L'INCARNATION S'INSCRIT DANS LA PÂQUE
Is 7, 10-15 ; He 10, 4-10 ; Lc 1, 26-38
Annonciation - (25 mars 1994)
Vendredi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ous fêtons aujourd'hui l'Incarnation du Verbe de Dieu dans une chair d'homme, dans le sein de Marie. Ce mystère est entièrement polarisé par la Pâque du Christ. C'est pour la Pâque que le Christ est venu sur la terre, c'est pour la Pâque que le Christ est né de la Vierge Marie, est né comme homme, ayant une nature d'homme en tout semblable à la nôtre.
C'est ce qu'exprime parfaitement ce texte de l'épître aux hébreux. Sacrifices, oblations, holocaustes étaient impuissants à effacer les péchés des hommes, c'est pourquoi le Christ a dit : "Voici, Je viens, pour faire, ô Dieu, Ta volonté !" La Pâque du Christ c'est le sacrifice rédempteur c'est-à-dire un sacrifice assez puissant pour enlever jusqu'à sa racine le péché des hommes. Le péché de l'homme, c'est le refus du plan de Dieu, le refus du plan d'amour de Dieu, le refus de l'amour de Dieu. C'est le repliement de l'homme sur lui-même, cette faute d'orgueil que nous raconte la Genèse. L'homme a préféré être seul plutôt que de dépendre de l'amour de Dieu son Père. Et ce refus d'amour qui est mort, mort spirituelle, mort totale de l'homme, non seulement du premier homme mais de "l'homme" c'est-à-dire de l'humanité tout entière, ce péché qui nous donne la mort, nous ne pouvons pas, par nos propres forces, par la force des rites que nous accomplissons, des œuvres même religieuses et saintes que nous accomplirions, nous ne pouvons pas le dépasser. Car celui qui est mort n'a en lui aucune possibilité de retrouver la vie. Seul Celui qui est la vie, Dieu peut revivifier les morts.
C'est pourquoi le péché des hommes ne peut être effacé que par l'œuvre même de Dieu. Dieu seul peut pardonner les péchés, peut effacer les péchés. Mais le pardon de Dieu n'est pas un geste extérieur à l'homme, le pardon de Dieu n'est pas quelque chose qu'Il nous a accordé du haut de sa puissance et en raison de sa vie à Lui. Il faut que ce pardon pénètre jusqu'au plus profond de nous-mêmes pour redonner véritablement la vie à nous qui sommes morts par le péché, nous redonner l'amour à nous qui avons refusé cet amour. Il faut que cet acte de pardon pénètre l'homme jusqu'au plus intime, il faut que l'homme soit acteur de ce sacrifice rédempteur. C'est pourquoi il fallait tout à la fois que Celui qui offrirait le sacrifice par lequel nos péchés seraient rachetés, par lequel l'amour nous serait rendu, par lequel la vie reprendrait ces corps morts que nous sommes par le péché, il fallait que ce sacrifice soit à la fois l'œuvre de Dieu, le seul qui puisse donner la vie et l'amour, et l'œuvre de l'homme, celui qui était mort et qui devait retrouver au plus profond de lui-même la vie. Il fallait donc que Celui qui offrirait ce sacrifice rédempteur soit à la fois Dieu et homme. Dieu pour avoir la puissance d'amour assez grande pour nous sauver, homme pour que ce salut ne nous soit pas extérieur mais qu'il jaillisse du fond même de notre nature et de notre existence.
C'est pourquoi le Verbe s'est fait chair. C'est pourquoi Dieu s'est fait homme. C'est pourquoi le Fils du Père s'est fait fils de Marie. C'est pourquoi Celui qui est éternel a voulu naître dans le temps. C'est pourquoi Celui qui est sans limites a voulu épouser totalement notre nature humaine avec toutes ses limites et toutes ses pauvretés. C'est pourquoi Celui qui est sans péché a pris sur Lui le péché du monde. C'est pourquoi Celui qui est la Vie a accepté d'endurer la mort. Le Christ, homme et Dieu, est le seul qui puisse guérir en vérité, en profondeur, de l'intérieur, l'homme abîmé, détruit par son péché.
Mais la Pâque du Christ n'est pas seulement sa croix, sa mort sur la croix. Elle est aussi sa résurrection. Et le Christ, Dieu et homme, en offrant le sacrifice qui efface le péché, nous restaure dans le plan primitif de Dieu qui nous a créé pour que nous participions à sa vie divine, à sa joie divine, à son éternité divine. "Dieu a créé l'homme pour que l'homme devienne Dieu". Et pour que l'homme devienne Dieu, il fallait que Dieu se fasse homme. Le Verbe s'est fait homme pour apporter l'étincelle de sa divinité au cœur de notre humanité. Tout à la fois l'Incarnation du Christ est rédemptrice pour enlever jusqu'aux dernières traces de notre péché, mais elle est aussi incarnation restauratrice, nous ressuscite et ressuscite en nous le dessein de Dieu, elle est divinisatrice, elle fait de nous des enfants de Dieu, elle fait de nous des frères du Christ, fils comme Il est Fils du Père, participant à la vie du Père, participant à la nature divine que le Père, le Fils et l'Esprit ont éternellement en commun et qu'ils ont voulu nous donner en partage pour que nous entrions dans le concert de leur joie, de leur bonheur éternel, de leur vie éternelle.
Rendons grâces à Dieu pour ce don qu'Il nous a fait de Lui-même en devenant l'un de nous pour que nous devenions semblables à Lui.
AMEN