dieu qui recommence chaque jour, une foi qui est remise sur le chantier presque à l'état embryonnaire. Que ce soit aussi dans la vie des autres, savoir être attentif à ces commencements qui se passent dans la vie de notre entourage, de ceux que l'on aime, de ceux auxquels on est envoyé, de ceux que nous avons à accompagner, à travers les milliers de situations dans lesquelles on se trouve. Mais toujours, essayer de voir ce moment où la réalité spirituelle surgit, où la réalité de la foi, où la réalité du bonheur de l'homme rencontrant Dieu peut surgir. C'est sûr que ce n'est pas notre regard habituel, la plupart du temps, nous voulons du tout prêt, du définitif. Eh bien non ! le régime de la foi, le régime de la vie chrétienne, c'est le régime de l'humilité des commencements, de savoir ouvrir le regard sur ce qui habituellement ne se voit pas et qui pourtant est décisif non seulement pour nous, mais pour toute l'humanité.

 

 

AMEN